OPPOSITIONS
AFRICAINES
POURQUOI CET ETIOLEMENT QUI ALTERE LA PRATIQUE DEMOCRATIQUE
?
L’opposition
en Afrique, sauf quelques très rares cas, est
souvent l’ombre d’elle-même, enlevant
par le fait toute vitalité à la démocratie.
Comment en est-on arrivé là ?
On trouvera des explications dans la vie propre des
partis d’opposition, comme dans l’environnement
national et international.
Au
niveau des partis politiques, tout est loin d’être
rose. Les partis, il en a tant été créé
à la pelle que les mauvais sont en passe de chasser
les bons, comme la mauvaise monnaie le fait de la bonne.
Pas étonnant que la plupart n’aient pas
de programmes conséquents mais des copier/coller,
que certains vivent en se vendant au plus offrant et
d’autres, juste le temps des élections
pour toucher la manne du financement public et retomber
en hibernation le reste du temps. Comment dans ces conditions
obtenir d’eux une contribution au processus de
nationalisation du pouvoir, au développement
d’une culture partisane. Comment avec de telles
déviances, espérer qu’ils développent
des activités de contrôle sans complaisance
avec pour horizon, l’alternance au pouvoir ? D’où
les critiques et la désaffection grandissante
de l’opinion à leur endroit. Mais précision
de taille : il n’ y a que les véritables
partis d’opposition qui vivent cette situation,
et on verra pourquoi.
Mais l’étiolement des partis politiques
tient aussi à l’environnement politique,
économique et social, aux données de la
gouvernance nationale.
Les pouvoirs en place ne se sont pas toujours donnés
pour objectif d’asseoir la démocratie sur
la légitimation populaire, le respect du droit
et du pluralisme, de soumettre leur pouvoir aux contrôles
administratifs et politiques vrais et par conséquent
de respecter scrupuleusement le suffrage populaire et
la place qui doit revenir aux vrais partis d’opposition.
Tout au contraire, ils se sont efforcés de se
consolider, de prendre racines en confisquant le pouvoir
du peuple, en neutralisant de multiples façons
les partis politiques d’opposition : ils ont aussi
mis en œuvre une implacable stratégie de
vampirisation de la vie politique et économique,
dont le but ultime a été le formatage
d’ un espace politique animé par des acteurs
créés ou récupérés
auxquels ils ont fait jouer des rôles dans un
jeu politique parfaitement maîtrisé.
Mais cet objectif n’aurait pas été
pleinement atteint si la subordination, la captation,
l’inféodation des contre-pouvoirs non étatiques
(contrôleurs administratifs et politiques) n’avaient
pas été menées de façon
globale, intégrale, pour atteindre, au-delà
des partis d’opposition, les syndicats, les mouvements
de droits de l’homme, les médias, les intellectuels,
les opérateurs économiques et surtout
les structures coutumières et religieuses. C’est
cela qui a construit ici et là des démocraties
globalisantes, unanimistes au sein desquelles les partis
d’opposition qui n’accepteront pas de se
rallier d’une façon ou d’une autre
à la galaxie présidentielle, connaissent
de graves tourments de la part des pouvoirs en place.
L’opposition devient ainsi un enfer, ce qui favorisera
notamment le phénomène de la transhumance.
Cependant, cette déconstruction de la démocratie,
ce retour à des régimes d’exception
qui ne disent pas leur nom, n’aurait pas enfin
atteint ce stade achevé si des assurances n’avaient
pas été prises au plan international pour
verrouiller par le sommet, tout le mécanisme
construit en interne. En effet, la communauté
internationale a fermé les yeux (sauf en concédant
de temps en temps, quelques protestations de pure forme)
sur le processus de dénaturation de la démocratie,
sur les élections tronquées, sur les constitutions
violées, sur les oppositions démantelées
et sur les forces vives de la nation récupérées.
Plus grave, il est même arrivé à
certains de ses représentants de prêter
main forte aux dictateurs dans leurs multiples entreprises
: en appuyant l’idée que l’Afrique
avait beaucoup plus besoin de sécurité,
de santé, de nourriture, d’éducation
que de démocratie ; en intervenant à l’occasion
directement ou indirectement dans des actions de prédation
interne et externe des gouvernants ; en fermant l’accès
des oppositions aux médias internationaux...
Pas étonnant, comme l’a relevé Alpha
Oumar Konaré, que les oppositions africaines
en soient réduites à n’être
que l’ombre d’elles-mêmes, les élections
servant plus à leur exécution électorale
qu’à la légitimation de la volonté
populaire. La situation est vécue dans des pays
aussi différents que le Sénégal,
le Cameroun, le Burkina Faso, le Maroc et l’Algérie.
Pas étonnant aussi qu’à la limite,
la nécessité faisant loi, des bruits courent
que des leaders comme John Fru N’di seraient sur
le point de rejoindre Paul Biya pour tenter de survivre,
lui qui a été artificiellement ravalé,
selon une technique bien huilée en Afrique, du
rang de premier parti d’opposition, à celui
de deuxième, de troisième parti voire
demain de 4èm, dans l’indifférence
de la communauté internationale.
Mais comme l’a dit le professeur Loada, on peut
tout faire avec la démocratie sauf s’asseoir
dessus. De fait, on arrive maintenant à ce constat
amer de l’écoeurement populaire vis-à-vis
de la démocratie avec des abstentions record
aux élections, une explosion du phénomène
de l’émigration pour déficit de
démocratie. On s’aperçoit alors
à l’extérieur qu’il y a plus
d’inconvénients que d’avantages à
mal déployer la démocratie et qu’il
faut la re- profiler. C’est toute la question
qui se pose aujourd’hui un peu partout au sujet
de la refondation de la démocratie et dont les
chantres se trouvent, même paradoxalement, au
cœur de la Commission de l’Union Africaine.
La Rédaction