Mise à jour le 02/12/2007
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San Finna N°442 du 03 au 09 Décembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

LEÇON DE LA CRISE IVOIRIENNE :
POUR AVOIR PERDU L’ETAT, LES ZONES REBELLES
EN RECONNAISSENT LE PRIX


Le président Félix Houphouët Boigny aimait à dire que le bonheur, on ne le connaît que lorsqu’on l’a perdu. A l’époque, on en rigolait un peu, comme on le fait parfois sans méchanceté des vieux qui n’en finissent pas de donner des leçons de vie. Et puis quand la crise est arrivée, alors là, les Ivoiriens ont compris à quel point le « Vieux », bien qu’étant alors assis, avait vu loin. Dans les zones rebelles où on avait escompté des lendemains qui chantent en s’émancipant de l’Etat, on n’a pas mis du temps pour mesurer les impacts de la vacuité de l’Etat. Personne mieux qu’eux ne peut aujourd’hui parler de la valeur l’Etat !

ON NE CONNAIT LA VALEUR DE L’ETAT QUE LORSQU ON L’A PERDU


Gbagbo au Nord
(Photo Notre Voie)

Dans ces zones en effet, ceux qui ont pu de bonne foi s’en laisser conter, sont tombés de bien haut. En lieu et place de la société idéale promise, ils se sont retrouvés avec des territoires abandonnés, sans structures administratives et sans justice organisée ; ils se sont retrouvés dans des collectivités non organisées où règne la raison du plus fort, celle des seigneurs de la guerre. Après une telle descente aux enfers, ces populations sont maintenant vaccinées et savent que le jour où elles sont sorties de la République et perdu l’Etat, elles ont quasiment tout perdu. L’Etat aujourd’hui, elles en connaissent parfaitement le prix et c’est lui qu’elles demandent quand elles acclament le dialogue direct, l’Accord de Ouagadougou, le redéploiement de l’administration, n’hésitant pas à s’attaquer à des commandements rebelles à Bonoua ou à Bouaké, dénoncés comme oppresseurs.


 

 

 


 

 

Ceux qui hier minimisaient la dynamique de sortie de crise, telle que mise en œuvre après l’Accord de Ouagadougou, comme n’étant acté que par des symboles (autrement dit par la rosée), devraient, au vu de ce qui s’est passé au Nord, revenir avec humilité de leur méprise. Ce qui nous est rapporté en effet de ces tournées par les observateurs, les journalistes, même habituellement les plus critiques, c’est la réussite de ces tournées.

LES RAISONS D’ UNE MOBILISATION REUSSIE

Quand on voit lit la misère dans les yeux, les apparences des habitants des zones visitées, quand on constate l’impact négatif de l’évanescence de l’Etat au plan infrastructurel, politique, administratif, économique, social, moral… , on comprend que si c’était à refaire, on ne les y reprendrait certainement plus. Et maintenant qu’elles voient la perspective de revenir à l’ordre ancien, elles montrent leur enthousiasme, leur impatience. C’est pourquoi, quand Laurent Gbagbo dit aux populations de Boundiali, parlant de la route Boundiali/Tengrela : « Cette route est infernale... Nous avons bouclé ce dossier avec 9 ou 10 milliards que nous avons empruntés à la BOAD. .. si les choses avancent bien d’ici février, on devra commencer à faire cette route » ou quand il dit à celles de Korogho « Je suis là pour la paix. Je suis là pour que tous les Ivoiriens voient qu’ont peut quitter Abidjan et venir à Korhogo en voiture, en avion, en train sans problème » ou encore «Je veux vous dire que la République de Côte d’Ivoire ne peut pas utiliser ses enfants et les abandonner. La Côte d’Ivoire n’est pas ingrate », toutes ces populations vibrent car elles veulent en finir avec la loi de la jungle.

Leur besoin d’Etat se double d’un certain besoin de Laurent Gbagbo car par la force des choses, il s’identifie à ce « garçon de Côte d’Ivoire » qui a eu, en plus du courage, les intuitions pour permettre leur retour vers l’Etat. Alors, on lui fait cortège pour l’encourager à aller de l’avant. Ces populations qui sortent ne le font pas tant parce qu’on les a sensibilisées, parce qu’elles se plient à des injonctions ou recommandations venant de tel ou tel leader. Ca, on voudrait bien le faire croire mais ce qui est vrai, c’est qu’elles ont voulu voir, entendre et au besoin toucher cet impayable conducteur d’hommes qu’est Laurent Gbagbo. Du coup, d’une certaine façon, elles valident sa stratégie de sortie de crise et le reconnaissent comme le président légitime de la Côte d’Ivoire une et indivisible.

Les ennemis les plus irréductibles ont bien vu venir la chose et ce n’est pas faute pour eux d’avoir usé d’artifices, d’intoxication, de sabotages, pour faire avorter la tournée. Peine perdue ! Le désir d’Etat était trop fort. Les partis politiques d’opposition ont eux aussi bien compris la délicatesse et la « dangerosité » politique de la situation. C’est pour cela que certains d’entre eux ont préféré le silence pour ne pas être diminués par ce triomphe annoncé et que d’autres ont plutôt engagé leurs militants à aller accueillir le président Laurent Gbagbo pour être associés à ce succès imparable. Dire que le président ivoirien a créé la connexion avec les populations visitées, voilà qui n’est pas conforme à certains clichés, et qui n’est peut-être même pas, en ces temps où on a besoin de tous les sauveurs de la Côte d’Ivoire, diplomatiquement bon à relever mais ce n’est que la vérité vraie. Au nord comme à l’ouest, ce qui a électrisé les foules, amenant même certains à se « rouler au sol » (pour reprendre les termes de Soir Info), ce n’est certainement pas la question des grades, le déblocage du fameux incident Tagro monté en neige, le choix de l’opérateur SAGEM ou le mot d’ordre de tel ou tel enfant du pays, Ouaga 2.., c’est le désir ardent d’Etat et la perspective d’en étancher le manque grâce aux deux premiers responsables ivoiriens.

LE DUO GBAGBO/SORO DOIT ENCORE PLUS GAGNER EN FORCE

Le dialogue direct, l’Accord de Ouagadougou, sont les potions magiques qui leur permettent aujourd’hui de rallumer la flamme de l’espérance dans tout le pays et en particulier à l’ouest et au nord.

Plus encore, c’est en acceptant de jouer un certain jeu pour circonscrire les tenants et aboutissants de la crise aux seuls enfants du pays que Laurent Gbagbo a trouvé la bonne clef qui a permis d’ouvrir la porte des retrouvailles nationales. Il faut gager que cet acte de courage, de désintéressement et d’intelligence, bien compris par son premier Ministre qui l’a fait sien, gagnera en force. Il leur reste en effet à surmonter bien de chausse-trappes, à amortir les contrecoups de l’armistice, de la fin de la guerre. Toutes les fins de guerre en effet ont ceci de particulier, qu’elles mêlent la joie des retrouvailles, à la haine des souffrances endurées, qu’elles s’accompagnent toujours d’embrassades, de gestes généreux mais aussi de chasses aux sorcières, de sévices contre les « collabo » et autres responsables des malheurs endurés. Il leur faut dès à présent, aux deux partenaires principaux de la paix, et par-delà le souci légitime des élections qu’il faut mener à bon port, y penser pour faire véritablement de la paix, un voyage sans retour. Le dépit ayant la vie dure, on en trouvera certainement encore pour dire que la désignation de Guillaume Soro comme responsable d’une structure chargée de la reconstruction du Nord n’est qu’un symbole. Outre que dans l’histoire des peuples, les symboles ont souvent scellé la paix, ce symbole, s’il n’en était qu’un, a cette charge d’anticipation dont le pays a précisément besoin en ce moment-clé, et l’historien président est bien placé pour le savoir !

La Rédaction






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