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San Finna N°436 du 22 au 28 Octobre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

COURSE AU GOUVERNORAT DE LA BCEAO
UN PAVE DANS LA RECONSTRUCTION DE L’ENTENTE IVOIRO/BURKINABE ?

L’Accord de Ouagadougou, on le saura maintenant, n’a pas que la sortie de crise en Côte d’Ivoire comme seul objectif. La réconciliation entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, entre Blaise Compaoré et Laurent Gbagbo, en est un des éléments, et pas des moindres. Pour reconstruire donc cette amitié qu’on a voulue très forte, et qui a été mise à mal à la suite de la crise, on n’est pas avare de manifestations de sympathie, de gages d’amitié et de confiance, de part et d’autre. Ce n’est pas à démontrer.

Laurent Gbagbo a tellement besoin de Blaise Compaoré pour conforter le règlement de la crise et Blaise Compaoré a tellement besoin de Laurent Gbagbo pour s’acheter une nouvelle virginité à la suite de ses interventions extérieures, que tous les deux se retrouvent engagés dans un mouvement irréversible de reconstruction de leur entente cordiale.

Il ne faut pourtant pas croire que cela peut se faire à n’importe quel prix, surtout pour eux qui sont à la tête d’Etats. Depuis de Gaulle, on sait que les Etats n’ont que des intérêts et entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, l’intérêt général, la raison d’Etat, peut venir un peu baliser leur ardeur des retrouvailles. C’est un peu ce qu’on vit en ce moment avec cette croisée de fer qu’on sent en perspective entre Damo Justin Barro et Bohoun Bouabré, tous les deux sur le départ pour la conquête du prestigieux poste de Gouverneur de la BCEAO. Si les deux sont en compétition, c’est leurs Etats respectifs et leurs présidents qui le sont.

Du côté du Burkina Faso, il n’ y a pas encore de déclaration officielle de candidature mais on ne s’y trompe pas. Damo Justin Barro n’a pas pour rien donné le ton dans cette interview qu’il a donnée à RFI et qui fait grand bruit. Et pour cause ! Jugez-en.

« M. Damo, vous êtes gouverneur par intérim à l’heure actuelle, le successeur de Charles Konan Banny doit-il être Ivoirien ou pas ?

Nous avons des textes qui sont clairs à ce sujet. Le gouverneur de la banque centrale est choisi de telle sorte qu’un ressortissant de chacun des Etats membres puisse à tour de rôle exercer cette fonction.

Voulez-vous donc dire que le poste de gouverneur doit tourner entre tous les membres de l’UEMOA ?

C’est un poste qui est rotatif. Vous savez bien que jusqu’à présent, il ne l’a pas été ?

C’est une espèce de «gentleman agreement». C’est-à-dire une entente tacite entre les Chefs d’Etat. Cela n’a aucun aspect réglementaire. La Côte d’Ivoire dit que ce poste doit lui revenir à cause de son poids spécifique. Elle pèse 40% dans l’Uemoa. J’ai regardé les chiffres ces derniers temps. D’abord au niveau de la masse monétaire, ce n’est pas tellement 40%. Ce chiffre tourne autour de 32%. Nous n’allons pas épiloguer sur cette question. Le principe de base de notre union, est d’abord la solidarité. Ce n’est pas un poids économique. Parce que le poids économique est trop éphémère comme notion. Et chacun des Etats dans le capital de la banque centrale est à égalité.

Et si les chefs d’Etat décident de faire tourner le poste, le président Compaoré présentera-t-il votre candidature ?

Il faudra le lui demander. Je crois qu’il est le seul habilité à vous répondre ».
(Fraternité matin, édition du 18/10/07).

L’homme parle avec autant d’assurance parce que, comme on dit, il a du soutien derrière le dos, en l’occurrence celui de son président. Mais en face, l’ami Gbagbo ne semble pas vouloir sacrifier ses prétentions sur l’autel de la reconstitution de l’amitié renouée. C’est en tout cas ce qu’on retient après sa dernière prestation à la RTI où, entre autres questions, il a abordé avec son langage direct, le sujet. Sans fioritures, sans circonvolution, il a simplement dit : "J'ai donné le nom de Bohoun Bouabré, ce n'est pas un secret...On attend que le président de l'UEMOA nous convoque. Je confirme que j'ai proposé Bohoun Bouabré".

Le journal « L’Intelligent d’Abidjan » du 18 octobre 2007 est plus précis : « Le chef de l’Etat a également commenté le fait que les autres pays de l’Union économique monétaire ouest africaine (UEMOA) aspirent à présider aux destinées de l’illustre institution. Comprenant leurs aspirations, il a comme d’habitude mis en exergue les arguments qui militent en faveur de la Côte d’ivoire. C’est à dire le poids économique de ce pays et son rôle de locomotive de la sous région ».

Ca n’a pas besoin d’explication de texte.

Pourra-t-on faire l’économie de frottements d’épaules ? Rien n’est moins sûr. Les stratégies et les ruses de guerre sont déjà en œuvre. Ce n’est pas pour rien qu’ici, on ne tarit pas de mises en garde.

Bien d’ Etats membres de la BCEAO vont quitter l’institution si encore une fois, la Côte d’Ivoire récolte la tête. Et la France, qui soutient à bout de bras la BCEAO, risque aussi de suivre le mouvement, d’autant que le président Sarkozy, lui non plus, ne semble pas avoir des atomes crochus avec son collègue ivoirien.

Mais de l’autre côté, les Ivoiriens ne semblent pas du tout impressionnés. Ils n’écartent pas non plus de retirer aussi leurs billes de la BCEAO avec moins de dommages, elle qui y contribuait pour près de la moitié du PIB. Quant au retrait de la France, ils demandent à voir, étant convaincus qu’il y a belle lurette qu’elle aurait rompu les amarres si la BCEAO était une poche trouée pour elle.

Voilà où nous en sommes actuellement, dans l’attente du conclave des chefs d’Etat qui doit, par la couleur de la fumée qu’il libèrera, nous situer.

S’il y a un changement, la coutume sera rompue et il n’y aura plus de contestation par rapport au caractère rotatif du poste mais si l’on continue dans la coutume, il faudra finir par reconnaître que la coutume fait loi !

VT






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