San
Finna N°437 du
29 Octobre au 04 Novembre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
L’ESPAGNOLE
REGINA OTAOLA
MET SA VIE A L’ENCAN POUR L’IDEAL
Depuis le Moyen
Age (et notamment la guerre menée par Ferdinand
II d'Aragon et Isabelle de Castille, contre les Maures),
les révoltes républicaines des 18 ème
et 19 ème siècles jusqu’à
la guerre civile espagnole de 1936, les hommes du pays
de Cervantès nous ont habitués aux faits
de bravoure et de sacrifices pour l’idéal.
On peut même dire avec beaucoup de prudence, que
ce qui se passe au pays basque est un peu à l’image
de la fidélité des Espagnols à
la « geste » comme dans la pièce
« Le Cid » de Corneille. Il ne faut donc
pas s’étonner que des femmes aussi se distinguent
sur le chantier de la bravoure, du sacrifice, pour le
bien commun, pour l’idéal. C’est
la voie choisie actuellement par la Conservatrice Regina
Otaola.
Mais comment cette célibataire à la quarantaine
un peu triste, était comptable chez un fabricant
de meubles d'Eibar, en est-elle arrivée à
s’offrir comme cible aux extrémismes, au
terrorisme basque ?
Tout a commencé avec l’interdiction du
Parti indépendantiste ANV, un prête-nom,
on le sait, de Batasuna, le bras politique d’ETA.
Avec cette interdiction, la Droite s’est retrouvée
toute seule pour les élections. La victoire était
connue d’avance puisqu’elle était
l’unique formation politique qui présentait
des listes dans tous les villages d’Espagne. Ainsi
donc, un membre du Parti Populaire (PP), Regina Otaola,
sera élue avec 27 voix (186 votes nuls et 142
blancs). L’élection n’en est pas
moins démocratique. Voilà comment elle
est parvenue à la Mairie de Lizartza où
elle a fait lever le drapeau rouge et or espagnol.
Depuis, tout le pourtour de la mairie éclate
de la bannière basque « La Ikurrina »
avec des banderoles « Euskadi presoak »
(pays basque prisonnier). Dans tout le village, c’est
une levée de boucliers ; on dénonce la
facétie électorale et Regina Otaola est
déclarée usurpatrice. On ne se cache pas
dans les troquets, pour dire que sa vie ne tient qu’à
un fil.
Elle-même a déjà été
menacée de mort à la sortie de la messe,
et lorsqu’on se trouve en face de l’organisation
séparatiste basque ETA, qui compte à son
actif pas moins de 819 personnes assassinées
en 4 décennies, on ne prend pas ces menaces-là
à la légère.
Mais à ceux qui demandent à Otaola de
rendre le tablier, elle répond toujours avec
détermination : « J’y suis, j’y
reste ! ». Elle le dit à qui veut l’entendre.
Ni les insultes de fascistes ni les graffiti de son
nom, agrémentées de croix gammée
et disséminés dans tout le village, ne
la feront plier : « Mes principes m'empêchent
de baisser les bras. Je vais respecter jusqu'au bout
mon engagement politique ». Elle se trouve
réduire à vivre entourée de gardes
du corps.
C’est ainsi qu’elle va normalement chaque
semaine avec ses 6 conseillers, au village, ne fixant
à l’avance ni heure ni date pour déjouer
les agressions.
Sacrée Regina Otaola qui va jusqu’au bout
de son engagement, en s’en prenant ouvertement
au gouvernement socialiste de Madrid qui, d’après
elle, a donné des forces aux activistes en engageant
avec eux des discussions de paix. Elle est catégorique
par rapport au combat à mener contre l’ETA
: « Il faut lutter avec tous les outils de
l’Etat de droit : policier, judiciaire et législatif
». Eh oui, cette dame de fer est plus que jamais
tranchante : « On ne doit jamais s’asseoir
à la table du terrorisme ».
En voilà une qui n’a pas approuvé
que le Conservateur comme elle, Jose Maria Aznar, ait
lui aussi été tenté d’engager
un processus de paix pour mettre fin au conflit basque.
On peut dire, sans trop d’emphase ici, Dieu sauve
Regina Otaola, la Jeanne d’Arc espagnole comme
on la surnomme !