San
Finna N°424 du
30 Juillet au 05 Août 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
PREMIERE
TOURNEE AFRICAINE DU PRESIDENT SARKOZY
UN AFFRONT A L’AFRIQUE ET UNE RUPTURE QUI FAIT «PSCHITT
»
Le
premier contact du candidat Sarkozy avec l’Afrique
a été plutôt tumultueux. Mais en panachant
-au contact des réalités- son discours sur
l’immigration choisie avec une forte dose de rupture
avec les réseaux et autres officines de la Françafrique,
il avait su, à défaut de susciter l’engouement
à son endroit, se faire concéder une sorte
de bénéfice du doute. Mais sa sortie sur
le continent en tant que président, qui devait
donner l’occasion d’officialiser les principes
de ce nouveau partenariat avec l’Afrique, n’a
pas comblé tous les espoirs attendus.
Le
ton était déjà donné avec
l’inscription de la Libye comme première
étape de sa tournée.
Tripoli l’a confondu en mettant à nu son
empressement à toucher des dividendes économiques
d’une immixtion dans le dossier des soignants bulgares
et à capitaliser indûment des plus-values
de prestige diplomatique et médiatique. Pour ce
faire, le président français n’aura
pas hésité à avaler des couleuvres
avec un Kadhafi qui n’a même pas daigné
se déplacer à l’aéroport pour
le recevoir et un accueil qui dans l’ensemble a
été plutôt hautain et frisquet.
Pour ne pas arranger les choses, il retrouvera à
son retour des opinions plutôt remontées
contre lui car en passant contrat sur le nucléaire
civil avec le fantasque Kadhafi, il est apparu aux yeux
des écologistes et de certains partenaires comme
un opportuniste qui joue avec le feu et qui est parti,
dit-on déjà dans ces cercles, pour surclasser
George Bush dans l’ aveuglement politique.
Au Sénégal, où l’on s’attendait
à une espèce de discours sinon de Bayeux
ou de Brazzaville, à tout le moins de La Baule,
Nicolas Sarkozy, à part l’engagement à
aider le Sénégal pour la tenue du procès
Hissène Habré, n’a pas fait fort.
L’
INJURE MONUMENTALE A L’AFRIQUE
Il a choisi, dans une démarche inqualifiable, d’aller
à Dakar pour blesser dans leur âme, les Africains,
en mettant à la limite de l’eau au moulin
au discours sur l’inégalité des races.
Jugez-en par ses propos tenus à l’Université
Cheick Anta Diop : « Le paysan africain ne connaît
que l'éternel recommencement du temps, rythmé
par la répétition sans fin des mêmes
gestes et de mêmes paroles. Dans cet imaginaire
où tout recommence toujours, il n'y a de place
ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès".
Mais, sous prétexte d’asséner des
vérités en France comme en Afrique, il va
incroyablement plus loin et verse dans l’injure
: "Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain
n'est pas assez entré dans l'Histoire. Jamais il
ne s'élance vers l'avenir, jamais il ne lui vient
à l'idée de sortir de la répétition
pour s'inventer un destin". C’est terrible.
Même Jean-Marie Le Pen, au fond, n’est pas
allé aussi loin. Si pour l’ universitaire
gabonais A. Bissiélo, interviewé par RFI
le 28 juillet dernier, le propos était «
décalé, anachronique », à la
limite du « négationnisme », Alpha
Oumar Konaré pour sa part, aura, avec les mots
tranchants qu’on lui connaît, fustigé
cette appréciation outrageante sur les Africains
et avoué avec tristesse, s’agissant des perceptions
que Nicolas Sarkozy a de son nouveau partenariat avec
l’Afrique, que ce n’est pas « exactement
le genre de rupture qu’on aurait espéré
».
Avec un tel jugement définitif, que fait Sarkozy
de la dynastie des Pharaons noirs qui, du 18 ème
au 17 ème siècle avant Jésus Christ,
a régné sur l’Egypte et la Libye réunifiées
? Où met-il Musa, ce Sultan de l’empire malien
qui, avant Christophe Colomb, a expédié
une centaine de navires jusqu’aux Amériques
? Que dit-il de l’empire du Monomotapa ? Que fait-il
de El hadj Omar, considéré à l’époque
de ses pèlerinages à la Mecque, comme l’un
des monarques les plus puissants du monde ? Que retient-il
du rayonnement mondial de Tombouctou au Moyen-âge
et quel jugement porte-t-il par rapport aux Chaka Zoulou,
Samory Touré…. ? Tous ces hommes et tous
ces témoignages de vitalité, d’imagination,
de projection dans l’avenir, sont-ils le reflet
d’une momification de l’esprit africain dans
le rituel et le passé ? Il y a là de la
part de ce « quinqua », né après
la seconde guerre mondiale, plus qu’un manque de
tact, une méconnaissance du temps qui passe et
des réalités socio-économiques d’une
Afrique fortement urbanisée et dont les fils, majoritairement
de souche paysanne, se distinguent dans les filières
de pointe au point de constituer un capital appréciable
qui ne lui a pas échappé à travers
sa politique d’immigration choisie.
LA
PROFESSION NEGATIONNISTE
Nicolas Sarkozy était décidément
en verve. Au sujet de la colonisation française,
décomplexé, il dévalue le rôle
de la France, se refuse à la repentance et demande
au contraire d’admettre un partage de responsabilités
entre la France et l’Afrique avant de tourner la
page. Certes, on peut accepter que les rois nègres,
à travers le commerce triangulaire et que certains
valets, après la période coloniale, ont
participé et continuent de participer à
la curée du continent, à ses souffrances,
mais sans perdre pour autant le sens du juste partage
des responsabilités. Que fait en effet le président
français de la perpétuation de l’exploitation
du continent à travers le système néo-colonial,
les réseaux de la Françafrique, comptables
du pillage de l’Afrique et de ses meurtrissures
par des coups d’Etat et autres rébellions
? Où a-t-il mis le rôle des multinationales
comme Elf, Areva.., la participation suspectée
de son pays au génocide rwandais, aux déstabilisations
en RDC, au Congo… ? Quid des massacres de civils
ivoiriens aux mains nues par l’armée française
?
Mais là où cependant, on peut être
d’accord avec le président français,
c’est lorsque, s’adressant aux jeunes d’Afrique,
il les interpelle en ces termes : « Si vous voulez
la liberté », la démocratie »,
si vous voulez sortir de "l'arbitraire", de
"la corruption", de "la violence",
du "parasitisme" et du "clientélisme",
et mériter l’aide de la France, c'est à
vous "de le décider". Ici, Nicolas Sarkozy
met le doigt sur la nécessité qui revient
aux peuples d’Afrique de battre en brèche
ce cliché qui veut qu’ils soient des peuples
mineurs, ayant vocation à se complaire dans l’assujettissement.
Mais pour être totalement cohérent avec son
propos, il aurait dû éviter, dans le même
temps qu’il met les jeunes africains au défi
de prendre si ouvertement partie pour les dictateurs africains
car de la Libye jusqu’au Gabon en passant par le
Sénégal, c’est bien ce qu’il
a fait, et parfois à la limite de la provocation
gratuite.
LA
RUPTURE RENIEE ?
A Tripoli, il est venu faire ses dévotions à
Kadhafi qui l’ a remercié en le regardant
de haut. A Dakar, pour flatter l’ « ego »
de Wade, il s’est transformé en élève,
allant jusqu’à accepter cette repentance
qui l’horripile tant puisqu’il avoue son erreur
par rapport à l’immigration choisie et rend
grâce au président sénégalais
de l’avoir ramener sur terre en l’éclairant.
Cette attitude louangeuse envers les chefs d’Etat
qui sont loin de passer pour des parangons de vertu démocratique,
il l’a également eue par rapport à
Omar Bongo. A Libreville il n’a pas hésité
à rendre hommage au « rôle du président
» dont il rappelle qu’il est le « doyen
des chefs d’Etats africains » et pour lequel
il précise qu’ « en Afrique, le doyen,
cela compte ». Mais là où les bras
nous en tombent, c’est quand, revêtant sa
robe d’avocat, il affirme, s’agissant du Gabon
: «Je ne pense pas que ce soit le pays qui ait le
plus à rougir du point de vue de la démocratie
interne ».
Cette
sortie africaine, pour dire vrai, a révélé
un visage insoupçonné de Nicolas Sarkozy,
et ses propos des plus vexatoires pour les Africains n’
ont pas encore fini de développer leur onde. Mais
le comble dans tout cela, c’est que ses reniements,
en renforçant inutilement des hommes comme Kadhafi,
Wade et Bongo, ont pour conséquence de dresser
contre lui des centaines de millions d’Africains
puisqu’il a pris partie pour les dirigeants prébendaires
vissés au pouvoir sans pouvoir s’imposer
devant ces hommes pourtant dévalués dans
l’opinion.
Tout cela fait mal au cœur à tous ceux qui
se sont mépris sur l’homme. La rupture a-t-elle
fait long feu ? Il faut attendre de voir venir, opter
de mettre sous le coup d’un faux pas, ces égarements
en espérant qu’à l’occasion
de sa seconde tournée en Afrique noire, prévue
pour la rentrée, il rattrape le coup. Si alors
cela ne se faisait pas, il aurait définitivement
pris le parti de provoquer entre lui et l’Afrique
utile, celle de la jeunesse et de l’avenir, une
véritable rupture.