Mise à jour le 12/08/2007
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San Finna N°426 du 13 au 19 Août 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

A vue de monde

LE NIGERIEN TANDJA VIVRA-T-IL LES EPREUVES
DE L’IVOIRIEN GGAGBO ?

La situation que connaît aujourd’hui le Niger n’est pas sans quelque parenté avec celle dont la Côte d’Ivoire est en train de sortir. Il faut dire tout d’abord qu’aux origines, les deux ont vu leur développement plomber et leur indépendance hypothéquer par ces scandaleux accords de coopération qui ont perpétué les phénomènes de domination de la métropole sur les pays décolonisés. Contre une protection beaucoup plus discrétionnaire que réelle pour assurer la pérennité des régimes africains en place, ces derniers s’engageaient à renforcer l’extraversion et la dépendance de leurs économies en ne traitant prioritairement et exclusivement, qu’avec l’ancienne puissance colonisatrice. Par ce moyen, la France donnait d’une main pour reprendre de l’autre en gardant le contrôle sur les richesses des anciennes colonies.

Comme la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo, le Niger de Mamadou Tandja n’accepte pas ce contrat léonin qui suce son pays jusqu’au sang. L’affaire d’AREVA et de la dernière rébellion touarègue constitue de ce point de vue un déclencheur pour sortir du rapport inégalitaire.

C’est alors que M. Tandja se retrouve confronté aux mêmes difficultés qui ont failli coûter le pouvoir à L. Gbagbo et qui ont plongé son pays dans la guerre et dans 4 années de crise.

Pour obtenir un juste prix des matières premières, la liberté pour la Côte d’Ivoire d’avoir plusieurs partenaires et de faire appel à qui elle veut en fonction des avantages comparatifs pour développer le pays, celui-ci s’est retrouvé confronté à une tentative de coup d’Etat avec des parrainages extérieurs avérés qui, pour n’avoir pas réussi, n’en ont pas moins plongé le pays dans la partition de fait.

Au Niger, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il y a comme un processus de déstabilisation avec là aussi des soutiens extérieurs dénoncés, sinon pour changer un régime peu accommodant, jouer de pressions sur lui pour qu’il rentre dans le rang.

C’est toute l’histoire de ce réveil de la contestation armée touarègue pour laquelle les autorités nigériennes ont établi des connivences directes avec AREVA et indirectes avec la Libye et surtout la France.

La Libye est dénoncée pour ses visées annexionnistes. Celle-ci du reste s’en cache à peine. Le Ministre des Affaires étrangères libyen n’est pas en effet gêné pour envoyer à son homologue nigérien, une lettre revendiquant pour la Libye, une grande partie du nord est nigérien, de près de 30.000 km 2, riche en en uranium, et dit-on aussi, en pétrole. Et comme on sait qu’en pareil cas, le pays de Kadhafi n’hésite jamais à passer aux actes, les Nigériens ont très vite tiré la sonnette d’alarme. Ils ont apparemment bien fait puisque, semble-t-il déjà actif sur le terrain, le Guide aurait envoyé des espions sur lesquels on a mis la main. Le premier se nomme Abdel Kader Omar, le second Nasser L. Attrach.

Pour la France, qui est la première puissance mondiale en matière de nucléaire civil, l’uranium (qu’elle est loin de produire en quantité suffisante) est essentielle pour continuer d’alimenter ses villes, son industrie et pour garder sa prééminence internationale.

D’ici là qu’elle considère d’un mauvais œil le pouvoir en place au Niger trop revendicatif et contestataire, et que pour éviter un dérapage à la Gbagbo, elle décide d’y mettre le holà, il n’y a qu’un pas que beaucoup ont allègrement franchi.

A ce sujet, des preuves sont avancées qui attestent que le Mouvement nigérien pour la justice (MNJ) serait financé par AREVA. Elles viennent notamment de notre confrère de « La hache nouvelle » qui dans sa parution n° 128 du 23 juillet dernier, annonce que «AREVA a effectué plusieurs virements bancaires au profit d'un certain Mohamed Ajidir Commandant du peloton des forces d'interventions et de sécurité de Tounfaminir qui a rejoint le MNJ, le 2 juillet». Le journal publie comme preuves, le numéro du compte bancaire, les dates et les montants des différents virements opérés par AREVA.

La conviction d’être la proie d’une tentative de déstabilisation ou de chantage est du reste partagée par le président Tandja lui-même. Il s’en explique : «Comme tout Etat souverain, le notre entend exercer son droit légitime et inaliénable à disposer de ses propres ressources et à les mettre en valeur avec les partenaires intéressés» (in Le Messager du9 août 2007). Plus précis, il relève ceci : «Certains actes, comme la pose des mines par ces groupes armés, n'ont en réalité rien d'une stratégie défensive, mais s'inscrivent plutôt dans la logique de leurs commanditaires visant à empêcher les recherches et l'exploitation de nos ressources minières». Et pour tout dire, il parle de conspiration en accusant les Touarègues du MNJ d’être instrumentalisés par des mains étrangères : «L' Etat ne cédera ni aux pressions, ni au chantage, encore moins aux agissements de quelques citoyens hors la loi et objets de manipulations évidentes ».

Comme Laurent Gbagbo, il voit monter contre lui et gonfler par les médias pour justifier la crise, des tensions d’origine ethnique. C’est l’éternel prétexte de l’intolérance entre tribus qui fait toujours mouche dans les opinions occidentales, que l’on agite pour des objectifs inavoués. En Côte d’Ivoire, ça a été la dérive ivoiritaire contre les Dioulas, contre le Nord, au Niger, ça sera la dérive « nigéritaire » contre les touarègues, contre le Nord. A Tandja, qui a détaché la hache de la guerre en brisant le monopole français sur l’uranium et en arrêtant des ressortissants libyens, de savoir puiser les leçons auprès de Gbagbo et de se constituer une armée de patriotes pour faire face au contrecoup de son audacieuse décision d’aller contre ces puissances extérieures.

VT






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