San
Finna N°436 du
22 au 28 Octobre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
REFONDATION
DES RELATIONS IVOIRO/BURKINABE
A OUAGA, AFFI N’GUESSAN TENTE LE COUP ET FAIT BONNE
FIGURE
En
venant au Burkina Faso en ces périodes du 15 Octobre,
Affi N’Guessan arrivait dans une ambiance double,
baignée par les effets bénéfiques
de l’Accord de Ouagadougou mais aussi par les restes
des clameurs, suspicions et invectives qui ont marqué
les chauds moments de la crise. Il venait aussi en un
temps où Sankaristes, « mouvanciers »,
célébraient le 15 Octobre dans un contexte
d’affrontement engageant l’opinion nationale.
Affi N’Guessan n’était donc pas assuré
de sortir indemne de cette « expédition »
et de convaincre, au-delà des officiels, l’opinion.
Eh bien, le refondateur en chef n’a pas fait mauvaise
prestation. Loin s’en faut.
Il a aménagé
son séjour de sorte à s’entretenir
certes avec le chef de l’Etat, les responsables
du CDP mais aussi avec des autorités morales comme
le Mogho Naaba.
A
l’Hôtel Sofitel Ouaga 2000, il a donné
une conférence de presse le 17 Octobre dernier,
qui a connu une affluence de qualité. On ne peut
pas dire que les journalistes aient été
avares de questions et que le conférencier ait
fui le débat. Jugez-en.
Sur le bilan à mi-parcours de l’exécution
de l’Accord de Ouagadougou, qui est venu tout de
suite en discussion, il a été limpide et
positif, soulignant que par rapport au passé récent,
les choses évoluent positivement : « La décrispation
est là, il y a une plus grande proximité
entre les acteurs politiques. Jusqu’à la
signature des Accords de Ouagadougou, il n’y avait
pas de sincérité véritable ; aujourd’hui,
on constate que chacun a révisé sa position.
Les gens veulent aller à la paix ». Et histoire
de montrer qu’il ne parle pas pour parler, il a
égrené les décisions et évènements
qui attestent que la sortie de crise est sur la voie de
la consolidation : démantèlement de la zone
de confiance, possibilité de circuler librement
au Centre, au Nord, à l’Ouest du pays, qui
étaient des zones rouges, etc..
Mais les journalistes s’inquièteront tout
de même, relevant que si tout roule comme il dit
sur des roulettes, pourquoi alors ces lenteurs des audiences
foraines et ces controverses et inquiétudes par
rapport à la tenue de la présidentielle
à due échéance ? Pour le président
du FPI, il n’y a pas là de quoi fouetter
un chat. S’il y a des retards dans les audiences
foraines et si les gens ne se bousculent pas pour le moment
au portillon, il faut attribuer tout cela à des
« obstacles matériels, et à rien d’autre
». Pour la présidentielle prévue en
mars 2008, il se montre prudent en reconnaissant qu’il
y a des « chances pour que la présidentielle
ne se tienne pas en mars 2008 » et il précise
tout de suite, en fin politique, en fin plénipotentiaire,
qu’il faut cependant « travailler dans cette
optique », concluant qu’à son sens,
la présidentielle pourrait se tenir «courant
premier semestre 2008 ». Ici, l’opposition
ne pourra pas trop tirer sur lui et il ne s’écarte
pas trop du facilitateur qui répondant à
une question de Jeune Afrique sur ce qu’il pense
de la consultation pour Octobre 2008, a répondu
que ce serait plus « raisonnable » (Jeune
Afrique N° 2 439 du 7 octobre 2007).
Pas démonté par son assurance, les journalistes
picotent : que peut-il dire sur les accusations formulées
contre le FPI de déstabiliser les autres partis
par les moyens les plus divers ? Là, Affi N’Guessan
se révèle tranchant, histoire de montrer
qu’au FPI, on ne mange pas de ce pain-là
: « Au FPI, nous n’avons pas une culture de
banditisme politique ». Bien balancé : que
ceux qui se sentent morveux, se mouchent, serait-on tenté
de dire ici !
Et l’ancien premier Ministre s’explique :
« Nous avons géré le pouvoir presque
seul entre 2000 et 2005. C’est à cette époque
qu’on aurait pu le faire (NDLR : casser les partis)
face à un pouvoir déchu qui a gouverné
le pays pendant 40 ans (il parle du PDCI/RDA). Pour Affi
N’Guessan en effet, il y avait des pressions à
exercer car des dossiers, ils en ont trouvé ; ils
auraient pu tenir à peu près ce langage
conventionnel dans bien d’autocraties, à
tel ou tel, histoire de les faire virer au FPI : «
tu vois, ton dossier-là qu’on a trouvé,
il est lourd, alos on fait quoi ? ». Non, si en
Côte d’Ivoire, « des gens quittent d’autres
partis pour venir au FPI, c’est parce qu’ils
se sont rendus compte que ces partis sont dans l’impasse
». Et pour bien montrer qu’il n’y a
pas de noyautage des organes de l’Etat et des instruments
électoraux pour liquider les partis, il révèle
que le FPI et ses démembrements sont d’ailleurs
minoritaires à la CENI. Cet instrument, dira-t-il,
a à sa tête un cadre du PDCI et sur les 16
membres qui le composent, le FPI ne compte que 2 personnes.
Voilà de quoi faire rêver dans bien de pays
où sévit la « démocrature »
!
Ce sujet clos, on en vient à un autre qui fâche
: pourquoi les autorités ont refusé un Haut
Représentant de l’ONU pour ces élections
? Pascal Affi N’Guessan répond simplement
que cela aurait été une atteinte à
la souveraineté de la Côte d’Ivoire
et il poursuit avec aplomb que les Ivoiriens se sont appropriés
le processus de résolution de la crise, faisant
allusion au dialogue direct. Et pour montrer à
quel point ils sont jaloux de leur souveraineté,
il explique que c’est parce qu’il n’y
a pas de dysfonctionnement dans les organes de l’Etat
qu’ils ne veulent pas d’un Haut Représentant
de l’ONU pour organiser les élections. C’est
cette logique, dira-t-il, qui les a conduit à opter
pour un facilitateur plutôt que pour un médiateur.
Ici, il rappelle que cette position, qui est aujourd’hui
gagnante, contredit les prétentions de ces Ivoiriens,
et pas des moindres, qui avaient souhaité que leur
pays soit mis sous tutelle, simplement parce qu’ils
en voulaient à une seule personne. Le FPI n’est
pas seulement un parti attaché à l’honneur,
à ses institutions, à la constitution, à
la souveraineté du pays, il est aussi attaché
à la démocratie. C’est pour cela qu’il
n’hésitera pas à flétrir tous
les éléments qui contrarient l’ancrage
des valeurs démocratiques et qui dévoient
le principe essentiel de l’alternance : «
On ne peut pas asseoir une démocratie sans démocrates
».
Et comme le patron du FPI tenait à dire tout ce
qu’il avait sur le cœur, il conclura que ce
qu’il faut craindre, c’est des personnes qui
entrent en politique sans une véritable formation
politique, notamment ceux qui y arrivent par le sommet,
« ceux qui viennent des grandes institutions telles
l’UNICEF et le FMI ». On a compris ici qui
était la cible de cette frappe chirurgicale !
Comme il fallait s’y attendre, on en est venu à
la crise du foncier rural. C’est ça, on le
sait, qui avait surtout en son temps amené les
Burkinabé à prendre le macadam et à
crier « Gbagbo au poteau ». Abordant le problème
avec hauteur, Affi N’Guessan a relevé que
cette question ne s’est pas seulement posée
à l’encontre des allogènes et autres
non nationaux. Les Ivoiriens entre eux l’ont vécue.
Il précisera qu’une loi a été
votée du reste à l’unanimité
en 1998 à ce sujet. Le FPI n’avait pas les
rênes du pouvoir. Pour lui, les gens doivent comprendre
qu’en Côte d’Ivoire, la terre appartient
aux populations et non à l’Etat et que ces
conflits, qui ne sont pas par nature xénophobes,
résultent de plusieurs facteurs et sévissent
dans de multiples domaines : «même au restaurant
universitaire, quand il n’y a pas assez d’assiettes,
c’est la bagarre entre étudiants ».
Finalement, ce qu’Affi N’Guessan condamne,
c’est que ces conflits soient « instrumentalisés
par les politiques ».
Et puis, une question a été posée
et on a senti les anges envahir la salle de conférence
: hormis le CDP, le FPI entretient-il des relations avec
d’autres partis ? On a vu les regards converger
vers une même direction ! Pas le moins du monde
déstabilisé, Affi N’Guessan rappellera
d’abord la nature des relations du FPI avec le CDP.
N’oubliant pas les bienfaits du passé, il
expliquera, comme du reste Laurent Gbagbo le fait à
l’occasion, comment aux temps durs, l’ODP/MT
et ensuite le CDP les ont aidés quand ils étaient
à l’opposition. Il y a eu entre le FPI et
le CDP une brouille mais les choses sont en voie de normalisation
avancée. Et puis, souligne-t-il, le CDP est un
parti au pouvoir comme le FPI, précisant qu’«en
fait, même si c’était un autre parti
que le CDP qui était au pouvoir, nous aurions entretenu
les mêmes relations car nous aussi, nous gérons
le pouvoir en Côte d’Ivoire ».
Venant maintenant aux autres partis, il dira ce qui est
: «Nous avons également des rapports avec
le PDP/PS à l’occasion de l’Internationale
Socialiste, avec l’UNDD aussi dont vous connaissez
les positions par rapport à la crise ivoirienne
».
Voilà, les choses sont claires : il n’y a
pas, comme on dit chez nous, de « lib-lib »
(NDLR : hypocrisie, double jeu). Il a comme on dit, assumé.
De ce qu’on a retenu des différents contacts
comme de cet exercice avec les journalistes, on ne peut
pas dire que l’impact soit négatif, tout
au contraire. L’homme est loin d’être
venu comme un repenti ou comme un excité du bocal.
Il a su garder de la hauteur pour ne pas apparaître
comme un partisan dans cette double célébration
du 15 Octobre. Il n’a pas eu la langue de bois pour
répondre à certaines questions et lorsqu’il
appuyait l’Accord de Ouagadougou et les efforts
faits par la facilitation, il était loin d’apparaître
comme un complimenteur.
C’est tout cela qui fait que s’il était
venu au Burkina Faso pour marquer des points, «
booster » le processus de refondation de l’entente
entre les deux pays, il n’aura pas fait le déplacement
pour rien !