San
Finna N°426 du
13 au 19 Août 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
AFFAIRE
DES INFIRMIERES BULGARES
CE « DEAL » DONT LES CONTREPARTIES
N’ONT PAS ENCORE FINI DE BRULER LES DOIGTS
Dans
l’affaire des infirmières bulgares, le chantage
continue.
Malgré les exhortations des dirigeants européens
et les plaidoiries de personnalités et d’avocats
comme Roland Dumas (tendant à néantiser
toute possibilité de poursuites pénales
contre les autorités libyennes), cette exigence
a fini cependant par s’imposer. Finalement, on reconnaît
aux victimes le droit d’ester en justice mais attention.
On veut contrôler les choses.
Alors que les ex
otages clament leur innocence, soutiennent avoir été
pris en otage, on constate qu’au niveau diplomatique
et médiatique, le souci, c’est de vite tourner
la page, quitte seulement à concéder une
procédure qui pourrait satisfaire les victimes
et une certaine opinion en épinglant uniquement
11 officiers libyens. Ces exécutants pourraient
être condamnés par contumace en raison donc
des violences morales et physiques qu’ils ont infligées
aux soignants.
La démarche est par trop grossière et choquante
parce qu’elle veut mettre de côté le
droit. Les exécutants ne se sont pas levés
tout seuls, et pour qu’ils puissent exercer des
violences sur les victimes, il a fallu qu’elles
soient prises en otage, séquestrées, et
que le pouvoir libyen prostitue le droit. Quid alors de
ces fautes premières desquelles découlent
toutes les autres et notamment les tortures ? Elles sont
d’autant plus probantes, indiscutables, que le propre
fils, successeur en puissance de son « Guide »
de père, à la manière d’un
aveu non forcé, dit à qui veut l’entendre
qu’il n’a jamais cru en la culpabilité
des otages et qu’ils se sont trouvés simplement
là, les pauvres malheureux, pour permettre l’exécution
d’un « deal » qui a profité à
tous ceux qui s’y sont prêtés. Pour
encombrer une procédure de co-auteurs, de complices..
afin de la paralyser, on ne s’ y prendrait pas autrement
!
Mais voilà aussi une affaire qui devient un véritable
défi, sans précédent, aux gens de
bien et à la conscience universelle. Si le régime
libyen étant ce qu’il est, on comprend que
malgré cet aveu, les familles des enfants ne puissent
pas se pourvoir contre leurs autorités, on ne comprendrait
pas que les victimes bulgares et au-delà d’elles
les Etats et la communauté internationale (qui
jusqu’à preuve du contraire, se disent respectueux
des standards universels en matière de droits de
l’homme, de justice et de démocratie) ne
se mettent pas en action pour dénoncer l’imposture
et faire rétablir le droit. Fort heureusement,
parmi les victimes, il y en a qui entendent se battre
pour que triomphent la vérité et la justice.
Actuellement, les infirmières sont entendues par
la justice bulgare. Le docteur Saïf Al-Islam Kadhafi
quant à lui, a décidé de saisir en
septembre le Comité des droits de l’homme
des Nations Unies alors que Berlin appelle officiellement
Muammar Kadhafi à s’expliquer sur toute cette
affaire.
On attend que d’ autres Etats s’engagent dans
ce combat pour la morale et le droit s’ils ne veulent
pas être condamnés par l’ opinion et
par leurs sponsors ; on attend surtout que la pléiade
des mouvements de droits de l’homme, de fondations
qui brassent des milliards pour défendre la cause
de l’humanité, se distinguent en engageant
cette bataille des batailles de laquelle dépend
leur crédibilité.
Six Sence Productions d’Hollywood, a obtenu des
cinq infirmières bulgares et du médecin
palestinien, les droits d’adaptation de leur tragique
aventure en Libye. La jet-set internationale s’est
découvert, à travers certains dossiers politiques
(Palestine, Darfour, Afghanistan..) un moyen de se rendre
utile et d’entretenir aussi leur image. Souhaitons
donc que cette affaire des infirmières les interpelle
de la façon la plus désintéressée.
Pour ce qui concerne ce film à venir, qui risque
d’être le film du siècle, croisons
les doigts pour qu’il ne succombe pas au marchandage
ambiant. Si Kadhafi a pu amener les USA, la France, l’Angleterre,
par la puissance de l’argent et des contrats, à
compromettre avec le droit et la morale, ce n’est
pas, serait-on tenté de se dire, un producteur
hollywoodien (qui ne semble pas aussi connu et teigneux
qu’un Moore ou d’un Spielberg), qui pourra
lui résister. Mais l’effet boomerang de cette
affaire ne fait que commencer. Alors, wait and see…