Mise à jour le 09/09/2007
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San Finna N°430 du 10 au 16 Septembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

FAUT-IL ENCOURAGER OU DECOURAGER CETTE IDENTIFICATION REGIONALE DES PERSONNALITES DE L’ETAT EN COURS DEPUIS QUELQUES MOIS ?

Depuis la formation du nouveau gouvernement, une mode semble vouloir s’instaurer : c’est celle qui consiste, de la part de personnalités politiques (ministres et même premier Ministre) à se rendre dans sa localité d’origine, de façon officielle, pour réclamer en particulier le soutien des populations, toutes tendances confondues, en mettant en avant la seule référence régionale. L’initiative est entrevue d’un côté comme rassembleuse et susceptible de favoriser la mobilisation autour du développement. Mais pour d’autres, il y a là un grave danger de dérive identitaire à décourager. Deux sons de cloche.

LES PERSONNALITES PUBLIQUES DOIVENT MOBILISER LEURS BASES POUR POUVOIR MOBILISER AU PLAN NATIONAL

Il ne faut pas voir du mal dans le fait qu’un ministre, un premier Ministre, un président d’institution, se rende dans sa région d’origine pour se faire connaître. C’est une attitude tout à fait conforme à nos traditions. Celui qui réussit à un examen, qui se marie, qui achète une moto, a l’habitude d’en informer ses voisins et plus sûrement, sa famille. Et de tout temps, on a vu les ministres et les premiers Ministres nouvellement nommés se rendre chez eux pour tenir à peu près ce langage : «Voyez, on m’a nommé à ce poste de responsabilité ; ce n’est pas moi qu’on honore mais vous tous ». Généralement, ses propos sont accompagnés de la mise en garde suivante : « Si vous me privez de votre soutien pour que j’échoue, ce ne sera pas ma honte mais votre honte à tous ». C’est comme ça que les choses ont toujours marché, avant, pendant, et après le Blanc. Pourquoi alors soudainement partir en Djihad contre cette pratique ancrée dans notre pays et qui plus est, n’a jamais connu de dérapages ? En effet, le Burkina Faso est l’un des rares pays dont les intolérances ethniques, si tant est qu’elles se manifestent vraiment, n’ont jamais atteint la cote d’alerte, et comme on ne peut pas de toutes les façons empêcher que tel ministre soit de telle région, qu’il y ait de la famille, des intérêts, et que lorsqu’il se rend dans sa région, il s’en trouve pour se reconnaître en lui, faut laisser faire. C’est par ailleurs une façon d’informer au plus haut niveau de l’Etat des préoccupations nationales afin d’ajuster l’action gouvernementale aux besoins des populations. En tout cas, « JJ » en a apporté la justification à sa façon, en y allant des observations suivantes : « Dans la généreuse initiative de bâtir des nations au sein desquelles l’unité est prônée, une phraséologie courante parle de ‘gouvernement d’union nationale’ ce qui suppose la prise en compte de toutes les composantes de la société ». L’hebdo souligne également les encouragements venant des occidentaux qui poussent à ces gouvernements d’union après les coups d’Etat et autres crises. Même les médias internationaux, d’après le journal, y apportent leur concours, eux qui ne se « privent jamais de dire et de redire, quand il s’agit de faire le portrait d’un homme politique africain, son origine ethnique et de faire le décompte des ‘nationalités’ qui composent les équipes dirigeantes». Enfin, pour « JJ », l’opinion publique elle-même n’en finit pas de pousser « les serviteurs de l’Etat même les plus techniques, à prendre en compte la donne subjective du patelin pour éviter les jugements sans appel du genre ‘Depuis qu’il est aux affaires, il n’a rien fait pour son village’ ». Faut-il aller en guerre contre le phénomène ? Autant tenter d’arrêter la mer avec les bras !



TOMI.

L’IDENTIFICATION REGIONALE PEUT NOUS CONDUIRE DROIT À UN DERAPAGE IDENTITAIRE DES PLUS DANGEREUX

Nous assistons au Burkina Faso à un lent glissement vers la référence identitaire. Il est aujourd’hui incontestable que des frustrations existent à cause de l’intervention déséquilibrée de l’Etat dans les régions et que particulièrement, le Sahel et l’Ouest ont parfois le sentiment de ne pas faire partie du Burkina Faso. Cette défaillance, imputable à l’Etat, est également soulignée par rapport aux tensions violentes qui existent entre certaines ethnies notamment entre les Peulhs et les Mossis. Comme si cela ne suffisait pas, voilà qu’on laisse de plus en plus les associations, les partis politiques, se créer sur la base régionale, provinciale et même départementale. Les élections en effet montrent de plus en plus de telles structures qui ont été reconnues sur la seule base régionale, mènent leurs activités autour de thèmes principalement régionaux, ethniques. Avec de tels arguments grégaires, ils vont ratisser large chez eux mais quel préjudice pour l’Etat, quel mépris pour la Constitution qui interdit cela. Au lieu de combattre cette tendance négative, voilà qu’on l’ encourage plutôt en laissant les premiers responsables de ce pays, en charge de fonctions nationales, se comporter comme s’ils avaient été faits par les régions et pour défendre les intérêts régionaux. Car c’est ainsi que les populations régionales ressentent les choses lorsque le fils du pays vient vers eux. Ils n’entendent pas donner leur confiance sans des retours, ne serait-ce qu’en matière de conseils. Ainsi donc, le 1er Ministre aura aussi en tête de ne pas déplaire à sa région et il aura tendance à en faire plus au détriment du reste de la nation. La question a été évoquée par le journaliste Rémi Dandjino de Canal 3 à l’occasion de la conférence de presse de Blaise Compaoré le 6 septembre dernier, et le fait pour le chef de l’Etat d’avoir répondu qu’il veillerait à avoir l’information sur cet état de choses pour éviter les dérapages, a bien confirmé qu’il y avait problème. Alors, même si c’est une habitude d’aller en famille pour informer les parents de nominations ou d’avantages dont on a été gratifié, ce n’est pas pour autant que les personnalités qui en sont bénéficiaires doivent se comporter de façon à cultiver le sectarisme, le régionalisme, l’ethnicisme. Et « Bendre » a tout à fait raison de rappeler que «L’esprit de la loi fondamentale est clair. Qu’on soit Toussian, Turka.. (…).. Dapelgo ou de la diaspora, nous sommes tous des Burkinabè» et de préciser : « D’où qu’on vienne, qui que nous soyons, nous avons autant besoin les uns des autres pour la simple raison que nous sommes condamnés à évoluer dans un même État et à se partager un destin commun. D’où qu’on vienne, qui que nous soyons, nous sommes obligés de travailler la main dans la main pour relever les défis du développement et normalement de nous partager les fruits de la croissance économique». Voilà qui est bien dit !




TOZI.

Citation de la semaine

«Je puis douter de la réalité de tout, mais pas de la réalité de mon doute»

André GIDE






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