MAL
GOUVERNANCE AU NIGERIA
LA PREMIERE FEMME PRESIDENTE DU PARLEMENT
EN ATTENTE DE DESTITUTION ?
Madame
Patricia Etteh est la présidente de l’Assemblée
générale du Nigeria. C’est
la première fois dans ce pays qu’une
femme accède à ce poste, qui est
dans la hiérarchie, le 4ème de l’Etat.
On peut comprendre le bruit que cela a fait en
son temps, puisque propulsant le Nigeria en bonne
position au nombre des pays qui ne parlent pas
seulement de la politique « Genre »
avec la bouche ! Toutefois, il n’y a pas
eu que des heureux. Il y avait des mécontents
qui n’arrivaient pas à avaler qu’une
femme, partie pour ainsi dire de rien (esthéticienne),
ait pu brûler la politesse aux professionnels
griffés de la politique, pour venir ravir
une telle sinécure. Cette prouesse, si
elle la devait à une expérience
sur le terrain, à des qualités intellectuelles,
à quelque service rendu au pays, on aurait
pu l’accepter mais voilà : si elle
a été bombardée à
la présidence de l’Assemblée,
c’est tout simplement, dit-on, parce qu’elle
est une grande amie de Olosogun Obasanjo qui,
avant de partir, a comme on le sait, pris soin
de truffer le pouvoir de ses femmes et de ses
hommes. Sait-on jamais, par ces temps où
les retraites des anciens chefs d’Etat sont
devenues si précaires ! C’est dire
que rien ne devait être donné à
cette femme et surtout pas avec des syndicalistes
et des opposants, alliés dans une espèce
de guerre sainte contre un pouvoir qu’ils
estiment corrompu et dangereux à l’extrême
pour le pays. Et puis voilà que leur tombe
du ciel, entre les mains, une occasion en or pour
enfoncer les lignes de leur ennemi qui, s’il
ne rend pas les armes, sera quelque peu déstabilisé
?
Quelle est donc cette sacrée aubaine ?
C’est un gros scandale qui vient de frapper
de plein fouet la présidente du Parlement.
Il faut d’abord relever que pour elle, les
choses avaient commencé à sentir
le roussi lorsque la révélation
avait été faite que pour les seules
rénovations de sa résidence officielle
et de celle de son adjointe, elle avait dépensé
pas moins de 628 millions de nairas (soit plus
de 5 millions de dollars US), que pour tenir son
rang, elle avait sur la lancée, acheté
12 voitures officielles, dont une Mercedes qui
a coûté la bagatelle de 200.000 dollars
US (plus de 100 millions de FCFA).
Voilà de quoi donner le tournis à
bien de Nigérians et qui arrive à
point nommé pour ses opposants. Depuis,
ces derniers ne tarissent pas de critiques, alléguant
que cette somme est faramineuse, indécente
dans un pays où plus de 70 % des citoyens
vivent avec moins d’1 dollar US par jour.
Pour l’ex leader syndical, Adams Oshiomhole,
Patricia Etteh n’est plus en mesure d’exercer
la fonction qu’elle occupe.
Alors que ce scandale bat son plein, un autre
s’y ajoute : l’affaire de la falsification
de ses diplômes.
Elle a beau jurer la main sur le cœur qu’elle
ne renie pas ses origines ni sa condition, que
tout le monde sait qu’elle a fait des études
de droit et de sciences politiques, on ne la croit
pas. Les critiques ont tellement monté
en flèche qu’il a été
décidé d’y voir plus clair
dans tout cela en mettant notamment sur pied,
pour commencer, une commission parlementaire autour
des conditions d’octroi et d’utilisation
des 628 millions de nairas. Les résultats,
qui n’ont pas tardé à tomber,
sont catastrophiques pour la Présidente.
La commission a en effet conclu que la procédure
n’avait pas été respectée
dans l’attribution des contrats, que ceux-ci
n’ont pas fait l’objet d’appels
d’offres, que quelques-unes des entreprises
ayant réalisé les travaux, n’étaient
pas enregistré et que, tout aussi grave,
l’argent débloqué ne figurait
pas au budget de l’Assemblée pour
l’exercice 2007.
Le rapport de la commission doit venir en plénière
après les vacances parlementaires, mais
l’opposition et les syndicalistes n’attendent
pas pour demander la démission de Patricia
Etteh. Ainsi, le fait le parti Action Congress
(AC) Opposition qui, dans un communiqué,
estime qu’en partant alors qu’il est
encore temps permettrait à Patricia Etteh
de sauvegarder « ce qui lui reste d’intégrité
ainsi que celle de la fonction du président
du Parlement », car indique le parti, il
n’a pas seulement suffi à cette femme
d’être mise en accusation par une
commission de camarades parlementaires, «
elle a également perdu le contrôle
de l’Assemblée après que son
manque de discrétion ait entraîné
une bagarre honteuse avec échange de coups
entre d’honorables membres ordinaires ».
Voilà dans quelle situation se trouve la
1ère femme présidente de l’Assemblée
nationale du Nigeria. La politique « Genre
» n’étant pas incompatible
avec la bonne gouvernance, si Mme Etteh était
convaincue des faits qui lui sont reprochés,
elle ne devrait s’en prendre qu’à
elle-même surtout qu’elle savait depuis
le début qu’elle était suivie
comme le lait sur le feu !
CY