Mise à jour le 30/09/2007
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San Finna N°433 du 01 au 07 Octobre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
 

A vue de monde

62 ème SOMMET DES NATIONS UNIES
L’ELAN BRISE QUI LACHE A SES BOURREAUX LE PEUPLE BIRMAN
ET DONNE RAISON A DE GAULLE ET A ALPHA OUMAR KONARE

La 62 ème session des Nations Unies s’est tenue, on peut le dire, dans un contexte dominé par la prise de conscience que le monde devait être régi par un ordre public structuré et au commandement impératif. C’est à ce seul prix que l’on sortira de ce règne de la jungle qui prend de plus en plus d’envergure sous ces actions combinées et interactives que sont entre autres : l’épuisement des ressources non renouvelables, la pollution qui menace le monde, la pauvreté facteur belligène avec son corollaire, l’émigration sauvage déstabilisatrice, le terrorisme qui gangrène le monde entier, l’érosion des droits de l’homme et des valeurs démocratiques, qui risquent d’allumer le monde à la manière d’une torche.

EXHORTE DES NATIONS UNIES ET DE NICOLAS SARKOZY

Cette prise de conscience exprimée au fil de moult interventions a été particulièrement illustrée par celle de Nicolas Sarkozy. Il exécutait sa première prestation devant cette assemblée et il faut reconnaître qu’il a fait fort. Tout, dans ses propos comme dans ses gestes, visait à provoquer une rupture, un déclic qui prédispose enfin le monde à une action durable. A sa manière frontale, il a d’abord plaidé pour la réhabilitation des Nations Unies en empruntant au mot historique de Churchill : ce n’est pas la meilleure des organisations qu’il nous soit donné mais en dehors d’elle, il n’en est pas d’autres ; elle a des responsabilités collectives en propre et elle doit les assumer sans délai ; pas demain mais immédiatement. Poussant au bout son propos, il ne craint donc pas le choc des mots dans l’exhorte des Nations Unies à défendre les droits de l’homme, les droits des peuples, les libertés, à combattre l’impunité, à juger les criminels, à aller même les chercher où qu’ils se trouvent… : « Ceux qui assassinent en Afrique, (...) au Liban, (...) partout dans le monde, notre responsabilité collective est de leur dire que nous irons les chercher là où ils se trouvent pour rendre des comptes devant le seul tribunal légitime, celui de l'ensemble de la communauté internationale ». Après cela, tout devrait avoir été dit et plié.

Il a en effet parlé comme avant lui, aucun chef d’Etat, surtout français, ne l’avait fait, exorcisant de façon vigoureuse les Nations Unies du sort que lui avait jeté de Gaulle en les qualifiant de « machin ». Après la plaidoirie, il a, comme un général le fait avant d’engager la bataille, rechargé les accus de ses troupes et mis le monde en ordre de bataille pour s’attaquer à la révolution de sa survie avec cette arme du « New Deal » écologique et économique.

Mais voilà, il y a des malédictions qui ont la vie dure, comme des faits qui sont têtus.

RECADRAGE DE ALPHA OUMAR KONARE

A peine ses propos prononcés, c’est Alpha Oumar Konaré qui viendra d’abord nous ramener aux faits n mettant un bémol à l’envolée, non pas parce qu’il en conteste la pertinence mais parce qu’il trouve qu’elle participe beaucoup plus du vocabulaire, de l’incantation que de l’action déterminante, visible sur le terrain. Et dans les mêmes termes de franchise, sans peur des mots qui bousculent, il s’est fait au président français et au monde, l’interprète fidèle des peuples d’Afrique lassés de promesses dont ils sont abreuvés jusqu’à plus soif. « Trop de promesses ont été faites à l'Afrique ». Il a également expliqué que « l'Afrique ne doit plus être le théâtre de luttes d'influence » et que « La dynamique de l'intégration doit conduire au dépérissement des bases militaires étrangères sur le continent ». Propos qu’il reconfirmera par ailleurs au cours d’une interview, dans laquelle il précise que « La première responsabilité, c’est de construire des Etats de droit, démocratiques où la bonne gouvernance ne sera pas qu’un simple slogan… Il faut que les règles du jeu changent » (Fraternité Matin du 28/09/07).

LE CONTREDIT DU PEUPLE BIRMAN

De la Birmanie, est venu aussi un autre contredit aux proclamations de ce 62 ème Sommet et au serment du président français.

Au moment même où des engagements étaient justement pris pour instaurer la primauté du droit, de la justice dans le monde, les Bonzes, comme pour prendre au mot la communauté internationale, décidaient d’engager la « révolution safran » (du nom de la couleur des tuniques des Bonzes). Défiant la mort, ils se sont lancés dans des manifestations pacifiques avec tout un peuple décidé avec eux, à affronter les balles de la junte pour avoir la liberté. Le monde entier les a vus, quémandant la solidarité internationale ; le monde entier les a vus bastonner, violenter et a pu imaginer ce qui pouvait se passer loin des caméras, dans ces monastères prisés, dans ces prisons, dans ces hôpitaux… Il y avait là comme une incitation divine à mettre à exécution les engagements pris à la maison de verre. Mais en dépit des crimes commis, les mesures fortes promises se font toujours attendre. Et beaucoup se mettent à penser que l’inertie habituelle aura encore raison de la demande de justice des peuples opprimés, que la tribune des Nations Unies n’aura vu, une fois de plus, que de beaux parleurs se succéder.

L’IMPERITIE DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE

La communauté internationale aurait pu, pour une fois, montrer que les choses vont changer en décidant de procéder à une enquête internationale sur les crimes qui se commettent en Birmanie, en créant un tribunal pénal ad hoc, en prenant, sinon au niveau des Nations Unies, au niveau de l’Europe et de certaines puissances, la décision de boycotter les Jeux 2008 de Pékin. Cela s’est déjà fait par le passé vis-à-vis des Jeux de Moscou et ça a eu un impact fort. Elles auraient pu étendre les sanctions, au-delà de la Birmanie, aux pays qui la soutiennent.

Mais il ne faut pas rêver. Il y a, comme toujours dans ce genre d’affaires, des intérêts énergétiques, économiques.., à protéger. Total, contre des royalties de 200 millions de dollars par an versés à la Junte, est bien implanté dans le pays, et malgré que Ang San Su Ky la considère comme «l’étendard » de la dictature, il ne vient pas à l’idée des autorités françaises de lui demander de suspendre ses activités, encore moins de quitter le pays. Il y a aussi dans ce dossier, à ne pas mécontenter la Russie et notamment la Chine avec lesquels on commerce, ni vu ni connu, bien que les droits de l’homme et la démocratie dans ces pays soient loin d’être respectés. Comment pourrait-on alors reprocher aux dirigeants birmans ce qu’on laisse couler pour les dirigeants russes et chinois ?

Faut-il s’étonner de tout cela ? Malheureusement, non. De tels dénis de justice, la communauté internationale nous en a déjà montré des exemples au Liberia, au Soudan, au Tibet, au Rwanda, à Srebrenica où même elle s’est, en plus de la non-assistance à un peuple en danger, payée le luxe d’accompagner le génocide pour amadouer Milosevic.

Alors, il faut croire qu’aux Nations Unies, on a parlé pour parler, que Alpha Oumar Konaré ne pensait pas si bien dire et que les Nations Unies risquent de rester le « machin », et l’homme du 18 Juin, plus que jamais difficile à confondre devant l’histoire. Ce faisant, les Nations Unies n’ont pas seulement abandonné un peuple à ses tortionnaires, elles ont donné le signal le plus négatif qui soit aux autres dictatures, qui ne manqueront pas de rire sous cape !

VT





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