Mise à jour le 18/11/2007
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San Finna N°440 du 19 au 25 Novembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

A vue de monde

TERRORISME POLITIQUE AU LIBAN
EST-IL POSSIBLE DE SORTIR DU CERCLE VICIEUX DES ATTENTATS CHANTAGES ?


Qui a dit que la majorité en démocratie se détermine toujours par la manifestation souveraine de la volonté du peuple et non par celle des armes ? Allez un peu voir ces jours-ci du côté du Liban et vous en reviendrez, effarés, des applications qu’on y fait du principe de la souveraineté populaire.

Là-bas, on décline jusqu’à présent la démocratie à la force des balles et des bombes. Les députés anti-syriens, une quarantaine d’entre eux, qui constituent la majorité du Parlement, sont en ce moment casernés dans l’hôtel le plus luxueux de la capitale, le Phoenicia. Pourquoi ? Parce que tout simplement, la minorité prosyrienne ne peut se résoudre à ce qu’un élément anti-syrien soit élu à la présidence en remplacement du prosyrien Emile Lahoud dont le mandat arrive à échéance le 24 novembre prochain.

Toutes les formules associant majorité parlementaire anti-syrienne et opposition soutenue par Damas pour s’entendre sur un candidat de compromis (chrétien comme le veut la tradition) devant incarner l’unité de la nation, ont échouées. Saïd Hariri, chef de file de la majorité, soutenu par l’Occident et Nabih Berri du Mouvement chiite Hamal, membre de l’opposition, ont même dans un communiqué commun, invité le Patriarche maronite Nasrallah Sfeir à dresser en accord avec sa communauté, une liste de candidats de consensus. Cela non plus n’a pas eu d’effet positif.

Désormais, la seule issue, c’est de laisser de côté l’élection à la majorité des 2/3 ou au compromis pour passer par l’élection à la majorité simple. Mais voilà : devant cette perspective, les camps se sont braqués. Pour l’opposition prosyrienne, il n’en est pas question et là-dessus, le secrétaire général du très puissant Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, s’est prononcé sans ambages le dimanche 11 novembre 2007 à l’occasion de la journée du martyr : «Tout président qui serait élu par la majorité en dehors du quorum des deux tiers serait considéré par l’opposition comme un usurpateur de pouvoir et un imposteur. J’exhorte le président Émile Lahoud à prendre une initiative de salut public afin d’éviter au pays de sombrer dans le vide politique et institutionnel, au cas où un président était élu à la majorité simple. Nous invitons le président Lahoud à agir conformément à sa conscience et conformément à la Constitution. Nous l’invitons à prendre une initiative de salut public pour préserver tout le pays et empêcher les bandes de brigands et de criminels, agents d’Israël, de prendre le contrôle du pays. Une élection à la majorité simple ou le maintien au pouvoir du gouvernement actuel, après la fin du mandat, serait pire que le vide politique ».

Mais en face, on ne s’en laisse pas conter. On fait même dans la bravade comme Wael Bou Faour, député druze proche de Walid Joumblatt, qui lance « Etre en tête de la liste noire du régime syrien, c’est bon pour mon prestige ».


Vue d'ensemble de l'hôtel Phoenicia à Beyrouth (AFP/ANWAR AMRO)
Ils sont donc, ces 40 députés, cloîtrés à l'hôtel Phoenicia à Beyrouth depuis l’assassinat d’Antoine Ghanem le 19 septembre dernier en attendant que le prochain président soit élu. Parce qu’on a décidé de les éliminer un à un. Si la majorité change par ce moyen de camp, plus de problème ; comme dit le proverbe africain, c’est parce qu’il y a la tête qu’il y a des yeux qui regardent avec impertinence ! Ils sont donc, ces députés, perclus dans cet hôtel en face de la

mer, avec tout le luxe nécessaire mais ne peuvent pas sortir du bâtiment ni recevoir normalement les membres de leurs familles. Les aliments sont passés aux rayons X, les couloirs sont encombrés d’hommes armés jusqu’aux dents, mais ils restent déterminés malgré les menaces qui planent sur eux et sur leurs familles.

Ils ne peuvent même pas ouvrir les rideaux pour se changer les idées en regardant la mer azur en face d’eux. « Nous devons garder les rideaux déployés pour nous protéger d'éventuels francs-tireurs », a relevé la députée Mme Gemayel. « L'autre jour, ce sont des amis qui nous ont appris par téléphone qu'il pleuvait », ajoutant « Pendant les vingt premiers jours de mon séjour ici, je n'ai pas quitté ma chambre. Pour me dégourdir, je faisais les cent pas » (in Le Monde du 12/11/07).

Le député Wael Bou Faour, pour sa part, confie : «Ma femme est enceinte ; je la vois rarement… mais je suis prêt pour des sacrifices bien plus grands, quitte à perdre la vie pour la souveraineté de mon pays».

Pour eux tous, c’est clair et net : il faut avoir le courage d’élire un président provenant de la majorité car le contraire serait une défaite. Le tragique, sinon le cocasse ici, c’est qu’il ne préservent pas leurs vies pour eux-mêmes mais pour la République et la démocratie.

Voilà le drame qui se joue actuellement au pays du cèdre qui interpelle la communauté universelle sans qu’elle n’apporte les solutions qu’on attend d’elle. Ce qui semble intéresser en effet les puissances de ce monde, c’est comment faire pour tirer avantage de cette situation. A ce sujet, le journal El Watan a délivré un cinglant « zéro de conduite » à Paris : «..il est à se demander, en entendant parler Bernard Kouchner, si ses désirs ne sont pas des ordres.. . Lorsque Bernard Kouchner martèle avec force la locution ‘Je veux’ devant ses interlocuteurs libanais, cela pourrait donner à craindre une velléité de tutelle politique. Ce serait préjuger de la capacité des Libanais qui ont surmonté des épreuves autrement plus tragiques, à se mettre d’accord entre eux pour résoudre pacifiquement leurs différends... Et si le Liban demande de fait une assistance, c’est à la communauté internationale de la lui apporter au titre d’un arbitrage impartial qui ne dressera pas les Libanais les uns contre les autres ». Et comme si El Watan savait de quoi il parlait, voilà, semble-t-il, qu’une liste des candidats à la présidentielle est enfin dressée et qui comprendrait entre autres, selon l’AFP, les noms des candidats suivants : Nassib Lahoud, Boutros Harb, Michel Aoun, Rober Ghanem, Joseph Tarabay et Damianos Kattar, présentés les uns par la majorité, les autres par l’opposition.

Peut-être que ces sacrés Libanais finiront-ils par trouver par eux-mêmes, le chemin du compromis pour se sauver et sauver ce beau pays pour lequel ils ont versé et continuent de verser tant de larmes et de sang !

VT






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