Mise à jour le 28/10/2007
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San Finna N°437 du 29 Octobre au 04 Novembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
 

A vue de monde

GRENELLE DE L’ENVIRONNEMENT
UN REVOLUTIONNAIRE MONDIAL NOMME SARKOZY

Nicolas Sarkozy se doutait-il qu’en convoquant le Grenelle de l’environnement, il provoquerait des réactions de dimension planétaire ? Qu’il ait eu conscience de s’attaquer à un enjeu transnational, c’est évident mais qu’il ait été convaincu qu’une aussi large adhésion s’en suivrait, c’est autre chose. Le président français n’était pas en effet assuré que son appel soit repris en écho un peu partout au point même que Al Gore, prix Nobel de la paix, en vienne à estimer possible et souhaitable un Grenelle mondial de l’environnement.

Mais qu’est-ce qui justifie ce succès ? Ce sont les mesures fortes annoncées au Grenelle, après un travail de maturation de 4 mois dans tout le pays, qui a rassemblé membres du pouvoir, de la société civile, écologistes mais aussi syndicalistes, patrons, industriels…, pour proposer des mesures réalistes.

Nicolas Sarkozy a donc dit oui à la suspension des cultures OGM en annonçant que toutes les cultures d’OGM étaient suspendues « en attendant les conclusions d’une expertise à conduire par une nouvelle instance » qui sera créée prochainement. Même si pour certains, ce gel annoncé sur les OGM n'est en rien un moratoire et que la loi qui se prépare ne posera pas la question essentielle de la dangerosité des OGM, c’est déjà bon qu’il y ait eu cette suspension et les fermiers ogémistes ont d’ailleurs dénoncé haut et fort cette mesure.

Le chef de l’Etat a aussi plaidé pour « un droit à la transparence totale » de l’information environnementale.

Dans le domaine de la fiscalité, il a confirmé la création d’une éco pastille sur les voitures. Une nouvelle taxe écologique annuelle devrait financer « le retrait des vieilles voitures polluantes grâce à une prime à la casse progressive et durable pour aider au rachat d’un véhicule propre ».

En matière d’agriculture, Nicolas Sarkozy a demandé au ministre Michel Barnier de proposer « avant un an un plan pour réduire de 50% l’usage des pesticides, dont la dangerosité est connue, si possible dans les dix ans qui viennent ».
Le président s’est aussi prononcé en faveur de l’arrêt de construction de nouvelles routes et autoroutes, sauf « cas de sécurité et de congestion, ou d’intérêt local ». Quant à la création d’aéroports, elle « doit correspondre à un déplacement de trafic pour raisons environnementales ».

Concernant le traitement des déchets, le Grenelle s’est donné douze semaines supplémentaires de réflexion, car les écologistes réclament un moratoire sur l’incinération pour développer la valorisation des déchets.

Le premier Français se propose aussi de saisir dans les six mois l’Union européenne sur « la possibilité de taxer les produits importés de pays qui ne respectent pas le protocole de Kyoto ». On a compris, soit dit entre nous, que c’était pour lutter d’une manière très intelligente contre les produits « made in China ». Comment réagira l’Empire du milieu ? Attendons de voir !

Nicolas Sarkozy a en revanche écarté toute hypothèse d’abandonner le nucléaire, mais a déclaré que la construction de centrales serait « gelée ». Et il est resté prudent sur le dossier sensible de la taxe carbone (taxation des produits en fonction de leur émission de CO2) proposée par Nicolas Hulot, dans son Pacte pour l’écologie. D’ailleurs, le slogan même de Nicolas Hulot a disparu du discours présidentiel au profit d’une taxe « climat-énergie ». Le président s’est engagé à étudier sa création « en contrepartie d’un allègement de la taxation du travail ». Ce qui implique une remise à plat complète de la fiscalité en France.

C’est vraiment époustouflant. On n’est jamais allé aussi loin en matière environnementale. On ne peut qu’applaudir à cette liste de mesures, toutes aussi importantes les unes que les autres. C’est vrai qu’il y a eu en septembre dernier un contre-Grenelle dont les conclusions se montrent plus audacieuses par rapport au Grenelle sarkozien ; c’est vrai par ailleurs que si Noël Mamère, indécrottable Saint Thomas n’a pas rué dans les brancards comme on s’y serait attendu à la sortie de ce Grenelle, il a tout de même dit que Sarkozy avait « botté en touche » en confiant la responsabilité d’une telle mesure à l’Europe.

Mais dans l’ensemble, ces mesures ont été reçues par les écologistes comme un très beau cadeau de Noël avant l’heure. Nicolas Hulot, qui a jugé « inespérés » les engagements pris par l’Etat, a décerné un 18/20 au Grenelle de l’Environnement ! Même au PS, on reste bouche bée, ne pouvant que constater qu’il y a de réelles « avancées ». Le farouche écologiste José Bové, a confié quant à lui sur France Inter : "Ce que j'ai entendu hier sur la question des OGM, j'ai trouvé que ça allait dans le bon sens. Je voulais quand même le dire publiquement parce que je n'ai pas l'habitude de faire des compliments et là, je pense qu'il y a eu des propos importants".

Cependant, soyons un peu prudents car même si le président français, prolixe en idées novatrices, a cette fois-ci de manière optimiste engagé son projet du bon pied, sans faute de goût (comme on l’en accuse parfois), les lobbies économiques et industriels n’ont pas encore dit leur dernier mot, les députés n’ont pas encore voté ces lois annoncées qui risquent de connaître de sérieux amendements et on n’a pas encore une idée exacte de qui va payer les sommes colossales que cette « révolution » nécessitera. Bref, un grand bravo en suivant toutefois, comme le lait sur le feu, le concret !

CY/MH






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