LA
VIRGINITE, UNE VALEUR DECADENTE OU TOUJOURS ACTUELLE
?
S’il
est vrai que rien n’arrête le progrès,
il faut aussi reconnaître qu’il est
des coutumes rétrogrades qui ont la vie
dure. Parmi celles-ci, il y a cette espèce
d’engouement, de valeur sociale quasiment
religieuse et de prestige que constitue la virginité.
On aurait pu penser qu’avec la civilisation
qui métisse les peuples et qui uniformise
de plus en plus la pensée et les comportements
autour de valeurs communes, cette question de
la virginité prendrait du terrain et que
le primat de la modernité et la propension
des jeunes à assimiler les changements
élimineraient le primat de la virginité
dans le ménage comme dans la vie sociale
pour consacrer la liberté la femme de disposer
de son corps. Eh bien, il faut croire qu’on
n’est pas au bout du compte !
La
virginité reste, dans bien des cas, une
exigence sociale voire même religieuse,
et cela est relevé dans bien de pays arabes
et africains. Au Burkina Faso par exemple, notre
confrère L’Opinion du 8 au 14 août
2007, vient de s’en faire l’écho
à travers l’histoire de ce jeune
homme, fils d’un Imam du secteur 22 de Bobo-Dioulasso,
qui a répudié sa femme le lendemain
de leurs noces au motif qu’elle n’était
pas vierge contrairement à ce que sa famille
et elle avaient affirmé : «Après
la mosquée, les festivités ont continué
dans le domicile du marié par un gros festin.
Le soir, la mariée fut conduite chez son
mari pour la première nuit de noce. La
fête fut belle et tout le monde s’est
bien amusé. A la surprise générale,
on apprend le lendemain que le jeune marié,
sur conseil de son marabout de père, a
décidé de répudier sa femme
tout simplement parce qu’il ne l’a
pas trouvé à la maison. En langage
clair, elle n’est pas vierge ».
Dans
les pays arabes sur lesquels souffle la brise
du changement et de la modernité comme
au Maroc, les progrès de ce point de vue
sont lents à s’imposer. Ce n’est
pas qu’on n’y rencontre pas des femmes
qui osent vivre leur sexualité. Non. Le
« Courrier International » du 8 août
dernier, dans l’article intitulé
«Maroc : la virginité n’est
plus ce qu’elle était », nous
en donne un exemple vivant et vécu par
un de ses collaborateurs : «La scène
se passe dans un des pubs branchés de Casablanca.
Adil, la trentaine, est accosté par une
jeune fille qui le trouve mignon (elle le lui
dit sans façon) et qui aimerait absolument
tenter quelque chose, pourquoi pas dès
ce soir. Adil se laisse convaincre… A 6
heures du matin, après avoir fait notre
affaire, elle m’a littéralement mis
à la porte ».
Mais cette femme est loin de représenter
une tendance significative d’un bouleversement
structurel. Au Maroc et dans le monde arabe en
général, la virginité reste
majoritairement une exigence sociale car reposant
sur des interdits éducationnels et religieux.
Le problème, curieusement, à la
faveur de l’explosion dans les moyens de
communication, de l’uniformisation du monde,
a favorisé une exportation du primat de
la virginité dans des pays où cette
pratique n’avait pas cours. C’est
ainsi qu’en Europe et notamment en France,
la médecine s’est même intéressée
à la reconstitution de l’hymen par
voie chirurgicale, et de plus en plus, le «
must » aujourd’hui autant que le salut
tant pour des femmes que des hommes, c’est
cette reconstitution par opération, de
l’hymen qui s’appelle l’hyménoplastie.
Et pour ne rien gâcher, l’affaire
semble marcher comme toutes ces affaires qui intéressent
le secteur florissant du sexe. En effet, le site
www.afrik.com rapporte, dans son article intitulé
«La virginité au bout du bistouri
», qu’ « une des techniques,
très naturelle, consiste à utiliser
les séquelles hyménéales
en les incisant dans leur partie médiane
et en les réunissant. L’opération
dure une demi-heure sous anesthésie locale
accompagnée de sédation ».
Et l’opération coûte environ
2 500 euros et en France, l’opération
est même remboursée par la Sécurité
sociale lorsque le docteur « compte ça
comme une plastie vulvaire » ! Le business
deviendrait de plus en plus lucratif car le nombre
des opérations se multiplie. Des gynécologues
sont contre mais la pratique est bien ancrée
car d’autres spécialistes ne sont
pas aussi puritains !
En tout cas, pour les femmes, cela permet parfois
de joindre l’utile à l’agréable.
On mène la belle vie surtout pour ne pas
courir le risque de mourir vieille fille et par-dessus
le marché, vierge, et puis quand on rencontre
l’âme sœur et l’occasion
de se marier, on se paie vite fait bien fait,
une nouvelle virginité. C’est tout
« bénèf » : finies l’opprobre
sociale et la honte d’avoir été
« déviergée ». Pour
les hommes, c’est d’abord leur «
ego » qui est flatté et ensuite la
considération familiale et sociale qui
sont préservés. Le rite du «
séroual » (ce drap tâché
de sang qu’on exhibe à la sortie
de la chambre nuptiale », se pratiquera
dans l’intérêt de tous et rien
n’exclut que, pour les couples véritablement
amoureux, ce subterfuge ne pourra pas être
la solution pour préserver leur amour en
faisant un pied de nez au séroual.
Il ne manquerait plus, puisque les Machos (et
ceux qui consomment les vierges comme un hobby
sinon une perversion), il en existe partout dans
le monde, qu’au-delà des Africains,
des Arabes.., cette pratique s’universalise.
Ce serait là une mode rétro peu
enviable car doublement critiquable. Non seulement
elle se fonde sur l’hypocrisie, la déloyauté
puisque les femmes, loin d’exalter l’abstinence,
encouragent la tricherie et même la permissivité
sexuelle mais elle va surtout à l’encontre
de cette nécessité qu’on clame
jusqu’au sein des Nations Unies de reconnaître
et de protéger les droits de la femme,
notamment celui de disposer de son corps.
CY