San
Finna N°426 du
13 au 19 Août 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
LE
NIGERIEN TANDJA VIVRA-T-IL LES EPREUVES
DE L’IVOIRIEN GGAGBO ?
La
situation que connaît aujourd’hui le Niger
n’est pas sans quelque parenté avec celle
dont la Côte d’Ivoire est en train de sortir.
Il faut dire tout d’abord qu’aux origines,
les deux ont vu leur développement plomber et leur
indépendance hypothéquer par ces scandaleux
accords de coopération qui ont perpétué
les phénomènes de domination de la métropole
sur les pays décolonisés. Contre une protection
beaucoup plus discrétionnaire que réelle
pour assurer la pérennité des régimes
africains en place, ces derniers s’engageaient à
renforcer l’extraversion et la dépendance
de leurs économies en ne traitant prioritairement
et exclusivement, qu’avec l’ancienne puissance
colonisatrice. Par ce moyen, la France donnait d’une
main pour reprendre de l’autre en gardant le contrôle
sur les richesses des anciennes colonies.
Comme la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo,
le Niger de Mamadou Tandja n’accepte pas ce contrat
léonin qui suce son pays jusqu’au sang. L’affaire
d’AREVA et de la dernière rébellion
touarègue constitue de ce point de vue un déclencheur
pour sortir du rapport inégalitaire.
C’est alors que M. Tandja se retrouve confronté
aux mêmes difficultés qui ont failli coûter
le pouvoir à L. Gbagbo et qui ont plongé
son pays dans la guerre et dans 4 années de crise.
Pour obtenir un juste prix des matières premières,
la liberté pour la Côte d’Ivoire d’avoir
plusieurs partenaires et de faire appel à qui elle
veut en fonction des avantages comparatifs pour développer
le pays, celui-ci s’est retrouvé confronté
à une tentative de coup d’Etat avec des parrainages
extérieurs avérés qui, pour n’avoir
pas réussi, n’en ont pas moins plongé
le pays dans la partition de fait.
Au Niger, les mêmes causes produisant les mêmes
effets, il y a comme un processus de déstabilisation
avec là aussi des soutiens extérieurs dénoncés,
sinon pour changer un régime peu accommodant, jouer
de pressions sur lui pour qu’il rentre dans le rang.
C’est toute l’histoire de ce réveil
de la contestation armée touarègue pour
laquelle les autorités nigériennes ont établi
des connivences directes avec AREVA et indirectes avec
la Libye et surtout la France.
La Libye est dénoncée pour ses visées
annexionnistes. Celle-ci du reste s’en cache à
peine. Le Ministre des Affaires étrangères
libyen n’est pas en effet gêné pour
envoyer à son homologue nigérien, une lettre
revendiquant pour la Libye, une grande partie du nord
est nigérien, de près de 30.000 km 2, riche
en en uranium, et dit-on aussi, en pétrole. Et
comme on sait qu’en pareil cas, le pays de Kadhafi
n’hésite jamais à passer aux actes,
les Nigériens ont très vite tiré
la sonnette d’alarme. Ils ont apparemment bien fait
puisque, semble-t-il déjà actif sur le terrain,
le Guide aurait envoyé des espions sur lesquels
on a mis la main. Le premier se nomme Abdel Kader Omar,
le second Nasser L. Attrach.
Pour la France, qui est la première puissance mondiale
en matière de nucléaire civil, l’uranium
(qu’elle est loin de produire en quantité
suffisante) est essentielle pour continuer d’alimenter
ses villes, son industrie et pour garder sa prééminence
internationale.
D’ici là qu’elle considère d’un
mauvais œil le pouvoir en place au Niger trop revendicatif
et contestataire, et que pour éviter un dérapage
à la Gbagbo, elle décide d’y mettre
le holà, il n’y a qu’un pas que beaucoup
ont allègrement franchi.
A ce sujet, des preuves sont avancées qui attestent
que le Mouvement nigérien pour la justice (MNJ)
serait financé par AREVA. Elles viennent notamment
de notre confrère de « La hache nouvelle
» qui dans sa parution n° 128 du 23 juillet
dernier, annonce que «AREVA a effectué plusieurs
virements bancaires au profit d'un certain Mohamed Ajidir
Commandant du peloton des forces d'interventions et de
sécurité de Tounfaminir qui a rejoint le
MNJ, le 2 juillet». Le journal publie comme preuves,
le numéro du compte bancaire, les dates et les
montants des différents virements opérés
par AREVA.
La conviction d’être la proie d’une
tentative de déstabilisation ou de chantage est
du reste partagée par le président Tandja
lui-même. Il s’en explique : «Comme
tout Etat souverain, le notre entend exercer son droit
légitime et inaliénable à disposer
de ses propres ressources et à les mettre en valeur
avec les partenaires intéressés» (in
Le Messager du9 août 2007). Plus précis,
il relève ceci : «Certains actes, comme la
pose des mines par ces groupes armés, n'ont en
réalité rien d'une stratégie défensive,
mais s'inscrivent plutôt dans la logique de leurs
commanditaires visant à empêcher les recherches
et l'exploitation de nos ressources minières».
Et pour tout dire, il parle de conspiration en accusant
les Touarègues du MNJ d’être instrumentalisés
par des mains étrangères : «L' Etat
ne cédera ni aux pressions, ni au chantage, encore
moins aux agissements de quelques citoyens hors la loi
et objets de manipulations évidentes ».
Comme Laurent Gbagbo, il voit monter contre lui et gonfler
par les médias pour justifier la crise, des tensions
d’origine ethnique. C’est l’éternel
prétexte de l’intolérance entre tribus
qui fait toujours mouche dans les opinions occidentales,
que l’on agite pour des objectifs inavoués.
En Côte d’Ivoire, ça a été
la dérive ivoiritaire contre les Dioulas, contre
le Nord, au Niger, ça sera la dérive «
nigéritaire » contre les touarègues,
contre le Nord. A Tandja, qui a détaché
la hache de la guerre en brisant le monopole français
sur l’uranium et en arrêtant des ressortissants
libyens, de savoir puiser les leçons auprès
de Gbagbo et de se constituer une armée de patriotes
pour faire face au contrecoup de son audacieuse décision
d’aller contre ces puissances extérieures.