Mise à jour le 02/09/2007
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San Finna N°429 du 03 au 09 Septembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

FAUT-IL SE REJOUIR DE L’ARRIVEE DANS NOTRE PAYS DE « FASO ACADEMY » OU PLUTOT S’EN INQUIETER ?

Le concept américain « fame » a donné naissance aux émissions-jeux «American idol » qui sera popularisé par l’émission « Loft story » de M 6 et mondialement vulgarisée par « Star Academy » sous l’impulsion de la chaîne TF 1 et la présentation de Nikos Aliagas. L’émission-jeu n’en finit pas de faire des émules. Hier, c’étaient entre autres la Belgique et le Canada, aujourd’hui c’est au tour du Burkina Faso avec « Faso Academy ». Il y en a qui félicitent et applaudissent à tout rompre, prévoyant un relèvement de la qualité de la prestation de nos artistes mais en face d’eux, ceux qui se désolent parce que voyant venir une chute encore plus profonde des performances et de l’éthique, ne sont pas négligeables. Voilà deux sons de cloche.

FASO ACADEMY EST LA BIENVENUE AU PAYS DES HOMMES INTEGRES


Ceux qui critiquent « Faso Academy » comme étant l’expression d’un mimétisme de mauvais goût, aliénant à souhait, devraient se souvenir des exemples parlants de ces pays asiatiques (Japon, Corée du Sud, Malaisie, Chine, Singapour, Thaïlande..). Ils n’ont pas eu leur pareil pour imiter les pays développés, intégrer leurs technologies et l’on voit aujourd’hui les résultats : ils ont dépassé le stade du copiage comme on dit et même des applications technologiques pour atteindre celui des inventions scientifiques et technologiques par la maîtrise des sciences exactes, et ils connaissent des taux de croissance à donner le tournis aux pays les plus développés. Alors, il faut savoir nuancer les critiques sur le mimétisme. Tous ceux qui ici s’en prennent au manque de professionnalisme de nos artistes devraient au surplus voir, dans la transplantation chez nous de cette émission, une opportunité à encourager. Fini cet envahissement du monde des arts, des lettres, du spectacle par des personnes peu talentueuses ; finis les poèmes, les romans indigestes, les chansons, les films bas de gamme. Les choses vont changer avec « Faso Academy », en tout cas au niveau de la musique. Par ailleurs, l’engouement que suscite cette émission-jeu en France et de par le monde, est la preuve que non seulement elle répond à une attente populaire mais qu’elle contribue à améliorer les prestations des artistes. Pas étonnant ! Quand on met ensemble des jeunes artistes, qu’on leur dispense un enseignement pluridisciplinaire visant à mettre en valeur leur voix, leurs prestations scéniques, leurs connaissances artistiques…, on ne peut pas mieux concourir à consacrer les vrais talents. Il y a aujourd’hui en France, des artistes qui devront toujours leur renommée ou leur carrière à Star Academy, et on peut dire tout ce qu’on veut de cette émission, sauf qu’elle n’a pas permis –dans le monde- de détecter des grandes voix et de contribuer ainsi à cultiver l’excellence dans le domaine du spectacle. Que dire alors de sa fonction sociale de divertissement essentielle à un moment où les populations vivent souvent le stress et que malheureusement, les jeunes en sont souvent déboussolés au point de se laisser solliciter par des succédanés dangereux (drogue, délinquance, prostitution..). La nouvelle émission, en plus d’ouvrir un espace de divertissement sain, aura donc cet avantage de plus, de jouer chez nous un rôle d’impulsion et d’incitation au développement artistique. Comme signe avant-coureur, l’émission lancée chez nous le 25 août dernier, a fait un vrai tabac et l’on peut absolument parler d’engouement : 600 lauréats se sont littéralement bousculés au portillon et les manches éliminatoires en ont retenus 20 à Ouaga et 10 à Bobo-Dioulasso. Assurément, il n’y a que du bonheur avec « Faso Academy ». Nous n’aurons plus des Aznavour, des papa Wemba, des Céline Dion de pacotille mais de vrais artistes aux talents confirmés. Alors, bravo à Maguy Leslie OKA, initiatrice de l’émission et longue vie à « Faso Academy » !



TOMI.

LE BURKINA FASO N’A RIEN A GAGNER AVEC L’IMPORTATION DE « FASO ACADEMY »

La transplantation chez nous de « Star Academy » est malheureusement une chose qui ne doit pas étonner. La politique officielle au Faso consiste à gaver jusqu’à plus soif, les Burkinabé de jeux, de danses, de musique, de sexe, bref de tout ce qui peut émoustiller leurs sens pour ne pas dire leurs instincts, et les détourner des valeurs positives et de la vigilance citoyenne vis-à-vis de la gouvernance nationale. L’émission jeu « Faso Academy » n’est pas différente des défilés, des concours de beauté, de toute cette pléthore de divertissements que nous voyons exploser chez nous au point d’encourager l’affaissement de nos références éthiques. Cette émission, qui fait l’objet de critiques et qui nourrit des débats controversés en France et ailleurs, ne pouvait qu’entraîner chez les esprits sains du Faso que les mêmes réactions. Dire aujourd’hui en France qu’on suit « Star Ac » est ressenti comme une honte et le chanteur Renaud n’est pas le seul à dénoncer l’émission qu’il pastiche en ces termes dans une de ses chansons : « Loin des stars académiques et des pop stars de mes deux / Qui sont un peu à la musique ce que le diable est au bon dieu ». De même qu’il est difficile pour une actrice, qui a fait ses débuts dans des émissions de télé-réalité genre « Loft » de se propulser au niveau du « gratin » des stars de Cannes, d’Hollywood et d’ailleurs, de même il sera difficile à des vedettes ayant fait leur renommée à partir d’émissions genre « Star Ac » d’être considérées comme la crème des crèmes : Nolwen Leroy, malgré ses talents indiscutables et sa beauté, ne sera toujours que la « Nolwen Leroy de Star Ac » ! Déjà qu’on n’était pas gâté dans nos multiples émissions de variétés avec les médiocrités qu’on nous servait, nous en aurons maintenant jusqu’à l’indigestion surtout que l’émission est un business. Et dès qu’on parle d’argent à gagner au Faso, on a tout de suite au carrefour, la corruption qui se mêle à la luxure. Même en France où existent des critères de sélection en raison de l’importance de la population, des viviers qui existent au niveau local, des moyens mis en œuvre et des contrôles qui agissent pour protéger la compétition, on enregistre des critiques qui portent sur les trucages, le voyeurisme, la qualité. Alors, ce n’est pas au Burkina Faso où on manque de tout cela et où déjà la morale est quasiment dans le coma, que l’on pourra empêcher cette émission de faire encore plus de ravages ; il faut espérer aussi qu’on aura pris toutes les garanties pour qu’il n’y ait pas débauche dans cette villa de formation musicale qui accueillera les 5 finalistes retenus en septembre prochain. En tout cas, encore une fois, en ayant les yeux plus gros que le ventre, on a mis la charrue avant les bœufs : ce dont nous avons le plus besoin, c’est de créer au niveau régional et au niveau national, de bonnes écoles de formation musicale et dans les autres domaines artistiques avant de prétendre jouer dans la cour des grands, en pressant de surcroît comme des citrons les sponsors qui risquent, avec toutes les sollicitations dont ils sont l’objet, de dire un jour «Ca suffit ! ».




TOZI.

Citation de la semaine

«Le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin.»

Voltaire, Candide






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