San
Finna N°427 du
20 au 26 Août 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
LA
LIBYE QUI SE DEMOCRATISE
LE « GUIDE » QUI TANCE SON FILS
FADAISES QUE TOUT ÇA !
Nicolas
Sarkozy, pour justifier les nouvelles amitiés qu’il
veut instaurer entre la France et la Libye, a déclaré
que la Jamahiriya arable libyenne était en voie
de démocratisation. Comme il fallait s’y
attendre, cela a provoqué des remous. Déjà
que les va et vient des Sarkozy en Libye, à la
faveur de l’affaire des infirmières bulgares,
avaient causé bien de remous, cette sortie, jugée
péremptoire, n’a pas arrangé les choses.
Les Socialistes
par exemple y ont trouvé un motif de plus pour
dénoncer les relations coupables entre les dirigeants
français et libyen et regretter cette espèce
de prime qui est faite à un dirigeant fantasque
qui constitue une menace pour la sous région, pour
l’Afrique et même pour le monde.
Comme pour leur donner raison, voilà, aux dires
de Human Rights Watch (HRW), que 12 Libyens sont menacés
de mort. Quel crime ont-ils commis ? Eh bien, celui d’avoir
voulu manifester pacifiquement pour « dénoncer
l'usage excessif de la force par le régime de Kadhafi,
un an après les violents affrontements entre manifestants
et policiers qui avaient fait au moins 11 morts à
Benghazi, la deuxième ville du pays ». Ces
opposants sont, selon HRW, poursuivis aujourd’hui
pour tentative de renversement du gouvernement, possession
d'armes et rencontre avec responsable d'un gouvernement
étranger. L’ONG précise que 2 des
14 interpellés n'ont pas été vus
depuis leur arrestation et les autorités libyennes
n'ont donné aucune information sur leur sort. Dans
le cadre du système pénal libyen, les 12
hommes aujourd'hui poursuivis pourraient encourir la peine
de mort, selon Human Rights Watch.
Ce qui est considéré comme un droit inaliénable,
protégé par moult constitutions nationales
et même par les Nations Unies dont la Libye, rappelons-le,
est membre à part entière, est tenu pour
un crime passible de la peine de mort dans ce pays. Voilà
ce qui se passe dans cette contrée dont le numéro
un français assure qu’elle est en voie de
démocratisation.
On comprend les inquiétudes qui sont ravivées
par cette dénonciation de Human Rights Watch, et
connaissant le leader libyen, il ne faudrait pas que les
choses en restent là. La communauté internationale
doit se bouger pour éviter toute autre parodie
de justice et pour favoriser un réel processus
de démocratisation dans ce pays. Cela devrait être
un préalable à sa réintégration
dans le concert des nations civilisées.
La Libye doit préalablement montrer patte blanche
avant et ce ne sont pas les chantiers où elle doit
convaincre, qui manquent. Elle doit se construire une
justice digne de ce nom, en finir avec certains principes
moyenâgeux comme la justice de Dieu ou la responsabilité
pénale collective qui fait justement craindre que
les 12 détenus n’entraînent dans leur
condamnation, les membres de leurs familles. Mais s’il
n’y a pas de justice en Libye, c’est parce
qu’il n’y a pas de démocratie. Elle
est d’ailleurs loin des soucis du « Guide
» qui ne se prive pas à l’occasion
de gausser et même de tancer ces Africains qui singent
les institutions qui ne sont pas adaptées au continent.
Pas plus que ce pays n’est en voie de démocratisation,
le « Guide » n’est en conflit avec son
remuant fils auquel il aurait tiré les oreilles
après sa dernière sortie sur la réalité
des tortures infligés aux soignants bulgares.
C’est vrai qu’une journaliste, sur le site
www.afrik.com le soutient mais il faudrait se pincer pour
ne pas en rire. Seif al-Islam Kadhafi n’est pas
à sa première frasque. Il est même
allé jusqu’à dénoncer le régime
de son père pour son absence de démocratie
et demander une véritable action de fondation démocratique.
On n’a pas connaissance qu’il ait été
à cet égard, réprimandé. Il
devrait au fond comparaître, au même titre
que les 12 inculpés, pour participation morale
aux infractions qui leur sont reprochées.
On ne peut croire que Kadhafi ait des problèmes
avec son fils. Il n’est pas un homme dont la fibre
paternelle est à ce point aiguisée qu’il
accepte de le voir, de façon aussi répétitive,
bafouer son autorité et le crédit de son
régime. On pourrait plutôt penser que tout
cela ressemble à une stratégie bien montée,
bien ficelée.
Rares sont les chefs d’Etat qui, comme Kadhafi,
ont maîtrisé les ressorts de la communication.
Il est assoiffé d’images, il sait aussi que
l’avenir de son régime est lié au
travail qu’il pourra faire au plan des opinions
pour séduire, se rendre incontournable. Et il a
bigrement les moyens de cette politique, même s’ils
ne sont pas toujours d’une valeur éthique
irréprochable.
Pour emprunter les voies de la pérennisation de
son régime et que son fils puisse ainsi lui succéder,
il n’y a au fond rien de tel que d’étoffer
la personnalité de ce dernier, de lui donner du
caractère, de l’entregent, du courage. En
lui permettant de contrer le « Guide » en
personne, de contredire les plus grands de ce monde, d’échanger
avec eux, de faire des déclarations que nul autre
Libyen ne peut faire, Seif al-Islam Kadhafi éclate
dans l’espace international et apparaît comme
quelqu’un de moderne, d’ouvert, bref un interlocuteur
crédible. Du coup, la communauté internationale
s’habituera à l’idée qu’après
le père, il y aura le fils.
Alors, la Libye en voie de démocratisation et Kadhafi
qui admoneste son fils ? Fadaises que tout cela !