CROISADE
INTERNATIONALE CONTRE L’IMPUNITE
QUAND LE « SYNDICAT » DES CHEFS D’ETAT
AFRICAINS
RAME A CONTRE COURANT
La
lutte que mènent certains intellectuels, leaders
d’opinion, responsables d’institutions..,
en faveur de la juridictionnalisation du droit pénal
international, butte devant des mouvements contraires
très forts. Les uns viennent des leaders du monde
libre, censés appuyer la structuration de l’ordre
public international et qui curieusement prennent des
postures de francs-tireurs. C’est le cas en particulier
des USA qui ont carrément refusé de se
soumettre à la juridiction de la Cour Pénale
Internationale (CPI), et dans une moindre mesure d’Etats
comme la France qui, tout en acceptant de s’y
soumettre, le font avec des réserves qui en atténuent
la portée. Ne parlons pas d’Etats autoritaires
comme la Chine qui ignorent royalement la CPI !
En Afrique, on n’a pas les moyens de faire comme
les USA ou la France, ou même comme la Chine.
On a, pour la plupart des pays, signé mais en
s’activant à mener des combats d’arrière-garde.
Sur quoi peuvent-ils donc s’appuyer pour mener
une telle résistance ?
D’abord, précisément sur le fait
que plusieurs Etats, comme relevé, n’ont
pas signé le traité ; ensuite sur les
fidélités acquises au plan international
et sur les solidarités tissées au plan
continental, pour ne pas subir, au cas où…,
les contraintes de la soumission à la CPI.
C’est pourquoi ils peuvent, sans état d’âme,
faire bloc derrière Robert Mugabe quoi qu’il
mène son pays d’une main de fer (étouffant
les libertés essentielles) pour imposer, en dépit
des sanctions européennes, sa participation au
Sommet Europe/Afrique.
Les Africains savent qu’il y a là des questions
d’intérêt stratégiques, énergétiques,
économiques.. , qui amèneront les Etats
européens à marcher sur leurs principes
pour faire bon accueil au numéro un zimbabwéen,
quitte à laisser sur le bas côté,
le premier Ministre Gordon Brown.
Angela Merkel, l’inflexible combattante des droits
de l’homme qui ose dire son fait aux Russes et
aux Chinois, sans parler de l’Ethiopie de Menawes
Zenawi, n’est pas la moins conquise à la
participation de Robert Mugabe, et nos dictateurs africains
boivent du petit lait. Rassurés, ils savent maintenant
que même si la guerre froide est dépassée,
ils ont retrouvé une force de chantage avec la
Chine et plus généralement avec les pays
émergents et que ce n’est donc pas demain
la veille que l’Europe inscrira le respect de
la démocratie, les droits de l’homme et
l’indépendance de la justice dans la thématique
des conditionnalités de l’aide au développement.
Ils pourront de la sorte continuer à faire de
la résistance, se dire qu’ils ont vu juste
en s’opposant à l’exfiltration de
Hissène Habré avec l’offre de cette
cote mal taillée que constitue son hypothétique
jugement au Sénégal.
Ici, on remarquera au passage l’infléchissement
de Alpha Oumar Konaré, lui qui d’habitude
moins flexible sur les principes, s’engouffre
sans hésitation dans la mobilisation pour la
participation de Robert Mugabe ! Une telle élasticité
dans l’application du droit, et qui contrarie
la croisade internationale contre l’impunité,
se manifeste même jusqu’aux niveaux les
plus imprévisibles. C’est le cas actuellement
à l’Organisation mondiale de la propriété
intellectuelle (OMPI) où le Soudanais Kamil Idriss
est l’objet d’un scandale qui fait grand
bruit et qui n’est pas à l’avantage
du continent.
L’homme avait falsifié ses pièces
d’état-civil pour augmenter de plus de
9 ans son âge afin d’être éligible
au poste de Directeur. Une fois porté à
la tête de l’OMPI et après avoir
normalement rempli ses mandats, le moment de partir
à la retraite étant arrivé, il
a cru devoir remodifier encore ses papiers pour rétablir,
dit-il, l’erreur commise au départ. Manipulation
sur manipulation, il provoque contre lui l’ire
de nombre de partenaires, surtout qu’en plus de
ses tricheries, il n’aurait pas correctement géré
la maison, comme en attestent des allégations
de corruption contre lui.
Alors qu’on demande tout simplement à Monsieur
Kamil Idriss de quitter la maison, il s’y oppose
et bénéficie du soutien des pays africains.
Voilà le triste état où se trouve
le processus de juridictionnalisation du droit pénal
international. Que valent alors ces soporifiques discours
sur l’impérieuse nécessité
d’engager la communauté internationale
dans la répression des crimes contre l’humanité
et dans la soumission de tous les dirigeants au droit
pénal ?
La Rédaction