Mise à jour le 06/08/2007
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San Finna N°425 du 06 au 12 Août 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

A vue de monde

APRES LES PRATICIENS BULGARES,
AU TOUR DE SARKOZY ET DES LEADERS EUROPEENS,
D’ETRE OBJET DE CHANTAGE ?

Les dirigeants libyens n’ont jamais ignoré l’attrait qu’exercent les nombreuses potentialités de leur pays, notamment en matière de pétrodollars et de contrats (équipements, infrastructures, services, armement, tourisme…). Ils ont appris à utiliser ce capital de différentes façons dans leurs rapports avec les pays africains et plus spécifiquement avec les pays industrialisés demandeurs par excellence d’énergie et de grands contrats juteux. Pour ce faire, ils n’hésitent pas à les mettre en compétition au détriment de la morale et du droit. Pour dire les choses telles qu’elles apparaissent, le régime du « Guide », qui a systématisé (en réponse au fait colonial, dit-il mais aussi à ses ambitions) à un niveau rarement égalé le cynisme politique, applique le chantage d’Etat sans vergogne et ce même lorsqu’il a affaire aux plus grandes puissances de ce monde. Ce fut, après bien d’autres exemples, ceux éclatants des attentats terroristes libyens de Lockerbie (vol Pan Am ayant fait 280 victimes) et du Ténéré (vol UTA ayant fait 170 victimes).


LA PRISE D’ OTAGES AUX BENEFICES MUTUELS

Le « Guide », avec les cartes qu’il avait donc en main, a réussi le tour de force de ne pas être poursuivi devant un tribunal pénal international ; mieux, il a dévoyé les principes et les règles du droit pour étendre le principal transactionnel admis sur le seul plan des actions civiles, à celui, interdit, des actions pénales. De la sorte, il a assorti l’offre officielle de dédommagements des victimes de ces deux actes terroristes, de la conditionnalité de l’abandon des poursuites pénales pour amener Américains, Britanniques, Français…, à adhérer au processus de règlement amiable, toutes causes de préjudices confondues. Cet acte de défi vis-à-vis de crimes de compétence universelle et par définition imprescriptibles, passera comme une lettre à la poste, malgré les cris révoltés de bien de victimes contre ce déni de justice internationale. Le Colonel Kadhafi, dès lors, ne pouvait pas s’arrêter en si bon chemin.

L’affaire des soignants bulgares sera une autre occasion de chantage d’Etat et c’est quasiment les pieds sur la table que les captifs seront utilisés comme otages pour combler le trou causé par le paiement des sommes déboursées dans le cadre des attentats de Ténéré et de Lockerbie et pour accélérer les processus de réintégration de la Libye dans le concert des nations.

La libération des soignants se fera sur la base d’avantages réciproques et multiformes, cachés ou connus. Le fils Kadhafi, Saïf Al-Islam Kadhafi, les autorités libyennes et françaises, la direction d’EADS…, ont beau dire et se dédire dans des communiqués diplomatiques et à travers des plans de communication, l’opinion à ce sujet n’en est pas dupe, encore moins les victimes et leurs avocats. Ces derniers, en particulier ont avoué qu’ils ne sont pas étonnés de l’existence de possibles transactions puisque leur stratégie pour obtenir la libération de leur clients, a toujours consisté à aiguiser l’appétit des puissances européennes par rapport aux avantages qu’ils pourraient tirer en s’intéressant aux négociations. Ils sont eux-mêmes entrés dans le jeu du chantage « kadhafien » pour extraire les soignants des griffes libyennes. Mais là où on peut comprendre un tel choix de la part des victimes et de leurs conseils, on ne saurait l’admettre s’agissant des plus grandes puissances mondiales ayant les plus grandes forces de contrainte organisée et étant toujours promptes à jurer de leur fidélité aux fondements moraux et juridiques intangibles qui fondent leurs régimes.

A la limite, si ces puissances étaient elles aussi entrées dans le jeu uniquement dans le même but (la libération des praticiens bulgares), à charge de poursuivre les autorités libyennes une fois le but atteint pour que force reste à la vérité et à la justice internationale, on aurait accepté. Mais à l’évidence, tel n’a jamais été le cas puisque depuis que les captifs ont rejoint Sofia, il n’est pas envisagé de la part de l’Union européenne d’engager une quelconque poursuite ni pour extorsion de fonds, séquestration, ni pour tortures et encore moins pour prostitution du droit. On comprend que les victimes aient le sentiment d’avoir été utilisées par tous les intervenants dans la négociation.

LE CHANTAGE D’ ETAT PERMANENT

Le « Guide », une fois de plus a joué, et il a gagné. Mais, pour être un joueur invétéré, il n’est pas pour autant inconscient des risques qu’il encourt. C’est pour cela qu’il prend toujours le soin de bien verrouiller les choses. Dans le cas d’espèce, il s’est employé à neutraliser toute action judiciaire à son encontre. Le contrat signé par les soignants (en présence des intermédiaires européens) de ne pas se pourvoir devant une quelconque juridiction à leur libération, en est une des illustrations. Il y à là beaucoup à redire sur un tel acte entaché d’un vice irréfragable puisque conclu sous la menace, donc en l’absence de toute adhésion volontaire de la part des otages. Pour autant, non seulement il n’a pas été dénoncé par les Européens mais on constate que ces derniers (les Bulgares en tête), malgré les révélations les unes les plus douloureuses que les autres sur la captivité des soignants, incitent ces derniers à le respecter. L’attitude ici est révélatrice d’une complicité d’Etat et concourt à faire de cette affaire, une affaire de délinquance internationale.

En soi, cela suffisait à donner du crédit à tous ceux qui pensent depuis le début que la communauté internationale n’était pas convaincue que la vie des captifs était réellement menacée. Les soignants se sont trouvés effectivement là, à un moment où les bien-pensants de ce monde et la Libye avaient convenu de renouer pour relancer les affaires. Alors, ils ont servi de prétexte. C’est en somme l’occasion qui a fait des larrons. Mais pour autant, le « Guide » a pris soin d’assortir le « deal » de largesses compromettantes pour s’assurer le silence des puissances européennes. De ce point de vue, il n’est pas du tout incongru de penser que la fulgurante réaction libyenne, après l’annonce de l’amnistie accordée aux soignants par la Bulgarie et les fuites manifestement provoquées et rattrapées du fils Kadhafi, soit des mises en garde contre les soignants mais aussi contre les dirigeants européens. Deux précautions valent mieux qu’une ! S’il venait à une des parties l’idée de violer l’ « omerta », les dirigeants français et européens seront jetés en pâture à leur opinion avec toutes les conséquences qui s’y attachent. Quant aux victimes ingrates, elles pourraient perdre plus que leur liberté ! Tel pourrait être le double message, et comme contrairement au « Guide », les Européens ne craignent rien autant que l’opinion, ce dernier est ainsi assuré de pouvoir continuer à jouer et à gagner sans danger.

Pour avoir réussi à impliquer les gouvernants européens dans ce dossier des praticiens bulgares, il reste en définitive aux victimes et à leurs avocats de réussir cette fois-ci la prouesse d’intéresser les déterminants de cette opinion : les médias mais aussi les altermondialistes, les associations de défense de droits de l’homme et les confessions religieuses (très silencieux sur la question jusqu’à présent) à engager une contre procédure internationale pour connaître la vérité et pour rendre justice non seulement aux victimes mais à la communauté internationale elle-même.

VT






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