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San Finna N°439 du 12 au 18 Novembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

AFFAIRE ARCHE DE ZOE
ATTENTION A NE PAS PRENDRE LES ENFANTS DU BON DIEU
POUR DES CANARDS SAUVAGES

Si cette affaire « Arche de Zoé » continue à passionner l’opinion, c’est qu’elle présente de multiples facettes propres à déchaîner les passions.

Que ce soit du côté des familles françaises auxquelles on a fait miroiter la perspective de faire œuvre utile (secourir les enfants menacés de mort..) pour les amener à contribuer financièrement à l’opération, que ce soit du côté des parents non consentants des enfants embarqués dans cette aventure, que ce soit du côté de l’opinion tchadienne qui voit fouler aux pieds la souveraineté du pays, ou encore du côté de l’opinion française, espagnole et belge qui n’envisage qu’avec difficultés que leurs citoyens puissent être jugés et surtout emprisonnés au Tchad., il y a matière à s’enflammer. Le sujet, on le voit, est médiatiquement vendable et c’est ça qui fait qu’on en parle tant. Il ne faut pas dès lors s’étonner qu’au-delà des humanitaires, des responsables d’organisations de journalistes, des hommes d’Etat et des politiques en général s’en accaparent à ce point.

On sait bien qu’ils sont partants pour tout ce qui peut impacter l’opinion et servir leur ambition.

Du côté de la France, pouvoir comme opposition ne peuvent pas rester indifférent vis-à-vis de cette affaire. L’équipe de l’Arche de Zoé a beau avoir enfreint la loi de la manière la plus choquante qui soit, il n’en demeure pas moins qu’elle est composée de nationaux qui ont d’autant plus besoin de la solidarité de leur pays d’origine que lâchés à leur sort, ils risquent d’encourir les insuffisances de la justice tchadienne et les rigueurs extrêmes de leur prison. Ne pas s’impliquer dans cette affaire, serait se mettre à coup sûr l’opinion française à dos.


Rama Yade
Déjà lorsque Rama Yade et l’Ambassadeur de France au Tchad avaient parlé avec insistance de la responsabilité des activistes de l’Arche de Zoé dans les faits qui leur sont reprochés, répétant que la « France n’est plus la France de papa », cela avait passablement irrité jusque dans les rangs de l’opposition. Mais après avoir stratégiquement fait la part du feu, les autorités françaises se donnaient



 

 


les moyens de rattraper le coup à travers la fructueuse virée dominicale du président Sarkozy à Ndjamena et ce fameux « J’irai les chercher, quoi qu’ils aient fait » qui n’en finit pas d’étouffer de colère les Tchadiens, et au-delà nombre d’Africains, et de donner l’occasion aux dirigeants tchadiens d’être avantageusement sous les feux de la rampe.

La raison de tout ce remue-ménage en France, c’est la course aux enchères entre majorité et opposition, le succès de l’un augmentant sa cote et inversement. Ici, le souci n’est pas tant le sort des enfants tchadiens ou soudanais et à la limite, ni même à celle de la situation des ressortissants français en mal avec la justice tchadienne. La préoccupation première, c’est comment faire pour tirer un gain politique de ce dossier.

Quand on va du côté du Tchad, là aussi, c’est du pareil au même. Le grand branle-bas de combat que l’on constate et qui met en scène pouvoir, opposition, population.., reste dominé par le même souci de tirer les meilleurs dividendes de cette occasion qui a tout du pain béni. Elle permet à Idriss Déby, face à son opposition civile et armée très remuante et aux aguets, de revêtir les habits d’opposants suprêmes contre l’extérieur et d’humanistes préoccupés des droits de l’homme et en particulier de celui des enfants tchadiens. Idriss Déby se démène donc comme un beau diable pour tirer son épingle du jeu. Exercice ardu quand on sait qu’il doit d’un côté veiller à ne pas être pris à défaut par son opposition et de l’autre, à ne pas mécontenter la France dont l’armée le tient vissé au pouvoir. C’est là qu’on voit le petit jeu entre autorités françaises et tchadiennes : un coup, ce sont les politesses, un coup ce sont les menaces même voilées, mais tout cela ressemble bien à un ballet diplomatique, médiatique et politique bien agencé.

Quand Nicolas Sarkozy envoie une volée de bois vert contre l’équipe de l’Arche de Zoé, c’est tout simplement pour ménager les susceptibilités tchadiennes afin d’être en mesure d’aller extraire ceux des étrangers qui sont les moins impliqués dans le dossier. Quand il dit « J’irai les chercher quoi qu’ils aient fait » et qu’il insiste sur le « quoi qu’ils aient fait », c'est


Sarkozy et Idriss Deby





pour créer un choc au niveau de son opinion et montrer à son opposition qu’elle n’est pas moins engagée que lui dans ce dossier. Mais il savait le tollé que ça provoquerait au Tchad et il a fait suivre les atténuations.

Quand Idriss Déby et ses ministres criaient haut et fort que la justice tchadienne va juger tout ce beau monde, on savait bien qu’il parlait pour parler. La preuve : ils ont laissé partir dans les bagages de l’avion présidentiel français, les journalistes et les hôtesses de l’air, et quand la phrase assassine (‘J’irai les chercher quoi qu’ils aient fait ») a été prononcée, s’ils ont poussé des cris d’orfraie en rejetant toute extradition, ils ont fini eux aussi par apporter des corrections en disant que cette éventualité n’est pas totalement à écarter.

Mais dans ce ballet, il n’y a pas que la France et le Tchad. Il y a aussi l’Union africaine qui joue sa partition. Sa dernière sortie, qui fouette le sentiment patriotique tchadien et africain, est faite par acquis de conscience car tout le monde sait qu’elle ne pourra pas faire obstacle à des arrangements politico-diplomatiques. L’ont-ils d’ailleurs jamais cru ? Ce n’est donc pas l’intérêt des enfants qui, au premier chef, motive la mise en garde mais le devoir d’exister et de ne pas être en porte à faux avec l’opinion africaine très remontée.

On le voit bien ici, s’il y a au fond des couillonnés dans cette affaire, c’est d’un côté des peuples : du peuple français qui s’inquiète sincèrement pour ses ressortissants et qui se plie en quatre pour les faire rentrer au pays ; des peuples africains et tchadien en particulier qui, en tout bien tout honneur, en sont encore à lutter contre l’exploitation des enfants du continent et contre les atteintes à la souveraineté africaine. C’est à eux qu’est destinée toute cette mise en scène.

Mais le plus drôle sinon le plus cynique dans cette divine comédie, c’est que ces peuples apparaissent comme des couillonnés consentants. On les mène par le bout du nez ; on les fait chanter, danser, pleurer dans cette affaire hautement politique et ils se piquent au jeu. C’est ça aussi le fort de cette démocratie d’opinion qui scénarise les affaires pour captiver les attentions populaires et dans laquelle la connivence des puissances politiques, financières et médiatiques altère grandement le libre arbitre.

La Rédaction







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