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San Finna N°438 du 05 au 11 Novembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Tribune de la femme

1er NOVEMBRE 1960
UNE FETE DE L’ARMEE QUI POURRAIT MUER
EN FETE DE LA NATION

La fête des forces armées nationales s’est déroulée le jeudi 1er novembre 2007.

Revue des troupes par le premier Ministre
(photo Sidwaya)
C’est déjà ça, pourrait-on dire car compte tenu de l’atmosphère plutôt morose au sein de la grande Muette, on en venait à douter de sa tenue dans des conditions optimales. Les militaires pour nombre d’entre eux (c’est un secret de Polichinelle) ont en ce moment le cœur plutôt aux revendications catégorielles, aux démonstrations sur le macadam qu’aux défilés au pas bloqué et autres célébrations faussement conviviales de l’armée. On a donc pu faire bonne figure,
sauver plus que les meubles, en saisissant l’occasion pour faire connaître certaines mesures propres à ressouder l’esprit de corps et à moderniser l’armée. Il en va entre autres de cette “politique cohérente en matière de reconversion et de santé” qui sera mise en œuvre selon le Ministre de la Défense, Yéro Boly ; politique censée, selon lui, lever “définitivement la psychose de la prise en charge médicale” et permettre de trouver réponse à “la sempiternelle question des retraités”.

Le clou de ces manifestations, ponctuée d’une revue des troupes dans la capitale, de cérémonie à Bobo-Dioulasso, aura été la démonstration visible d’une plus large ouverture de l’armée aux jeunes filles, avec leur défilé à Ouagadougou qui en a émerveillé plus d’un.

Mais la fête, pour dire vrai, même si on a fort à propos choisi un thème évocateur et particulièrement sensible puisque touchant l’environnement (« Armée nationale et écocitoyenneté »), aurait pu se dérouler dans un contexte de communion plus significative entre les différentes composantes de l’armée et entre l’armée et la population, et surtout concourir ainsi à un plus grande consolidation de l’unité nationale.

C’est qu’au Burkina Faso, contrairement à des pays comme la France ou les USA qui ont l’un le 14 juillet l’autre le 4 juillet, dates fondatrices de leur identité nationale qu’ils célèbrent en communion, on ne s’accorde pas sur de tels moments fondateurs. Ce n’est pas qu’il en manque, tout au contraire. Avec une histoire aussi tourmentée, marquée de cycles constitutionnels émaillés de coups d’Etat et même d’une révolution, ce n’est pas ça qui manque mais chaque date est porteuse de fracture, ce qui l’empêche d’être un moteur de rassemblement. Les seules qui peuvent jouer ce rôle, parce qu’elles n’ont pas un caractère partisan ou réductible à un seul régime ou à une seule catégorie de la population, ce sont le 11 décembre, date de la proclamation de la République, le 5 août, date de la proclamation de l’Indépendance, et aussi justement le 1er novembre, date de la fondation de l’Armée nationale.

Mais pour faire du 1er novembre en particulier un moment de célébration consensuelle, il faudrait travailler à résoudre deux types de problèmes.

Le premier est précisément lié aux questions pendantes d’ordre structurel et conjoncturel qui font actuellement l’objet de revendications dans l’armée et qui ont tendance à développer des crispations en son sein. Elles n’ont pas encore atteint le stade irréparable mais elles ont quelquefois débouché sur des velléités de sédition dont on garde un souvenir très fort à travers sa manifestation ouverte de fin décembre 2006 où elle a causé des morts.

Il apparaît donc urgent, si l’on veut séréniser l’ambiance et prédisposer à la fête, d’engager des actions plus déterminantes et moins calculatrices pour réconcilier l’armée avec elle-même.

Le deuxième type de problème est relatif à une question d’identification, de filiation. L’armée nationale a cette particularité d’être née dans des conditions d’affirmation de la spécificité nationale. C’est à la suite d’un refus, celui de perpétuer la présence des bases militaires françaises sur le territoire que l’armée a pris corps il y a 47 ans dans la Haute-Volta de l’époque.

Cet acte du premier Président Maurice Yaméogo est assimilé à un acte révolutionnaire qui participe de la caractérisation de l’identité nationale. Mais pour de nombreuses raisons, il n’ est pas officiellement homologué par une reconnaissance tangible de paternité de la part de la grande Muette.

Si ces types de problèmes étaient résolus, le 1er novembre pourrait devenir, non pas la fête de l’Armée mais la fête de la Nation, et ce serait une bonne chose par ces temps où une conjonction de frustrations politiques, économiques, culturelles, administratives…, joue en émiettement d’une identité nationale déjà fragile en raison du manque de compénétration entre l’Etat et la Nation à l’avènement de l’indépendance.

Bala Sibiri





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