Mise à jour le 23/09/2007
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San Finna N°432 du 24 au 30 Septembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

INSTITUTIONS INTERNATIONALES
A LA TRAQUE DES GOUVERNANTS VEREUX :
DU SERIEUX OU DU CHIQUE ?

Les institutions internationales ont-elles déterré la hache de la guerre contre les dirigeants qui pillent les richesses de leurs peuples et qui les planquent à l’étranger ? On pourrait bien le croire. En effet, quelques médias en parlent déjà. C’est le cas de « 24 Heures », c’est aussi le cas aussi de l’Agence de presse sénégalaise qui en a affirmé la réalité, pièces à l’appui, le 20 septembre passé. Tous font état d’une nouvelle initiative qui vient énergiser la Convention des Nations Unies contre la corruption adoptée le 31 octobre 2003 à New York par l’Assemblée générale des Nations Unies et qui est rentrée en vigueur en 2005. Mais tout de même ! N’est-ce pas espérer soulever des montagnes, avec cette nouvelle initiative que mènent tambour battant, Ban Ki Moon des Nations Unies, Robert Zoellick de la Banque Mondiale, Antonio Maria Costa de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime ?

En effet, cette forme de corruption, génératrice de préjudices au dépens des pays en développement, n’est pas tout à fait celle entrée en vigueur entrée en 2005 et que le Burkina Faso , comme bien d’autres pays, a signé, ni la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption adoptée le 11 juillet 2003 à Maputo par la 2ème session ordinaire de la Conférence de l’Union africaine, que le Burkina Faso a également signée.

Non, l’Initiative ne s’attaque pas seulement au menu fretin ; elle a ceci de spécifique qu’elle met en présence des acteurs d’une qualité particulière : des dirigeants de pays en développement et de pays développés, ceux d’institutions internationales comme de multinationales, etc. C’est autre chose, on le voit bien !

On ne peut pas épingler Omar Bongo Ondimba, Denis Sassou N’Guesso, rapatrier les fortunes amassées à l’extérieur, sans mettre en cause des complicités au niveau des dirigeants de pays étrangers, de multinationales…

On ne peut pas épingler Charles Taylor, rapatrier ses fonds volés à son peuple et à d’autres peuples sans appeler en cause d’autres chefs d’Etat d’Afrique et d’ailleurs, de même que les responsables de multinationales qui tous, avec lui, ont été partie prenante ou facilitateurs de cette corruption à vaste échelle qui a causé un incommensurable préjudice à toute la sous région ouest africaine.

On ne peut pas traquer Blaise Compaoré dans le dossier pillage de la Côte d’Ivoire sans appeler en cause tous les dirigeants africains et d’ailleurs, ceux des multinationales et autres officines qui se sont prêtés au commerce du café, du cacao, du bois, du diamant, des armes.. , au détriment du peuple ivoirien.

Comment par ailleurs rapatrier les fonds détournés de l’ « Opération Pétrole contre nourriture » sans entendre pour le moins Kofi Annan, son fils et bien d’autres qui, directement ou indirectement, auraient permis cette entreprise frauduleuse au détriment du peuple irakien ? Comment mener à bonne fin les procédures pour récupérer les sommes volées dans la vente du bois au détriment du peuple congolais, et que dénonce Greenpeace, sans impliquer la Banque Mondiale et d’autres personnalités haut placées en RDC et à l’étranger ?

Mais ce n’est pas tout. Si les crimes sont dénoncés, il reste encore à savoir qui sera chargé de les établir : les juridictions nationales ou internationales car on ne peut pas imaginer d’en confier la tâche à ces justices nationales prises en main par les autocrates. Ce serait pour ces derniers s’acheter des cordes pour se pendre eux-mêmes.

Si par ailleurs, il y avait des procédures arrêtées à ce niveau, il resterait aussi à déterminer le champ d’incrimination de cette corruption particulière. Entre les délits d’initiés, les marchés truqués, les rétro commissions, les aides détournées, les budgets siphonnés, les rapines dans des pays étrangers.., on voit que le champ est vaste, comparable à la fortune colossale qu’amassent les dirigeants.
Autre difficulté : lorsqu’on aura établi ces faits, il faudra aussi penser à la sanction. Celle-ci interviendra-t-elle pendant que les dirigeants sont en charge des affaires de leurs pays ou après ?

Mais toutes ces questions, et sans doute bien plus encore, auront certainement déjà été épluchées par les conducteurs de cette initiative. Il ne faut donc pas forcément la tenir pour un vœu pieux, une monumentale utopie ; elle peut et elle doit même être prise au sérieux. Elle peut être prise au sérieux car les hommes qui en sont les porte-drapeaux le sont. Un Ban Ki Moon, un Robert Zoellick, un Antonio Maria Costa, n’ont pas jusqu’à preuve du contraire, un déficit de confiance en raison de quelque compromission dans des actes de corruption. Ce n’est pas apparemment le socialiste Dominique Strauss Khan qui refusera de leur prêter main fort si d’aventure, il est confirmé comme grand patron du FMI.

Le coup est jouable car il est la relance d’un mécanisme qui existe déjà depuis 2005. Si les dirigeants ont accepté de réprimer la corruption de ceux d’en bas, ils seraient mal venus de se le refuser à eux-mêmes. Il est aussi jouable parce que cette initiative mobilise à travers le monde des institutions, des partis, des mouvements de droits de l’homme, des personnalités de renom qui font une campagne de sensibilisation très forte sur la nature du préjudice subi par les pays pauvres qui montre le caractère particulièrement aggravé du fait de corruption contre le peuple.

Qui pourrait savoir que ces produits tirés d’activités illégales (corruption, trafics de drogue, contrefaçon, blanchiment d’argent, trafic d’armes, fraudes fiscales et autres activités criminelles) représentent entre 1.000 et 1.600 milliards de dollars par an, sans en éprouver des haut le cœur, même de l’horreur ?

Le nouveau document publié par la Banque Mondiale et les Nations Unies, sous le titre « Stolen Asset Recovery » (STAR) Initiative : Challenges, Opportunities and Action Plan (Recouvrement des avoirs volés : défis, opportunités et plans d’action) est un appel à tous les pays pour qu’ils aident à recouvrer les fonds volés des pays en développement et pour mettre fin au vol de ces avoirs. Ils auront du mal à se défiler lorsque leurs propres opinions seront informés, que chaque possibilité de rapatrier 100 millions de dollars peut financer un programme complet de vaccination de 4 millions d’enfants, de fournir de l’eau courante à au moins 250.000 ménages ou de financer le traitement durant une année entière de plus de 600.000 personnes atteintes du VIH/Sida. Ce qui fait dire à Mr Zoellick, la mort dans l’âme, que « l’impact sur le développement de la corruption à grande échelle est dévastateur ».

Alors, il faut, pour une fois qu’à ce niveau international on semble vouloir prendre à bras le corps un problème duquel dépend le développement des pays africains, choisir de prendre la question au sérieux et de s’en constituer les défenseurs intrépides.

La Rédaction






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