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San Finna N°437 du 28 octobre au 04 Novembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

L’AFFAIRE DES DIAMANTS D’ANVERS
POURRAIT-ELLE ECLABOUSSER DES BURKINABE ?

Quand on parle de commerce frauduleux d’armes, de diamants au Burkina Faso, c’est généralement en rapport avec l’Angola, le Libéria, la Sierra Leone... Des reportages, des enquêtes émanant d’organes ou d’institutions diverses en ont amplement fait état. On sait même que les Nations Unies ont, sur la question, des enquêtes étoffées. Sur le conflit angolais, on se souvient que le Rapport du Groupe d’experts chargé d’étudier les violations des sanctions imposées par le Conseil de Sécurité à l’UNITA a fait ressortir notamment qu’ «En ce qui concerne les armements et le matériel militaire, le Groupe conclut que l’UNITA a pu en importer de grandes quantités, en raison de quatre facteurs principaux : premièrement, certains pays d’Afrique ont accepté de lui céder leurs certificats d’utilisateur et de faciliter le passage sur leur territoire d’armements et de matériel militaire qui lui étaient destinés – en particulier le Zaïre sous Mobutu, le Togo et le Burkina Faso ». Sur le conflit sierra leonais, beaucoup connaissent la Résolution 1306 impliquant le pouvoir burkinabé.

Mais ce dont on parle moins et notamment au niveau des médias, des ONG et des Nations Unies, c’est du commerce frauduleux de diamants en relation avec la Côte d’Ivoire. C’est vrai qu’il y a cette enquête de Global Witness qui dit que des diamants du Nord ivoirien passent en fraude par certains pays notamment le Mali, le Ghana… pour finir en Belgique ; c’est vrai que le journal Soir Info (du 11 Octobre dernier) est plus précis qui rapporte ceci : « Depuis l’éclatement de la rébellion en Côte d’Ivoire au mois de septembre 2002, qui a coupé le pays en deux, les zones diamantifères et aurifères du Nord et de l’Ouest sont tombées sous l’administration des Forces Nouvelles. Des allégations d’extraction illicites de diamant dans le département de Séguela ( sous-préfecture de Bobi) et de passage en fraude vers des pays limitrophes, en particulier le Burkina-Faso, le Mali et la Guinée, d’où ils intègrent les circuits mafieux internationaux, sont relayées dans des rapports, impliquant des chefs de guerre de “ l’ex-rebellion" ».
Mais dans l’ensemble, il y a moins de documentation et de mises en cause ouvertes dans le cas ivoirien. Se pourrait-il que les choses changent avec cette affaire des diamants d’Anvers ?

En effet, la question vaut la peine d’être posée depuis que cette enquête lancée il y a plus d’un an à Anvers, vient d’éclater au grand jour avec l’inculpation de 5 personnes de la société Péri Diamond car les rumeurs gagnent en force sur l’implication de Burkinabé.

Tout d’abord, disons que c’est une affaire qui est lourde non pas seulement au regard de la valeur des diamants frauduleux saisis (14 millions d’euros) mais aussi en considération des implications que pourrait induire une procédure qui remonte la chaîne des responsabilités. Il est évident que ces personnes inculpées n’ont pas pu comme cela, toutes seules, se rendre en Côte d’Ivoire pour exploiter le diamant, le convoyer jusqu’à Anvers afin de l’écouler. Pour sûr, des complicités il en existe dans le Nord ivoirien et dans les pays voisins.

Peut-on, dans ce contexte où la réconciliation se construit en Côte d’Ivoire et où les Forces Nouvelles sont au gouvernement, laisser pousser jusqu’au bout la procédure quand on sait qu’une telle démarche est pour le moment écartée dans l’affaire Taylor à peu près pour les mêmes raisons ?

Voilà qui pourrait mettre mal à l’aise le Burkina Faso dont la frontière avec la Côte d’Ivoire est largement artificielle et dont on dit que ce n’est pas seulement avec le café, le cacao, le bois… qu’il y a eu des commerces frauduleux mais aussi avec le diamant.

Ce pourrait être une très sale affaire qui donne lieu à des pressions multiples comme on en voit toujours dans les affaires du genre qui impliquent des sphères et des réseaux les plus divers. En attendant, si une enquête approfondie amenait à en attester la matérialité, cela n’étonnerait pas grand monde. Pour l’heure, cette affaire, il est certain, doit en préoccuper plus d’un et pas seulement de la société Péri Diamonds.

Adama Ouédraogo





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