Mise à jour le 02/09/2007
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San Finna N°429 du 03 au 09 Septembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

CENTRE DE COMMANDEMENT MILITAIRE AMERICAIN EN AFRIQUE
CHERCHE SIEGE
AU BURKINA FASO, ON DIT QUOI ?

Passant des intentions aux actes, le président George W. Bush vient de choisir le Général de l’Armée de terre, William Ward, pour diriger le Commandement de l’armée des Etats-Unis en Afrique (AFRICOM) qui vient d’être créé.

Ce commandement, dans les intentions américaines, devrait être basé en Afrique mais il y a des réticences manifestes à la matérialisation de cette ambition.

Elles viennent des préventions qui pèsent sur la présence d’armées étrangères en Afrique. Les souvenirs douloureux laissés par la colonisation et par les actions des troupes françaises restées après la décolonisation, ont nourri une ferme opposition à la présence de ces dernières.

Dans ces conditions, les Américains, bien que n’ayant pas d’antécédent colonialiste dans le continent, risquent de ne pas être bienvenus en terre africaine.

Le Burkina Faso pourrait-il faire exception en acceptant d’être le pays hôte d’ AFRICOM ? Si pour le moment, c’est motus et bouche cousue, on constate en tout cas que le régime fait des pieds et des mains pour nouer une idylle solide avec les USA. Comme expression d’échange de bons procédés résultant de ces efforts, il a ouvert son espace national à l’ogémisation des firmes américaines et l’Oncle Sam a accepté de mettre en sourdine ses critiques sur l’impunité et autres faits de mal gouvernance au pays des hommes intègres qu’il stigmatisait si fort par le passé. Il a même ouvert toutes grandes les portes de l’AGOA au Burkina Faso.

Le pouvoir burkinabé ne verrait certainement pas d’un mauvais œil de consolider ce rapprochement en offrant une partie de son territoire pour abriter ce centre de commandement. Et les Américains, séduits par la stabilité du régime et impressionné par ses capacités d’interventions extérieures sinon pour sa force de nuisance, ne seraient peut-être pas mécontents, contre d’autres avantages, de pouvoir convertir ces « atouts » en éléments de sa stratégie de lutte contre le terrorisme et de pénétration de l’espace ouest africain aux fins de contrôle. Mais ils pourraient avoir fait une mauvaise appréciation de la situation.

Depuis les indépendances en effet, l’une des fiertés constantes des Voltaïques devenus Burkinabé, c’est d’avoir pu au moins donner quelques couleurs à l’indépendance en obtenant le départ des bases militaires françaises.

Ce n’est pas que depuis, la tentation n’ait jamais existé par moments de chercher à mieux sécuriser des régimes en recourant à des bases militaires étrangères mais les résistances nationales ont toujours joué en dissuasion. Du reste, l’opinion au sein de l’armée n’ayant jamais été favorable à un tel projet suspicieux à son endroit, l’entreprise apparaissait de réalisation périlleuse. Ce n’est pas pour rien du reste qu’à chaque fois qu’il y a eu des insinuations faisant état de la constitution d’un embryon de base américaine dans le Sahel, les démentis n’ont jamais tardé !

Mais l’offre sera difficilement prenable au Burkina Faso parce que, par ailleurs, le projet américain en lui-même n’a pas bonne presse. Les Américains, malgré les succès relatifs au Japon, en Corée.., n’ont pas laissé une bonne impression d’eux à travers leurs interventions aux Philippines, en Somalie et surtout en Irak. Ce qui a déçu, c’est qu’ils ont habillé leur interventionnisme du manteau de l’humanitaire, du souci de promouvoir la liberté et la démocratie alors qu’en fait, il leur importait surtout de contrôler des pays dans le but de mener leur lutte contre le terrorisme et d’être en bonne position pour protéger leurs intérêts économiques et énergétiques. Leur attitude équivoque actuelle vis-à-vis de la Libye et de bien d’autres dictatures n’étant pas pour arranger les choses.

C’est vrai qu’il existe soit des Etats impécunieux, véritables « traîne la savate », soit des Etats ayant des liens séculaires avec les USA qui ne verraient pas d’un mauvais œil d’avoir le privilège d’abriter ce centre, mais les Américains ont beau les appâter en faisant étalage des aides qu’ils pourront apporter dans le domaine humanitaire, dans les secours en cas de catastrophe, dans les opérations de maintien de la paix.., il faudra à ces Etats qui accepteraient les offres américaines, faire face à la quarantaine dont ils seront l’objet d’un grand nombre d’Etats africains franchement remontés contre le projet.

Déjà, l’Algérie et la Libye ne sont pas contentes, et elles pourraient le faire savoir par des moyens persuasifs. De l’autre côté, les pays de la SADC -et en tête le géant sud-africain- sont entrés ouvertement en guerre contre le projet américain, les « Sud Af » n’hésitant pas à menacer haut et fort le pays africain qui acceptera d’abriter ce Commandement.

Voilà qui augure des négociations difficiles pour la percée de l’armée de l’Oncle Sam dans le vieux continent. Si maintenant, on y ajoute ce que pourrait ourdir la nébuleuse Al Qaeda pour faire regretter son choix au pays africain qui accepterait d’héberger ce centre, on comprend que jusqu’à présent, beaucoup ne se bousculent pas au portillon pour faire bon accueil à l’AFRICOM. Mais sait-on jamais, au train où vont ces rébellions (curieusement bien équipées) dans nombre de pays africains et face aux moyens de persuasion dont pourraient faire étalage les Américains, on peut s’attendre à ce que le rubicond soit franchi !

La Rédaction






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