San
Finna N°437 du
29 Octobre au 04 Novembre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
AFFAIRE
BORREL ET BANNISSEMENTS A DJIBOUTI
REQUIEM ANTE MORTEM POUR MOHAMED SALEH ALOUMEKHANI ?
Voilà
un titre qui fait penser à un polar de James Hadley
Chase et qui pourtant annonce un évènement
qui se joue en direct et qui pourrait mal tourner.
Ce qui se passe
en effet actuellement avec l’affaire Borrel, pourrait
nous y conduire directement. Déjà l’assassinat
de ce juge français est en soi plein de mystère,
impliquant semble-t-il des loubards comme de hautes personnalités
de pays différents.
Comme si cela ne suffisait pas, voilà qu’il
se trouve un témoin des plus gênants (celui
grâce auquel toute la lumière peut se faire
sur cette affaire) que la raison d’Etat, à
ce qu’on avance, cherche depuis des années
à circonvenir pour conduire la procédure
vers l’impasse. C’est le célèbre
Mohamed Saleh Aloumekhani qui a dû fuir Djibouti
pour la Belgique où il a été recueilli
comme réfugié.
L’homme a été approché de différentes
façons pour qu’il revienne sur sa déposition
à charge contre les autorités djiboutiennes
: tentatives de subornation, menaces.., tout y est passé,
mais il tient bon. Cependant, nous avons affaire à
un homme encore immergé dans les liens de la solidarité
familiale, clanique… Alors, on tente de jouer de
pression de différentes façons, et notamment
sur sa famille restée à Djibouti pour le
faire plier, et là, on y va franco.
C’est d’abord une campagne anti-française
qu’on a engagée. Tout y est passé
: insultes, calomnies… Le juge assassiné
a été taxé de pédophile ;
quant à sa veuve, qui se bat depuis des années
pour la vérité et la justice, elle est dépeinte
comme folle à lier ; les juges français,
pour leur part, sont accusés de racisme. Tous ceux
qui prennent fait et cause pour le bon aboutissement de
la procédure ouverte en France sont affublés
de qualificatifs les plus immondes : les catholiques sont
décrétés pédophiles, les coopérants,
accusés de trafics illicites. Tout cela a conduit
le 20 Octobre à des manifestations bien orchestrées
pendant lesquelles on s’en est pris directement
à Nicolas Sarkozy et aux ressortissants français.
Comme cela n’a pas suffi, on s’est alors tourné
vers les proches et la famille : le 22 octobre donc, la
police boucle trois quartiers de Djibouti et ce sont des
rafles à n’en plus finir : 30 membres de
la famille de Mohamed Saleh Aloumekhani, qui compte 8
mineurs âgés de 3 à 17 ans, sont incarcérés
à l’Ecole de police. Quelques-uns sont libérés
après coup mais dans la soirée, 7 personnes
restent gardées, dont la mère de Mohamed
Saleh Aloumekhani, âgée de 78 ans, ses frères
et une belle sœur.
Le 23 Octobre au matin, ils sont tous expulsés
sans bagages, sans papiers. Bannis de leur pays, on les
met manu militari dans un avion qui les débarque
à Sanna au Yémen.
Tout ceci se passe à un moment où l’on
tient des Forums sur la gouvernance en Afrique, où
l’on clame aux Nations Unies la détermination
à œuvrer efficacement et concrètement
pour les droits de l’homme, jurant même d’aller
chercher les criminels jusqu’à leurs plus
profonds retranchements.
Il est manifeste que sans une réaction en bloc
de la communauté internationale, il serait difficile
à la justice française de traiter cette
affaire dans la sérénité et dans
l’indépendance la plus totale pour connaître
la vérité et dire le bon droit.
Il faudra d’abord commencer à protéger
sérieusement, et le témoin et sa famille,
et entourer la justice française de toutes les
garanties pour qu’elle puisse rendre une décision
qui joue comme un exemple fondateur. Il faudra pour cela,
et c’est toute la difficulté qu’on
voit venir, trancher dans le vif, instruire contre les
autorités françaises qui ont fait obstruction
à la procédure, menacer de renoncer à
des intérêts géostratégiques,
énergétiques.., qui se trouvent à
Djibouti, et Dieu sait comment sur ce plan, le pays est
convoité notamment par les Français, les
Américains, les Chinois... Mais c’est par
là que l’autisme et l’égoïsme
de la communauté internationale se sont toujours
fait le plus sentir au détriment d’une gouvernance
mondiale responsabilisée.