LEÇON
DE LA CRISE IVOIRIENNE :
POUR AVOIR PERDU L’ETAT, LES ZONES REBELLES
EN RECONNAISSENT LE PRIX
Le président
Félix Houphouët Boigny aimait à dire
que le bonheur, on ne le connaît que lorsqu’on
l’a perdu. A l’époque, on en rigolait
un peu, comme on le fait parfois sans méchanceté
des vieux qui n’en finissent pas de donner des
leçons de vie. Et puis quand la crise est arrivée,
alors là, les Ivoiriens ont compris à
quel point le « Vieux », bien qu’étant
alors assis, avait vu loin. Dans les zones rebelles
où on avait escompté des lendemains qui
chantent en s’émancipant de l’Etat,
on n’a pas mis du temps pour mesurer les impacts
de la vacuité de l’Etat. Personne mieux
qu’eux ne peut aujourd’hui parler de la
valeur l’Etat !
ON
NE CONNAIT LA VALEUR DE L’ETAT QUE LORSQU ON L’A
PERDU
Gbagbo
au Nord
(Photo Notre Voie)
|
Dans
ces zones en effet, ceux qui ont pu de bonne foi
s’en laisser conter, sont tombés
de bien haut. En lieu et place de la société
idéale promise, ils se sont retrouvés
avec des territoires abandonnés, sans structures
administratives et sans justice organisée
; ils se sont retrouvés dans des collectivités
non organisées où règne la
raison du plus fort, celle des seigneurs de la
guerre. Après une telle descente aux enfers,
ces populations sont maintenant vaccinées
et savent que le jour où elles sont sorties
de la République et perdu l’Etat,
elles ont quasiment tout perdu. L’Etat aujourd’hui,
elles en connaissent parfaitement le prix et c’est
lui qu’elles demandent quand elles acclament
le dialogue direct, l’Accord de Ouagadougou,
le redéploiement de l’administration,
n’hésitant pas à s’attaquer
à des commandements rebelles à Bonoua
ou à Bouaké, dénoncés
comme oppresseurs. |
Ceux
qui hier minimisaient la dynamique de sortie de crise,
telle que mise en œuvre après l’Accord
de Ouagadougou, comme n’étant acté
que par des symboles (autrement dit par la rosée),
devraient, au vu de ce qui s’est passé
au Nord, revenir avec humilité de leur méprise.
Ce qui nous est rapporté en effet de ces tournées
par les observateurs, les journalistes, même habituellement
les plus critiques, c’est la réussite de
ces tournées.
LES
RAISONS D’ UNE MOBILISATION REUSSIE
Quand on voit lit la misère dans les yeux, les
apparences des habitants des zones visitées,
quand on constate l’impact négatif de l’évanescence
de l’Etat au plan infrastructurel, politique,
administratif, économique, social, moral…
, on comprend que si c’était à refaire,
on ne les y reprendrait certainement plus. Et maintenant
qu’elles voient la perspective de revenir à
l’ordre ancien, elles montrent leur enthousiasme,
leur impatience. C’est pourquoi, quand Laurent
Gbagbo dit aux populations de Boundiali, parlant de
la route Boundiali/Tengrela : « Cette route
est infernale... Nous avons bouclé ce dossier
avec 9 ou 10 milliards que nous avons empruntés
à la BOAD. .. si les choses avancent bien d’ici
février, on devra commencer à faire cette
route » ou quand il dit à celles de
Korogho « Je suis là pour la paix.
Je suis là pour que tous les Ivoiriens voient
qu’ont peut quitter Abidjan et venir à
Korhogo en voiture, en avion, en train sans problème
» ou encore «Je veux vous dire que la République
de Côte d’Ivoire ne peut pas utiliser ses
enfants et les abandonner. La Côte d’Ivoire
n’est pas ingrate », toutes ces populations
vibrent car elles veulent en finir avec la loi de la
jungle.
Leur besoin d’Etat se double d’un certain
besoin de Laurent Gbagbo car par la force des choses,
il s’identifie à ce « garçon
de Côte d’Ivoire » qui a eu, en plus
du courage, les intuitions pour permettre leur retour
vers l’Etat. Alors, on lui fait cortège
pour l’encourager à aller de l’avant.
Ces populations qui sortent ne le font pas tant parce
qu’on les a sensibilisées, parce qu’elles
se plient à des injonctions ou recommandations
venant de tel ou tel leader. Ca, on voudrait bien le
faire croire mais ce qui est vrai, c’est qu’elles
ont voulu voir, entendre et au besoin toucher cet impayable
conducteur d’hommes qu’est Laurent Gbagbo.
Du coup, d’une certaine façon, elles valident
sa stratégie de sortie de crise et le reconnaissent
comme le président légitime de la Côte
d’Ivoire une et indivisible.
Les ennemis les plus irréductibles ont bien vu
venir la chose et ce n’est pas faute pour eux
d’avoir usé d’artifices, d’intoxication,
de sabotages, pour faire avorter la tournée.
Peine perdue ! Le désir d’Etat était
trop fort. Les partis politiques d’opposition
ont eux aussi bien compris la délicatesse et
la « dangerosité » politique de la
situation. C’est pour cela que certains d’entre
eux ont préféré le silence pour
ne pas être diminués par ce triomphe annoncé
et que d’autres ont plutôt engagé
leurs militants à aller accueillir le président
Laurent Gbagbo pour être associés à
ce succès imparable. Dire que le président
ivoirien a créé la connexion avec les
populations visitées, voilà qui n’est
pas conforme à certains clichés, et qui
n’est peut-être même pas, en ces temps
où on a besoin de tous les sauveurs de la Côte
d’Ivoire, diplomatiquement bon à relever
mais ce n’est que la vérité vraie.
Au nord comme à l’ouest, ce qui a électrisé
les foules, amenant même certains à se
« rouler au sol » (pour reprendre les termes
de Soir Info), ce n’est certainement pas la question
des grades, le déblocage du fameux incident Tagro
monté en neige, le choix de l’opérateur
SAGEM ou le mot d’ordre de tel ou tel enfant du
pays, Ouaga 2.., c’est le désir ardent
d’Etat et la perspective d’en étancher
le manque grâce aux deux premiers responsables
ivoiriens.
LE
DUO GBAGBO/SORO DOIT ENCORE PLUS GAGNER EN FORCE
Le dialogue direct, l’Accord de Ouagadougou, sont
les potions magiques qui leur permettent aujourd’hui
de rallumer la flamme de l’espérance dans
tout le pays et en particulier à l’ouest
et au nord.
Plus encore, c’est en acceptant de jouer un certain
jeu pour circonscrire les tenants et aboutissants de
la crise aux seuls enfants du pays que Laurent Gbagbo
a trouvé la bonne clef qui a permis d’ouvrir
la porte des retrouvailles nationales. Il faut gager
que cet acte de courage, de désintéressement
et d’intelligence, bien compris par son premier
Ministre qui l’a fait sien, gagnera en force.
Il leur reste en effet à surmonter bien de chausse-trappes,
à amortir les contrecoups de l’armistice,
de la fin de la guerre. Toutes les fins de guerre en
effet ont ceci de particulier, qu’elles mêlent
la joie des retrouvailles, à la haine des souffrances
endurées, qu’elles s’accompagnent
toujours d’embrassades, de gestes généreux
mais aussi de chasses aux sorcières, de sévices
contre les « collabo » et autres responsables
des malheurs endurés. Il leur faut dès
à présent, aux deux partenaires principaux
de la paix, et par-delà le souci légitime
des élections qu’il faut mener à
bon port, y penser pour faire véritablement de
la paix, un voyage sans retour. Le dépit ayant
la vie dure, on en trouvera certainement encore pour
dire que la désignation de Guillaume Soro comme
responsable d’une structure chargée de
la reconstruction du Nord n’est qu’un symbole.
Outre que dans l’histoire des peuples, les symboles
ont souvent scellé la paix, ce symbole, s’il
n’en était qu’un, a cette charge
d’anticipation dont le pays a précisément
besoin en ce moment-clé, et l’historien
président est bien placé pour le savoir
!
La Rédaction