San
Finna N°433 du
01 au 07 Octobre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
HOTEL
DES MILLIARDAIRES CONTRE LA PROTECTION DES TORTUES
LE CASSE-TETE KENYAN DE NAOMI CAMPBELL
Naomi
Campbell a à résoudre un casse-tête
kenyan qui n’a rien à envier à un
casse-tête chinois. Quelles sont donc les raisons
de ce problème si difficile à résoudre
?
Eh bien, toute l’histoire commence, pas comme
un conte de fées, mais comme la suite d’un
contact heureux du top model avec le pays de Kenyatta
alors qu’elle s’y trouvait en vacances.
C’était à Malindi, une plaisante
station balnéaire. Ce fut le coup de foudre et
elle n’en avait que pour la beauté du site
: « Vous avez des plages extraordinaires, et les
gens ici sont tout simplement adorables ». Voilà
ce qu’elle disait notamment au Quotidien Standard.
Mais son émerveillement allait déboucher
sur un projet ambitieux, haut de gamme : la construction
d’un hôtel de milliardaires et d’un
casino que le mannequin de 37 ans voulait voir ériger
dans la station balnéaire kenyane de Malindi.
Un tel projet, apparemment, devrait être félicité
puisque comme dit l’adage, « que cherche
l’aveugle si ce n’est des yeux »,
autrement dit, que cherche un pays en développement
comme le Kenya sinon des investissements pourvoyeurs
d’emplois et de devises ?
Il y a toutefois que cet hôtel à venir
a beau promettre des possibilités de réduire
le chômage, de fixer des Kenyans au pays, il n’en
est pas moins situé sur un site de préservation
de tortues, et cette perspective fait beaucoup de mécontents
qui se mobilisent résolument pour faire échec
au projet de la belle jeune Campbell.
Parmi eux, il y a d’abord le Directeur de l’Association
marine de Malindi, Athman Seif. Il y est farouchement
opposé. Pour lui et ses collaborateurs, la cohabitation
entre les tortues et la clientèle mondaine et
fortunée du futur casino, est incompatible. Ils
ont accompli sur les lieux des années de travail
qui risquent d’être ainsi mises à
l’eau car les espèces rares de tortues
qui s’y trouvent seraient ainsi menacées.
Le patron de l’association s’en explique
: «"Si ce projet est accepté, il aura
des répercussions très importantes : le
bruit du casino et son éclairage affecteront
les couvées de tortues, tandis que les touristes
se promenant sur la place détruiront les oeufs
et les nids". Intarissable dans ses mises en garde,
il expose encore que les femelles pondent leurs œufs
sur la plage et de manière instinctive, leurs
progénitures se dirigent vers les endroits les
plus lumineux, c’est-à-dire dans cet endroit
précis, désert, plutôt sombre vers
l’océan par contraste, plus lumineux la
nuit. Avec l’hôtel des milliardaires, son
casino et toutes les installations connexes, il y aura
là une source de luminosité extraordinaire.
Le résultat sera de désorienter les bébés
des tortues qui, au lieu d’aller naturellement
vers la mer pour continuer leur processus de croissance
naturelle, iront vers le complexe hôtelier. A
la longue, ils seraient déboussolés, ce
qui entraînerait leur mort par déshydratation.
Cela est scientifiquement démontré.
Mais il n’y a pas que le Directeur Seif qui y
soit opposé. Monsieur Stephen Trott, gérant
du Local Océan trust, un groupe de préservation
des tortues (le Service Kenyan de la Vie Sauvage - KWS
- Kenya Wildlife Service) se montre très réservé
: « Nous ne sommes pas opposés au développement
mais nous défendons un développement touristique
de qualité, durable et avec un minimum d’impact
sur l’environnement », Il n’est pas
le seul. Le service kenyan de la vie sauvage (KWS) a
fait savoir qu’il veillait au grain.
Au-delà des écologistes convaincus, il
y a aussi la population. En effet, les habitants de
Malindi font chorus avec tous les défenseurs
de la nature de manière ferme ; ils le font savoir
par un des leurs, Terry Hill, de l’Association
des habitants de Malindi sud : «Nous sommes totalement
contre le casino. C’est une petite ville (Malindi),
nous avons déjà un casino et nous ne voulons
pas d’un autre ». Et il précise,
pour ne pas qu’on ait de doute quant à
leur mobilisation : « « De plus, on nous
a dit qu’ils veulent construire près du
parc marin. Soyez sûrs que nous ne laisserons
pas faire car nous sommes des protecteurs de l’environnement
».
Voilà les fortes parties auxquelles Naomi Campbell
aura à faire. On se demande vraiment pourquoi
elle est tombée comme qui dirait, KO, de cet
endroit. Le Kenya est quand même assez vaste ;
il ne manque pas de sites attrayants. Si son intention
n’est pas seulement de faire du dollar en satisfaisant
les lubies de quelques milliardaires, elle devrait conserver
au pays qui en a besoin, son projet d’investissement,
et chercher à faire le bonheur de tous, des habitants,
des défenseurs de la nature, des milliardaires,
d’elle-même mais aussi des tortues, en choisissant
un autre site. Surtout, si elle aime cet endroit à
en mourir, elle ne devrait pas vouloir qu’on le
transforme en grandes masses de béton !
Mais à ce qu’il paraît, le projet
est déjà dans le circuit pour étude.
On verra bien ce que ça va donner !