INSTITUTIONS
INTERNATIONALES
A LA TRAQUE DES GOUVERNANTS VEREUX :
DU SERIEUX OU DU CHIQUE ?
Les
institutions internationales ont-elles déterré
la hache de la guerre contre les dirigeants qui pillent
les richesses de leurs peuples et qui les planquent
à l’étranger ? On pourrait bien
le croire. En effet, quelques médias en parlent
déjà. C’est le cas de « 24
Heures », c’est aussi le cas aussi de l’Agence
de presse sénégalaise qui en a affirmé
la réalité, pièces à l’appui,
le 20 septembre passé. Tous font état
d’une nouvelle initiative qui vient énergiser
la Convention des Nations Unies contre la corruption
adoptée le 31 octobre 2003 à New York
par l’Assemblée générale
des Nations Unies et qui est rentrée en vigueur
en 2005. Mais tout de même ! N’est-ce pas
espérer soulever des montagnes, avec cette nouvelle
initiative que mènent tambour battant, Ban Ki
Moon des Nations Unies, Robert Zoellick de la Banque
Mondiale, Antonio Maria Costa de l’Office des
Nations Unies contre la drogue et le crime ?
En effet, cette forme de corruption, génératrice
de préjudices au dépens des pays en développement,
n’est pas tout à fait celle entrée
en vigueur entrée en 2005 et que le Burkina Faso
, comme bien d’autres pays, a signé, ni
la Convention de l’Union africaine sur la prévention
et la lutte contre la corruption adoptée le 11
juillet 2003 à Maputo par la 2ème session
ordinaire de la Conférence de l’Union africaine,
que le Burkina Faso a également signée.
Non, l’Initiative ne s’attaque pas seulement
au menu fretin ; elle a ceci de spécifique qu’elle
met en présence des acteurs d’une qualité
particulière : des dirigeants de pays en développement
et de pays développés, ceux d’institutions
internationales comme de multinationales, etc. C’est
autre chose, on le voit bien !
On ne peut pas épingler Omar Bongo Ondimba, Denis
Sassou N’Guesso, rapatrier les fortunes amassées
à l’extérieur, sans mettre en cause
des complicités au niveau des dirigeants de pays
étrangers, de multinationales…
On ne peut pas épingler Charles Taylor, rapatrier
ses fonds volés à son peuple et à
d’autres peuples sans appeler en cause d’autres
chefs d’Etat d’Afrique et d’ailleurs,
de même que les responsables de multinationales
qui tous, avec lui, ont été partie prenante
ou facilitateurs de cette corruption à vaste
échelle qui a causé un incommensurable
préjudice à toute la sous région
ouest africaine.
On ne peut pas traquer Blaise Compaoré dans le
dossier pillage de la Côte d’Ivoire sans
appeler en cause tous les dirigeants africains et d’ailleurs,
ceux des multinationales et autres officines qui se
sont prêtés au commerce du café,
du cacao, du bois, du diamant, des armes.. , au détriment
du peuple ivoirien.
Comment par ailleurs rapatrier les fonds détournés
de l’ « Opération Pétrole
contre nourriture » sans entendre pour le moins
Kofi Annan, son fils et bien d’autres qui, directement
ou indirectement, auraient permis cette entreprise frauduleuse
au détriment du peuple irakien ? Comment mener
à bonne fin les procédures pour récupérer
les sommes volées dans la vente du bois au détriment
du peuple congolais, et que dénonce Greenpeace,
sans impliquer la Banque Mondiale et d’autres
personnalités haut placées en RDC et à
l’étranger ?
Mais ce n’est pas tout. Si les crimes sont dénoncés,
il reste encore à savoir qui sera chargé
de les établir : les juridictions nationales
ou internationales car on ne peut pas imaginer d’en
confier la tâche à ces justices nationales
prises en main par les autocrates. Ce serait pour ces
derniers s’acheter des cordes pour se pendre eux-mêmes.
Si par ailleurs, il y avait des procédures arrêtées
à ce niveau, il resterait aussi à déterminer
le champ d’incrimination de cette corruption particulière.
Entre les délits d’initiés, les
marchés truqués, les rétro commissions,
les aides détournées, les budgets siphonnés,
les rapines dans des pays étrangers.., on voit
que le champ est vaste, comparable à la fortune
colossale qu’amassent les dirigeants.
Autre difficulté : lorsqu’on aura établi
ces faits, il faudra aussi penser à la sanction.
Celle-ci interviendra-t-elle pendant que les dirigeants
sont en charge des affaires de leurs pays ou après
?
Mais toutes ces questions, et sans doute bien plus encore,
auront certainement déjà été
épluchées par les conducteurs de cette
initiative. Il ne faut donc pas forcément la
tenir pour un vœu pieux, une monumentale utopie
; elle peut et elle doit même être prise
au sérieux. Elle peut être prise au sérieux
car les hommes qui en sont les porte-drapeaux le sont.
Un Ban Ki Moon, un Robert Zoellick, un Antonio Maria
Costa, n’ont pas jusqu’à preuve du
contraire, un déficit de confiance en raison
de quelque compromission dans des actes de corruption.
Ce n’est pas apparemment le socialiste Dominique
Strauss Khan qui refusera de leur prêter main
fort si d’aventure, il est confirmé comme
grand patron du FMI.
Le coup est jouable car il est la relance d’un
mécanisme qui existe déjà depuis
2005. Si les dirigeants ont accepté de réprimer
la corruption de ceux d’en bas, ils seraient mal
venus de se le refuser à eux-mêmes. Il
est aussi jouable parce que cette initiative mobilise
à travers le monde des institutions, des partis,
des mouvements de droits de l’homme, des personnalités
de renom qui font une campagne de sensibilisation très
forte sur la nature du préjudice subi par les
pays pauvres qui montre le caractère particulièrement
aggravé du fait de corruption contre le peuple.
Qui pourrait savoir que ces produits tirés d’activités
illégales (corruption, trafics de drogue, contrefaçon,
blanchiment d’argent, trafic d’armes, fraudes
fiscales et autres activités criminelles) représentent
entre 1.000 et 1.600 milliards de dollars par an, sans
en éprouver des haut le cœur, même
de l’horreur ?
Le nouveau document publié par la Banque Mondiale
et les Nations Unies, sous le titre « Stolen Asset
Recovery » (STAR) Initiative : Challenges, Opportunities
and Action Plan (Recouvrement des avoirs volés
: défis, opportunités et plans d’action)
est un appel à tous les pays pour qu’ils
aident à recouvrer les fonds volés des
pays en développement et pour mettre fin au vol
de ces avoirs. Ils auront du mal à se défiler
lorsque leurs propres opinions seront informés,
que chaque possibilité de rapatrier 100 millions
de dollars peut financer un programme complet de vaccination
de 4 millions d’enfants, de fournir de l’eau
courante à au moins 250.000 ménages ou
de financer le traitement durant une année entière
de plus de 600.000 personnes atteintes du VIH/Sida.
Ce qui fait dire à Mr Zoellick, la mort dans
l’âme, que « l’impact sur le
développement de la corruption à grande
échelle est dévastateur ».
Alors,
il faut, pour une fois qu’à ce niveau international
on semble vouloir prendre à bras le corps un
problème duquel dépend le développement
des pays africains, choisir de prendre la question au
sérieux et de s’en constituer les défenseurs
intrépides.
La Rédaction