|
RENCONTRE
GBAGBO/COMMUNAUTE BURKINABE :
LE MOGHA NAABA A-T-IL BIEN FAIT OU NON
DE SE FAIRE REPRESENTER ?
La
préparation de la rencontre entre le président
ivoirien, Laurent Gbagbo, et la communauté
burkinabé, a fait grand bruit et donné
lieu à beaucoup de commentaires, relayés
par nombre de médias nationaux et internationaux.
Mais elle a nourri aussi une petite controverse
par rapport à l’invitation que le président
ivoirien aurait faite au Mogho Naaba qui n’a
pas pu y répondre personnellement. Pour les
uns, l’importance de l’évènement
(consolidation du rapprochement entre les deux communautés)
et les conséquences visibles pour consolider
le rapprochement entre les deux communautés,
ivoirienne et burkinabé, aurait dû
inciter le Mogho Naaba à y assister en personne.
Pour les autres, c’était hors de question
(considérations coutumière, politique,
diplomatique). Deux sons de cloche.
|
| LE
MOGHO NAABA NE POUVAIT PAS REPONDRE PERSONNELLEMENT
À L INVITATION DE LAURENT GBAGBO
Laurent Gbagbo, qui a mis les petits plats dans
les grands pour immortaliser sa rencontre avec les
frères burkinabé, aurait envoyé
une invitation au Mogho Naaba à assister
à l’évènement, invitation
que ce dernier n’a pu honorer. Cela fait dire
à beaucoup que l’Empereur des Mossi
aura manqué une grande occasion de marquer
l’histoire des relations entre les deux pays
devant ce beau monde réuni à Yopougon,
le 28 Octobre passé. Mais le Mogho Naaba
ne pouvait pas faire le déplacement, si on
y regarde de près, pour des raisons coutumière,
politique, diplomatique… Un Mogho Naaba a
des contraintes coutumières et sociales qui
l’empêchent d’être absent
du pays. Pour peu, comme on disait « qui veut
le Pape va à Rome », on pourrait dire
« qui veut le Mogho Naaba va à Ouagadougou
». Outre qu’il est astreint à
certaines activités sociales liées
à sa position, son absence pourrait compromettre
l’accomplissement de certains rites coutumiers
dont il est personnellement le maître d’œuvre.
Il ne pouvait pas aussi brûler la politesse
au chef de l’Etat en faisant ce déplacement
en Côte d’Ivoire. On peut imaginer que
dans la mise en train du processus de Ouagadougou,
il y a des moments forts qu’il revient prioritairement
au facilitateur, d’assumer. Sur un autre plan,
l’Accord de Ouagadougou, bien que relativement
engagé dans des conditions positives, n’est
pas encore perçu par certains milieux, notamment
onusiens, comme devant bénéficier
d’une satisfaction totale ; il reste encore
l’épineuse question des audiences foraines
et du désarmement. Peut-être était-il
plus sage pour le Mogho Naaba d’attendre plus
d’avancées sur ce plan, et des signaux
notamment au niveau international, avant de se rendre
en Côte d’Ivoire. Il y a aussi que les
Burkinabé en Côte d’Ivoire constituent
une communauté multiculturelle, multiethnique,
qui n’ont pas les mêmes allégeances
ou les mêmes solidarités vis-à-vis
du Mogho Naaba. Déjà qu’en interne,
des critiques commencent à se faire jour
autour d’une certaine politique de «
mossification » du pays, il ne faudrait pas
que l’on souffle sur le feu à l’extérieur
en renforçant cette idée par la venue
du Mogho Naaba. Il en aurait peut-être été
conscient. Enfin, il doit tenir personnellement
compte de son opinion qui demande encore à
être convaincue, ainsi qu’on peut le
remarquer dans les commentaires qui sont faits ici
et là et notamment dans les médias
par rapport à l’état d’avancement
du processus de réconciliation. Il se devait
donc d’envoyer quelqu’un à sa
place et c’est ce qu’il a fait. Il n’y
a rien à redire !
TOMI.
|
LE
MOGHO NAABA AURAIT DU SE RENDRE PERSONNELLEMENT
A L’INVITATION DU PRESIDENT LAURENT GBAGBO
Il
n’est pas besoin de dire que l’Accord
de Ouagadougou est arrivé à un point
où les symboles du genre de ceux de Yopougon
peuvent en arriver à contraindre les belligérants
à respecter les engagements pris pour la
sortie de crise. Il n’est que de voir comment
l’affluence a été forte ce jour
pour s’en rendre compte. Les rigueurs de la
guerre, ce sont les populations ivoirienne et étrangère
(notamment burkinabé) qui les ont subies
de plein fouet quand d’autres à l’arrière
ou en dehors de la Côte d’Ivoire, profitaient
grassement de la situation. La paix, c’est
d’abord et surtout leur bénéfice.
La venue du Mogho Naaba aurait donné un caractère
solennel et fort à l’évènement.
Elle aurait aussi contribué à renforcer
la réconciliation entre les deux pays et
leurs premiers responsables. Et cet aspect des choses
aussi, on le sait, est indispensable pour convaincre
qu’on ne peut plus faire machine arrière
; nécessaire aussi pour consolider les relations
multiples entre populations ivoirienne et burkinabé.
En s’abstenant de venir, il a jeté
comme une ombre sur le processus. Craignait-il pour
lui-même ? N’avait-il pas suffisamment
confiance dans la mise en œuvre de l’Accord
de Ouagadougou ? Toutes ces questions sont posées
avec d’autant plus de regret que sa défection
coïncide avec une décision des Nations
Unies qu’on ne comprend pas, une décision
blessante pour les autorités ivoiriennes
et pour la Côte d’Ivoire parce qu’elle
donne l’impression de ne pas leur faire confiance
et de fouler au pied, la souveraineté du
pays mais une décision tout aussi méprisante
pour son facilitateur, la CEDEAO, l’Union
Africaine qui avaient tous été demandeurs
d’allègement du dispositif onusien
et de levée des sanctions. C’est dommage
par conséquent que le Mogho Naaba ne soit
pas venu surtout que le prétexte des empêchements
coutumiers pouvait facilement trouver solution.
Quant à l’affirmation que le chef supérieur
ne se déplace pas ou ne se montre pas, elle
a volé en éclats depuis longtemps.
En effet, l’Empereur des Mossi a pris l’habitude
d’être gardien de buts comme de se rendre
aux cérémonies les plus diverses (colloques,
inaugurations, séminaires, mariages, pendaison
de crémaillère…) bref à
toutes les manifestations dont le Tout Ouaga est
friand. Alors oui, c’est dommage qu’il
n’ait pas fait le déplacement vers
la lagune Ebrié, surtout que ce jour-là,
le président ivoirien a pris l’engagement
solennel de supprimer la carte de séjour.
Il aurait pu, par sa présence, être
plus que le témoin, une sorte de caution
morale. Ca, au regard de l’histoire, ça
valait son pesant d’or !
TOZI.
|