Mise à jour le 14/10/2007
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San Finna N°435 du 15 au 21 Octobre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

CROISADE INTERNATIONALE CONTRE L’IMPUNITE
QUAND LE « SYNDICAT » DES CHEFS D’ETAT AFRICAINS
RAME A CONTRE COURANT

La lutte que mènent certains intellectuels, leaders d’opinion, responsables d’institutions.., en faveur de la juridictionnalisation du droit pénal international, butte devant des mouvements contraires très forts. Les uns viennent des leaders du monde libre, censés appuyer la structuration de l’ordre public international et qui curieusement prennent des postures de francs-tireurs. C’est le cas en particulier des USA qui ont carrément refusé de se soumettre à la juridiction de la Cour Pénale Internationale (CPI), et dans une moindre mesure d’Etats comme la France qui, tout en acceptant de s’y soumettre, le font avec des réserves qui en atténuent la portée. Ne parlons pas d’Etats autoritaires comme la Chine qui ignorent royalement la CPI !

En Afrique, on n’a pas les moyens de faire comme les USA ou la France, ou même comme la Chine. On a, pour la plupart des pays, signé mais en s’activant à mener des combats d’arrière-garde.

Sur quoi peuvent-ils donc s’appuyer pour mener une telle résistance ?

D’abord, précisément sur le fait que plusieurs Etats, comme relevé, n’ont pas signé le traité ; ensuite sur les fidélités acquises au plan international et sur les solidarités tissées au plan continental, pour ne pas subir, au cas où…, les contraintes de la soumission à la CPI.

C’est pourquoi ils peuvent, sans état d’âme, faire bloc derrière Robert Mugabe quoi qu’il mène son pays d’une main de fer (étouffant les libertés essentielles) pour imposer, en dépit des sanctions européennes, sa participation au Sommet Europe/Afrique.

Les Africains savent qu’il y a là des questions d’intérêt stratégiques, énergétiques, économiques.. , qui amèneront les Etats européens à marcher sur leurs principes pour faire bon accueil au numéro un zimbabwéen, quitte à laisser sur le bas côté, le premier Ministre Gordon Brown.

Angela Merkel, l’inflexible combattante des droits de l’homme qui ose dire son fait aux Russes et aux Chinois, sans parler de l’Ethiopie de Menawes Zenawi, n’est pas la moins conquise à la participation de Robert Mugabe, et nos dictateurs africains boivent du petit lait. Rassurés, ils savent maintenant que même si la guerre froide est dépassée, ils ont retrouvé une force de chantage avec la Chine et plus généralement avec les pays émergents et que ce n’est donc pas demain la veille que l’Europe inscrira le respect de la démocratie, les droits de l’homme et l’indépendance de la justice dans la thématique des conditionnalités de l’aide au développement. Ils pourront de la sorte continuer à faire de la résistance, se dire qu’ils ont vu juste en s’opposant à l’exfiltration de Hissène Habré avec l’offre de cette cote mal taillée que constitue son hypothétique jugement au Sénégal.

Ici, on remarquera au passage l’infléchissement de Alpha Oumar Konaré, lui qui d’habitude moins flexible sur les principes, s’engouffre sans hésitation dans la mobilisation pour la participation de Robert Mugabe ! Une telle élasticité dans l’application du droit, et qui contrarie la croisade internationale contre l’impunité, se manifeste même jusqu’aux niveaux les plus imprévisibles. C’est le cas actuellement à l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) où le Soudanais Kamil Idriss est l’objet d’un scandale qui fait grand bruit et qui n’est pas à l’avantage du continent.

L’homme avait falsifié ses pièces d’état-civil pour augmenter de plus de 9 ans son âge afin d’être éligible au poste de Directeur. Une fois porté à la tête de l’OMPI et après avoir normalement rempli ses mandats, le moment de partir à la retraite étant arrivé, il a cru devoir remodifier encore ses papiers pour rétablir, dit-il, l’erreur commise au départ. Manipulation sur manipulation, il provoque contre lui l’ire de nombre de partenaires, surtout qu’en plus de ses tricheries, il n’aurait pas correctement géré la maison, comme en attestent des allégations de corruption contre lui.

Alors qu’on demande tout simplement à Monsieur Kamil Idriss de quitter la maison, il s’y oppose et bénéficie du soutien des pays africains.

Voilà le triste état où se trouve le processus de juridictionnalisation du droit pénal international. Que valent alors ces soporifiques discours sur l’impérieuse nécessité d’engager la communauté internationale dans la répression des crimes contre l’humanité et dans la soumission de tous les dirigeants au droit pénal ?

La Rédaction






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