CENTRE
DE COMMANDEMENT MILITAIRE AMERICAIN EN AFRIQUE
CHERCHE SIEGE
AU BURKINA FASO, ON DIT QUOI ?
Passant
des intentions aux actes, le président George
W. Bush vient de choisir le Général de
l’Armée de terre, William Ward, pour diriger
le Commandement de l’armée des Etats-Unis
en Afrique (AFRICOM) qui vient d’être créé.
Ce commandement, dans les intentions américaines,
devrait être basé en Afrique mais il y
a des réticences manifestes à la matérialisation
de cette ambition.
Elles viennent des préventions qui pèsent
sur la présence d’armées étrangères
en Afrique. Les souvenirs douloureux laissés
par la colonisation et par les actions des troupes françaises
restées après la décolonisation,
ont nourri une ferme opposition à la présence
de ces dernières.
Dans ces conditions, les Américains, bien que
n’ayant pas d’antécédent colonialiste
dans le continent, risquent de ne pas être bienvenus
en terre africaine.
Le Burkina Faso pourrait-il faire exception en acceptant
d’être le pays hôte d’ AFRICOM
? Si pour le moment, c’est motus et bouche cousue,
on constate en tout cas que le régime fait des
pieds et des mains pour nouer une idylle solide avec
les USA. Comme expression d’échange de
bons procédés résultant de ces
efforts, il a ouvert son espace national à l’ogémisation
des firmes américaines et l’Oncle Sam a
accepté de mettre en sourdine ses critiques sur
l’impunité et autres faits de mal gouvernance
au pays des hommes intègres qu’il stigmatisait
si fort par le passé. Il a même ouvert
toutes grandes les portes de l’AGOA au Burkina
Faso.
Le pouvoir burkinabé ne verrait certainement
pas d’un mauvais œil de consolider ce rapprochement
en offrant une partie de son territoire pour abriter
ce centre de commandement. Et les Américains,
séduits par la stabilité du régime
et impressionné par ses capacités d’interventions
extérieures sinon pour sa force de nuisance,
ne seraient peut-être pas mécontents, contre
d’autres avantages, de pouvoir convertir ces «
atouts » en éléments de sa stratégie
de lutte contre le terrorisme et de pénétration
de l’espace ouest africain aux fins de contrôle.
Mais ils pourraient avoir fait une mauvaise appréciation
de la situation.
Depuis les indépendances en effet, l’une
des fiertés constantes des Voltaïques devenus
Burkinabé, c’est d’avoir pu au moins
donner quelques couleurs à l’indépendance
en obtenant le départ des bases militaires françaises.
Ce n’est pas que depuis, la tentation n’ait
jamais existé par moments de chercher à
mieux sécuriser des régimes en recourant
à des bases militaires étrangères
mais les résistances nationales ont toujours
joué en dissuasion. Du reste, l’opinion
au sein de l’armée n’ayant jamais
été favorable à un tel projet suspicieux
à son endroit, l’entreprise apparaissait
de réalisation périlleuse. Ce n’est
pas pour rien du reste qu’à chaque fois
qu’il y a eu des insinuations faisant état
de la constitution d’un embryon de base américaine
dans le Sahel, les démentis n’ont jamais
tardé !
Mais l’offre sera difficilement prenable au Burkina
Faso parce que, par ailleurs, le projet américain
en lui-même n’a pas bonne presse. Les Américains,
malgré les succès relatifs au Japon, en
Corée.., n’ont pas laissé une bonne
impression d’eux à travers leurs interventions
aux Philippines, en Somalie et surtout en Irak. Ce qui
a déçu, c’est qu’ils ont habillé
leur interventionnisme du manteau de l’humanitaire,
du souci de promouvoir la liberté et la démocratie
alors qu’en fait, il leur importait surtout de
contrôler des pays dans le but de mener leur lutte
contre le terrorisme et d’être en bonne
position pour protéger leurs intérêts
économiques et énergétiques. Leur
attitude équivoque actuelle vis-à-vis
de la Libye et de bien d’autres dictatures n’étant
pas pour arranger les choses.
C’est vrai qu’il existe soit des Etats impécunieux,
véritables « traîne la savate »,
soit des Etats ayant des liens séculaires avec
les USA qui ne verraient pas d’un mauvais œil
d’avoir le privilège d’abriter ce
centre, mais les Américains ont beau les appâter
en faisant étalage des aides qu’ils pourront
apporter dans le domaine humanitaire, dans les secours
en cas de catastrophe, dans les opérations de
maintien de la paix.., il faudra à ces Etats
qui accepteraient les offres américaines, faire
face à la quarantaine dont ils seront l’objet
d’un grand nombre d’Etats africains franchement
remontés contre le projet.
Déjà, l’Algérie et la Libye
ne sont pas contentes, et elles pourraient le faire
savoir par des moyens persuasifs. De l’autre côté,
les pays de la SADC -et en tête le géant
sud-africain- sont entrés ouvertement en guerre
contre le projet américain, les « Sud Af
» n’hésitant pas à menacer
haut et fort le pays africain qui acceptera d’abriter
ce Commandement.
Voilà
qui augure des négociations difficiles pour la
percée de l’armée de l’Oncle
Sam dans le vieux continent. Si maintenant, on y ajoute
ce que pourrait ourdir la nébuleuse Al Qaeda
pour faire regretter son choix au pays africain qui
accepterait d’héberger ce centre, on comprend
que jusqu’à présent, beaucoup ne
se bousculent pas au portillon pour faire bon accueil
à l’AFRICOM. Mais sait-on jamais, au train
où vont ces rébellions (curieusement bien
équipées) dans nombre de pays africains
et face aux moyens de persuasion dont pourraient faire
étalage les Américains, on peut s’attendre
à ce que le rubicond soit franchi !
La Rédaction