CENTRE
HOSPITALIER UNIVERSITAIRE YALGADO OUEDRAOGO
UNE EPIDEMIE D’ACCIDENTS ?
UN GOUFFRE FINANCIER POUR LES ACCIDENTES ET LEURS FAMILLES
Le
journaliste, on le sait, travaille en tout temps,
en toutes occasions. Son domaine de travail est vaste
et s’étend jusqu’en circulation,
dans les cafetes… Le samedi surpassé,
le frère d’un de nos confrères
a fait un grave accident d’où il est
sorti avec trois fractures graves aux membres inférieurs.
Il sera conduit au Centre hospitalier universitaire
Yalgado Ouédraogo où son frère,
notre confrère, le rejoindra plus tard. Il
nous relate ici les conditions dans lesquelles travaillent
les internes, les infirmiers et médecins de
l’hôpital, principalement dans le service
de traumatologie. Lisez plutôt.
«
C’est vraiment grave, on dirait qu’il
y a une épidémie d’accidents dans
ce pays ». Cette phrase est d’un chirurgien
de l’hôpital qui, voyant le flux massif
d’accidentés de la circulation, était
inquiet et triste à la fois. En effet, depuis
notre arrivée à Yalgado, les ambulanciers
n’ont cessé de ramener des accidentés.
Les cas sont divers mais il faut reconnaître
que les plus graves, hélas, sont les plus nombreux.
Le cas du frère cité plus haut est emblématique
de cette situation. Un poly-traumatisme (entendez
par là plusieurs fractures). Les deux fémurs
brisés et une fracture ouverte à la
jambe gauche.
Dès son arrivée à Yalgado, les
dispositions minimales avaient déjà
été prises comme pour les autres malades
qui atterrissent par vagues intercalées de
dix minutes. Les frais médicaux, quoique sociaux,
ne sont même pas l’apanage du Burkinabé
moyen. Nous passerons néanmoins sous silence,
le montant des soins à lui conférés.
Mais il y a lieu de mentionner qu’en plus des
premiers soins et radios ainsi que de l’opération
sur sa jambe uniquement, il y a l’injection
quotidienne d’un anti-coagulant dont le prix
est rarement inférieur à 10.000 fcfa
! Voyez, y a de quoi décourager tous les amateurs
de grande vitesse dans les artères de notre
capitale !
D’ailleurs, cela est juste un avant-goût
des interventions que ce malheureux va subir sur les
deux cuisses en vue de réparer ses fémurs.
Il y a à souligner que si certains patients
arrivent tant bien que mal à honorer les ordonnances,
d’autres par contre jettent l’éponge.
C’est l’exemple de ceux qui décident
d’aller faire dans l’indigénat
malgré les réussites souvent approximatives
de cette pratique.
Certains, toujours couchés, ne savent plus
quoi attendre de la vie. Ils sont épuisés.
Ils ont tout vendu pour faire face aux soins. Il y
en a aussi qui, après plusieurs mois, décident
de retourner à la maison pour faire traiter
leurs plaies par des infirmiers qu’ils connaissent
en attendant de revenir plus tard pour l’intervention
chirurgicale finale.
Parmi les cas les plus difficiles, se trouvent ces
accidentés qui n’ont pas de famille ou
qui ont été abandonnés, et plus
grave, ceux qui ne jouissent pas de leurs facultés
mentales.
Nous avons pu noter le cas d’un monsieur qui
vraiment n’en pouvait plus. Il nous explique
qu’il est depuis 6 mois à Yalgado, depuis
que, de retour d’un voyage en camion de Lomé,
il fera un accident dans lequel son apprenti perdra
la vie. Lui s’en est sortir avec une fracture
à la jambe gauche. Il fut rapidement transporté
par des chauffeurs qui passaient par là à
Kara au Togo où il subira une intervention
qui fut un échec total. Il fallut donc le ramener
au Burkina pour tout recommencer à Yalgado.
Il attend toujours la cicatrisation de sa plaie et
a préféré rentrer chez lui pour
moins dépenser.
On dit souvent que les peulhs préfèrent
mourir que de vendre leur bétail. Eh bien,
sachez-le, ce n’est pas le cas de celui qui
partage la chambre de notre frère. Il a déjà
vendu 9 bœufs pour subvenir à ses soins
et ce n’est pas encore fini. Vraiment, si l’on
doit mesurer le degré de non-assistance au
peuple au Burkina Faso, c’est à l’hôpital
Yalgado qu’on doit aller.