San
Finna N°433 du
01 au 07 Octobre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
62
ème SOMMET DES NATIONS UNIES
L’ELAN BRISE QUI LACHE A SES BOURREAUX LE PEUPLE
BIRMAN
ET DONNE RAISON A DE GAULLE ET A ALPHA OUMAR KONARE
La
62 ème session des Nations Unies s’est tenue,
on peut le dire, dans un contexte dominé par la
prise de conscience que le monde devait être régi
par un ordre public structuré et au commandement
impératif. C’est à ce seul prix que
l’on sortira de ce règne de la jungle qui
prend de plus en plus d’envergure sous ces actions
combinées et interactives que sont entre autres
: l’épuisement des ressources non renouvelables,
la pollution qui menace le monde, la pauvreté facteur
belligène avec son corollaire, l’émigration
sauvage déstabilisatrice, le terrorisme qui gangrène
le monde entier, l’érosion des droits de
l’homme et des valeurs démocratiques, qui
risquent d’allumer le monde à la manière
d’une torche.
EXHORTE
DES NATIONS UNIES ET DE NICOLAS SARKOZY
Cette prise de conscience exprimée au fil de moult
interventions a été particulièrement
illustrée par celle de Nicolas Sarkozy. Il exécutait
sa première prestation devant cette assemblée
et il faut reconnaître qu’il a fait fort.
Tout, dans ses propos comme dans ses gestes, visait à
provoquer une rupture, un déclic qui prédispose
enfin le monde à une action durable. A sa manière
frontale, il a d’abord plaidé pour la réhabilitation
des Nations Unies en empruntant au mot historique de Churchill
: ce n’est pas la meilleure des organisations qu’il
nous soit donné mais en dehors d’elle, il
n’en est pas d’autres ; elle a des responsabilités
collectives en propre et elle doit les assumer sans délai
; pas demain mais immédiatement. Poussant au bout
son propos, il ne craint donc pas le choc des mots dans
l’exhorte des Nations Unies à défendre
les droits de l’homme, les droits des peuples, les
libertés, à combattre l’impunité,
à juger les criminels, à aller même
les chercher où qu’ils se trouvent…
: « Ceux qui assassinent en Afrique, (...) au Liban,
(...) partout dans le monde, notre responsabilité
collective est de leur dire que nous irons les chercher
là où ils se trouvent pour rendre des comptes
devant le seul tribunal légitime, celui de l'ensemble
de la communauté internationale ». Après
cela, tout devrait avoir été dit et plié.
Il a en effet parlé comme avant lui, aucun chef
d’Etat, surtout français, ne l’avait
fait, exorcisant de façon vigoureuse les Nations
Unies du sort que lui avait jeté de Gaulle en les
qualifiant de « machin ». Après la
plaidoirie, il a, comme un général le fait
avant d’engager la bataille, rechargé les
accus de ses troupes et mis le monde en ordre de bataille
pour s’attaquer à la révolution de
sa survie avec cette arme du « New Deal »
écologique et économique.
Mais voilà, il y a des malédictions qui
ont la vie dure, comme des faits qui sont têtus.
RECADRAGE
DE ALPHA OUMAR KONARE
A peine ses propos prononcés, c’est Alpha
Oumar Konaré qui viendra d’abord nous ramener
aux faits n mettant un bémol à l’envolée,
non pas parce qu’il en conteste la pertinence mais
parce qu’il trouve qu’elle participe beaucoup
plus du vocabulaire, de l’incantation que de l’action
déterminante, visible sur le terrain. Et dans les
mêmes termes de franchise, sans peur des mots qui
bousculent, il s’est fait au président français
et au monde, l’interprète fidèle des
peuples d’Afrique lassés de promesses dont
ils sont abreuvés jusqu’à plus soif.
« Trop de promesses ont été faites
à l'Afrique ». Il a également expliqué
que « l'Afrique ne doit plus être le théâtre
de luttes d'influence » et que « La dynamique
de l'intégration doit conduire au dépérissement
des bases militaires étrangères sur le continent
». Propos qu’il reconfirmera par ailleurs
au cours d’une interview, dans laquelle il précise
que « La première responsabilité,
c’est de construire des Etats de droit, démocratiques
où la bonne gouvernance ne sera pas qu’un
simple slogan… Il faut que les règles du
jeu changent » (Fraternité Matin du 28/09/07).
LE
CONTREDIT DU PEUPLE BIRMAN
De la Birmanie, est venu aussi un autre contredit aux
proclamations de ce 62 ème Sommet et au serment
du président français.
Au moment même où des engagements étaient
justement pris pour instaurer la primauté du droit,
de la justice dans le monde, les Bonzes, comme pour prendre
au mot la communauté internationale, décidaient
d’engager la « révolution safran »
(du nom de la couleur des tuniques des Bonzes). Défiant
la mort, ils se sont lancés dans des manifestations
pacifiques avec tout un peuple décidé avec
eux, à affronter les balles de la junte pour avoir
la liberté. Le monde entier les a vus, quémandant
la solidarité internationale ; le monde entier
les a vus bastonner, violenter et a pu imaginer ce qui
pouvait se passer loin des caméras, dans ces monastères
prisés, dans ces prisons, dans ces hôpitaux…
Il y avait là comme une incitation divine à
mettre à exécution les engagements pris
à la maison de verre. Mais en dépit des
crimes commis, les mesures fortes promises se font toujours
attendre. Et beaucoup se mettent à penser que l’inertie
habituelle aura encore raison de la demande de justice
des peuples opprimés, que la tribune des Nations
Unies n’aura vu, une fois de plus, que de beaux
parleurs se succéder.
L’IMPERITIE
DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE
La communauté internationale aurait pu, pour une
fois, montrer que les choses vont changer en décidant
de procéder à une enquête internationale
sur les crimes qui se commettent en Birmanie, en créant
un tribunal pénal ad hoc, en prenant, sinon au
niveau des Nations Unies, au niveau de l’Europe
et de certaines puissances, la décision de boycotter
les Jeux 2008 de Pékin. Cela s’est déjà
fait par le passé vis-à-vis des Jeux de
Moscou et ça a eu un impact fort. Elles auraient
pu étendre les sanctions, au-delà de la
Birmanie, aux pays qui la soutiennent.
Mais il ne faut pas rêver. Il y a, comme toujours
dans ce genre d’affaires, des intérêts
énergétiques, économiques.., à
protéger. Total, contre des royalties de 200 millions
de dollars par an versés à la Junte, est
bien implanté dans le pays, et malgré que
Ang San Su Ky la considère comme «l’étendard
» de la dictature, il ne vient pas à l’idée
des autorités françaises de lui demander
de suspendre ses activités, encore moins de quitter
le pays. Il y a aussi dans ce dossier, à ne pas
mécontenter la Russie et notamment la Chine avec
lesquels on commerce, ni vu ni connu, bien que les droits
de l’homme et la démocratie dans ces pays
soient loin d’être respectés. Comment
pourrait-on alors reprocher aux dirigeants birmans ce
qu’on laisse couler pour les dirigeants russes et
chinois ?
Faut-il s’étonner de tout cela ? Malheureusement,
non. De tels dénis de justice, la communauté
internationale nous en a déjà montré
des exemples au Liberia, au Soudan, au Tibet, au Rwanda,
à Srebrenica où même elle s’est,
en plus de la non-assistance à un peuple en danger,
payée le luxe d’accompagner le génocide
pour amadouer Milosevic.
Alors, il faut croire qu’aux Nations Unies, on a
parlé pour parler, que Alpha Oumar Konaré
ne pensait pas si bien dire et que les Nations Unies risquent
de rester le « machin », et l’homme
du 18 Juin, plus que jamais difficile à confondre
devant l’histoire. Ce faisant, les Nations Unies
n’ont pas seulement abandonné un peuple à
ses tortionnaires, elles ont donné le signal le
plus négatif qui soit aux autres dictatures, qui
ne manqueront pas de rire sous cape !