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HOTEL DES MILLIARDAIRES CONTRE LA PROTECTION DES TORTUES
LE CASSE-TETE KENYAN DE NAOMI CAMPBELL

Naomi Campbell a à résoudre un casse-tête kenyan qui n’a rien à envier à un casse-tête chinois. Quelles sont donc les raisons de ce problème si difficile à résoudre ?

Eh bien, toute l’histoire commence, pas comme un conte de fées, mais comme la suite d’un contact heureux du top model avec le pays de Kenyatta alors qu’elle s’y trouvait en vacances. C’était à Malindi, une plaisante station balnéaire. Ce fut le coup de foudre et elle n’en avait que pour la beauté du site : « Vous avez des plages extraordinaires, et les gens ici sont tout simplement adorables ». Voilà ce qu’elle disait notamment au Quotidien Standard. Mais son émerveillement allait déboucher sur un projet ambitieux, haut de gamme : la construction d’un hôtel de milliardaires et d’un casino que le mannequin de 37 ans voulait voir ériger dans la station balnéaire kenyane de Malindi. Un tel projet, apparemment, devrait être félicité puisque comme dit l’adage, « que cherche l’aveugle si ce n’est des yeux », autrement dit, que cherche un pays en développement comme le Kenya sinon des investissements pourvoyeurs d’emplois et de devises ?

Il y a toutefois que cet hôtel à venir a beau promettre des possibilités de réduire le chômage, de fixer des Kenyans au pays, il n’en est pas moins situé sur un site de préservation de tortues, et cette perspective fait beaucoup de mécontents qui se mobilisent résolument pour faire échec au projet de la belle jeune Campbell.
Parmi eux, il y a d’abord le Directeur de l’Association marine de Malindi, Athman Seif. Il y est farouchement opposé. Pour lui et ses collaborateurs, la cohabitation entre les tortues et la clientèle mondaine et fortunée du futur casino, est incompatible. Ils ont accompli sur les lieux des années de travail qui risquent d’être ainsi mises à l’eau car les espèces rares de tortues qui s’y trouvent seraient ainsi menacées. Le patron de l’association s’en explique : «"Si ce projet est accepté, il aura des répercussions très importantes : le bruit du casino et son éclairage affecteront les couvées de tortues, tandis que les touristes se promenant sur la place détruiront les oeufs et les nids". Intarissable dans ses mises en garde, il expose encore que les femelles pondent leurs œufs sur la plage et de manière instinctive, leurs progénitures se dirigent vers les endroits les plus lumineux, c’est-à-dire dans cet endroit précis, désert, plutôt sombre vers l’océan par contraste, plus lumineux la nuit. Avec l’hôtel des milliardaires, son casino et toutes les installations connexes, il y aura là une source de luminosité extraordinaire. Le résultat sera de désorienter les bébés des tortues qui, au lieu d’aller naturellement vers la mer pour continuer leur processus de croissance naturelle, iront vers le complexe hôtelier. A la longue, ils seraient déboussolés, ce qui entraînerait leur mort par déshydratation. Cela est scientifiquement démontré.
Mais il n’y a pas que le Directeur Seif qui y soit opposé. Monsieur Stephen Trott, gérant du Local Océan trust, un groupe de préservation des tortues (le Service Kenyan de la Vie Sauvage - KWS - Kenya Wildlife Service) se montre très réservé : « Nous ne sommes pas opposés au développement mais nous défendons un développement touristique de qualité, durable et avec un minimum d’impact sur l’environnement », Il n’est pas le seul. Le service kenyan de la vie sauvage (KWS) a fait savoir qu’il veillait au grain.

Au-delà des écologistes convaincus, il y a aussi la population. En effet, les habitants de Malindi font chorus avec tous les défenseurs de la nature de manière ferme ; ils le font savoir par un des leurs, Terry Hill, de l’Association des habitants de Malindi sud : «Nous sommes totalement contre le casino. C’est une petite ville (Malindi), nous avons déjà un casino et nous ne voulons pas d’un autre ». Et il précise, pour ne pas qu’on ait de doute quant à leur mobilisation : « « De plus, on nous a dit qu’ils veulent construire près du parc marin. Soyez sûrs que nous ne laisserons pas faire car nous sommes des protecteurs de l’environnement ».

Voilà les fortes parties auxquelles Naomi Campbell aura à faire. On se demande vraiment pourquoi elle est tombée comme qui dirait, KO, de cet endroit. Le Kenya est quand même assez vaste ; il ne manque pas de sites attrayants. Si son intention n’est pas seulement de faire du dollar en satisfaisant les lubies de quelques milliardaires, elle devrait conserver au pays qui en a besoin, son projet d’investissement, et chercher à faire le bonheur de tous, des habitants, des défenseurs de la nature, des milliardaires, d’elle-même mais aussi des tortues, en choisissant un autre site. Surtout, si elle aime cet endroit à en mourir, elle ne devrait pas vouloir qu’on le transforme en grandes masses de béton !

Mais à ce qu’il paraît, le projet est déjà dans le circuit pour étude. On verra bien ce que ça va donner !

CY






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