L’AFFAIRE
DES DIAMANTS D’ANVERS
POURRAIT-ELLE ECLABOUSSER DES BURKINABE ?
Quand
on parle de commerce frauduleux d’armes, de diamants
au Burkina Faso, c’est généralement
en rapport avec l’Angola, le Libéria, la
Sierra Leone... Des reportages, des enquêtes émanant
d’organes ou d’institutions diverses en
ont amplement fait état. On sait même que
les Nations Unies ont, sur la question, des enquêtes
étoffées. Sur le conflit angolais, on
se souvient que le Rapport du Groupe d’experts
chargé d’étudier les violations
des sanctions imposées par le Conseil de Sécurité
à l’UNITA a fait ressortir notamment qu’
«En ce qui concerne les armements et le matériel
militaire, le Groupe conclut que l’UNITA a pu
en importer de grandes quantités, en raison de
quatre facteurs principaux : premièrement, certains
pays d’Afrique ont accepté de lui céder
leurs certificats d’utilisateur et de faciliter
le passage sur leur territoire d’armements et
de matériel militaire qui lui étaient
destinés – en particulier le Zaïre
sous Mobutu, le Togo et le Burkina Faso ». Sur
le conflit sierra leonais, beaucoup connaissent la Résolution
1306 impliquant le pouvoir burkinabé.
Mais ce dont on parle moins et notamment au niveau des
médias, des ONG et des Nations Unies, c’est
du commerce frauduleux de diamants en relation avec
la Côte d’Ivoire. C’est vrai qu’il
y a cette enquête de Global Witness qui dit que
des diamants du Nord ivoirien passent en fraude par
certains pays notamment le Mali, le Ghana… pour
finir en Belgique ; c’est vrai que le journal
Soir Info (du 11 Octobre dernier) est plus précis
qui rapporte ceci : « Depuis l’éclatement
de la rébellion en Côte d’Ivoire
au mois de septembre 2002, qui a coupé le pays
en deux, les zones diamantifères et aurifères
du Nord et de l’Ouest sont tombées sous
l’administration des Forces Nouvelles. Des allégations
d’extraction illicites de diamant dans le département
de Séguela ( sous-préfecture de Bobi)
et de passage en fraude vers des pays limitrophes, en
particulier le Burkina-Faso, le Mali et la Guinée,
d’où ils intègrent les circuits
mafieux internationaux, sont relayées dans des
rapports, impliquant des chefs de guerre de “
l’ex-rebellion" ».
Mais dans l’ensemble, il y a moins de documentation
et de mises en cause ouvertes dans le cas ivoirien.
Se pourrait-il que les choses changent avec cette affaire
des diamants d’Anvers ?
En effet, la question vaut la peine d’être
posée depuis que cette enquête lancée
il y a plus d’un an à Anvers, vient d’éclater
au grand jour avec l’inculpation de 5 personnes
de la société Péri Diamond car
les rumeurs gagnent en force sur l’implication
de Burkinabé.
Tout d’abord, disons que c’est une affaire
qui est lourde non pas seulement au regard de la valeur
des diamants frauduleux saisis (14 millions d’euros)
mais aussi en considération des implications
que pourrait induire une procédure qui remonte
la chaîne des responsabilités. Il est évident
que ces personnes inculpées n’ont pas pu
comme cela, toutes seules, se rendre en Côte d’Ivoire
pour exploiter le diamant, le convoyer jusqu’à
Anvers afin de l’écouler. Pour sûr,
des complicités il en existe dans le Nord ivoirien
et dans les pays voisins.
Peut-on, dans ce contexte où la réconciliation
se construit en Côte d’Ivoire et où
les Forces Nouvelles sont au gouvernement, laisser pousser
jusqu’au bout la procédure quand on sait
qu’une telle démarche est pour le moment
écartée dans l’affaire Taylor à
peu près pour les mêmes raisons ?
Voilà qui pourrait mettre mal à l’aise
le Burkina Faso dont la frontière avec la Côte
d’Ivoire est largement artificielle et dont on
dit que ce n’est pas seulement avec le café,
le cacao, le bois… qu’il y a eu des commerces
frauduleux mais aussi avec le diamant.
Ce pourrait être une très sale affaire
qui donne lieu à des pressions multiples comme
on en voit toujours dans les affaires du genre qui impliquent
des sphères et des réseaux les plus divers.
En attendant, si une enquête approfondie amenait
à en attester la matérialité, cela
n’étonnerait pas grand monde. Pour l’heure,
cette affaire, il est certain, doit en préoccuper
plus d’un et pas seulement de la société
Péri Diamonds.
Adama
Ouédraogo