POINT
DE VUE
MOBILISATION REVENDICATIVE DES MILITAIRES
RETRAITES
TUE DANS L’ŒUF PAR LE COMITE AD
HOC ?
« La lutte engagée
par les militaires retraités des
années 2006 et 2007 depuis des mois,
semble manifestement sans issue, à
la lumière des conclusions, des négociations
menées entre leur bureau et le comité
ad hoc mis en place par le ministère
de la Défense pour la circonstance.
Ils seraient actuellement, de source généralement
informée, à la recherche d’autres
voies pour faire aboutir leurs revendications
qui tournent autour de l’octroi d’une
indemnité de départ à
la retraite et de l’augmentation du
nombre d’années de service.
Sauf
changement de dernière minute, les
militaires admis à la retraite les
années 2006 et 2007 devaient se retrouver
le Samedi 15 septembre 2007 au Stade du
4 août de Ouagadougou pour explorer
de nouvelles voies pouvant aboutir à
la satisfaction de leurs revendications
pour lesquelles ils ont été
déboutés par le comité
ad hoc de négociations mis en place
par le ministère de la Défense
et dirigé par le Colonel Zagré
Pingrénoma.
Il faut rappeler que ces anciens miliaires
fondent essentiellement en droit leurs revendications
sur deux décrets : le Décret
2004-081/PRES/PM/MF PRE/MJ/MFB et le Décret
2007-365/PRES/PM/MF PRE/MJ/DEF/MFB, qui
leur donneraient droit à leur sens,
à l’ augmentation de l’âge
de départ à la retraite ainsi
qu’à l’octroi d’une
indemnité de départ à
la retraite.
Au cours des rencontres tenues avec le Comité
ad hoc du ministère ainsi qu’avec
les responsables de l’Association
unique des anciens combattantes et anciens
militaires (dont le président est
l’ex intendant militaire, Mamadou
Sanfo), dit-on, les 14 et 28 juillet, il
leur aurait été signifié
par l’entremise de leurs délégués,
qu’ils ne sont nullement concernés
par les deux décrets.
Le décret n° 2004-081/PRES/PM/MF
PRE/MJ/MFB en particulier auquel ils se
réfèrent pour expliquer qu’ils
ont quitté le service sous le drapeau
avant le terme échu, ne s’appliquerait
en réalité qu’aux agents
de la fonction publique burkinabé.
Or, les militaires disposent d’un
statut spécial qui n’a rien
à voir avec celui de la fonction
publique. Mieux, les représentants
du ministère de la Défense
leur auraient expliqué qu’en
matière de départ à
la retraite, le gouvernement a déjà
beaucoup fait. C’est ainsi que l’âge
de départ à la retraite qui
était fixé à 35 ans
pour les soldats à la création
de l’armée nationale est passé
actuellement à 46 ans. Ils ont été
appelés à la raison et à
inscrire toutes leurs revendications dans
le cadre républicain.
L’association des anciens combattants
et anciens militaires, orphelins et veuves,
a expliqué la procédure d’octroi
de prêts bancaires aux militaires
retraités et, en guise d’avertissement,
un officier présent à la dernière
rencontre, énervé, se serait
fait fort de préciser que la hiérarchie
est parfaitement informée de tout
ce qui se trame au sein de leur groupe.
Ces propos lancés à la cantonade
auraient eu le mérite de semer la
suspicion sans pour autant aller jusqu’à
la dissuasion qui les amènerait à
ne plus se retrouver.
Pour preuve, au cours d’une réunion
d’évaluation et de restitution
du contenu des négociations, tenue
dans le courant du mois d’août
à la Délégation des
anciens combattants et anciens militaires,
un ex soldat du régiment de sécurité
présidentielle, suspecté d’être
une taupe du commandement, aurait été
vidé sans ménagement.
Les entretiens se sont focalisés
par la suite sur la surveillance du groupe
par des éléments de la Division
information de l’Etat major des armées.
Des conseils de vigilance ont été
également prodigués.
La rencontre du 15 septembre devrait permettre
à ces anciens militaires de faire
le constat de l’échec des négociations
et d’envisager en conséquence
de nouvelles formes de lutte. Se rappelant
au bon vieux souvenir des manifestations
consécutives aux incidents avec des
policiers à la fin 2006, certains
proposeraient une paralysie des activités
dans la capitale. Pour le faire, il n’est
pas nécessaire, diraient-ils, de
décréter une journée
ville morte. Du reste, en ont-ils l’autorité
requise et les moyens nécessaires
?
Même pour des mots d’ordre dont
la justesse est incontestée, les
syndicats n’arrivent pas à
mobiliser grand monde, auraient-ils fait
remarquer. Alors, comment pourraient-ils
de surcroît réussir un tel
pari dans la mesure où ils ne disposent
plus d’armes et de munitions ?
La solution trouvée, entend-on dire,
serait d’expliquer aux jeunes soldats
encore en activité que le combat
mené est aussi le leur afin de les
persuader à rallier le mouvement.
Il est vrai qu’à la suite des
évènements de fin 2006, des
dispositions ont été prises
pour éviter la répétition
d’une telle situation : des affectations
ont été faites, la sécurité
des magasins d’armement a été
renforcée et de nombreuses personnes
ont été transférées
à la Maison d’arrêt et
de correction de Ouagadougou. Il s’agirait
notamment des jeunes soldats trouvés
en possession d’objets provenant des
casses de boutiques.
Dans ces conditions, la tâche de mobilisation
peut s’avérer ardue même
si les soldats en activité partagent
avec eux la revendication relative à
l’augmentation de l’âge
de la retraite. Sur cette question, il y
aurait une convergence de vues mais pas
nécessairement, semble-t-il, de timing.
Le problème est que les soldats,
convaincus de ne plus avoir aucun grade,
comptent améliorer leur indice de
solde en servant un peu plus longtemps dans
l’armée. Faute de quoi, la
pension est une véritable broutille
alors que beaucoup d’entre eux ne
connaissent que le métier des armes.
La situation, apparemment anodine, pourrait
alors se compliquer si à Dieu ne
plaise, des cerveaux frustrés (et
Dieu sait que l’armée en regorge
!) prêtaient leur intelligence au
mouvement de ces retraités. Beaucoup
de victimes de l’injustice au sein
de la grande Muette, pourraient être
tentés de tirer les marrons du feu.
Dans ce cas, on ne ferait pas l’économie
d’un nouveau grabuge dans la capitale
burkinabé ! En tout les cas, ce n’est
pas exagéré d’imaginer
que le feu puisse couver sous les cendres
».