Mise à jour le 22/07/2007
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San Finna N°423 du 23 au 29 Juillet 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Tribune de la femme

COMITE NATIONAL D’ETHIQUE
SON EXISTENCE EST EGALE A SON ABSENCE


D
ans l’après midi du 18 juillet 2007, le Comité National d’Ethique (CNE) a animé une conférence de presse autour des derniers rapports qu’il venait de déposer : 2004/2005-2006. Fidèle à sa tradition, il a convié sans discrimination toute la presse à cet événement. Voilà un bon point à mettre au crédit du président du comité et ses collaborateurs.

Mais il faut craindre qu’il ne puisse être crédité d’autres bons points car malgré leur bonne volonté ces éminents censeurs et éclaireurs de la gouvernance nationale n’ont pas été à mesure de remplir au mieux les missions qui leur ont été confiées depuis .On peut, faisant le bilan de ses actions depuis sa création, dire à la manière de ces anciens du grand Zinda que les raisons de sa présence correspondent aux raisons de son absence .En effet, depuis que la Journée nationale de pardon lui a donné naissance, lui confiant le soin de relever le niveau de l’éthique national, il a plutôt fait du surplace .Ce sont toujours les mêmes maux qui sont diagnostiqués mais les médications préconisées, non seulement n’ont jamais correspondu à la gravité du mal mais surtout pratiquement n’ont jamais été suivis de traitement .Les derniers rapports n’échappent pas à la règle.

A première vue, il y a dans l’identification des maux un inventaire appréciable. Il est ainsi relevé l’incivisme, le non respect de la personne humaine et de ses biens, le mépris vis-à-vis du bien commun et de la chose publique, la faiblesse de l’éthique et du respect des règles de la démocratie de la part des organisations de la société civile, la méconnaissance des principes attachés à la démocratie… Bref, on le voit, il y a ici tout un panel de dérives suffisamment éloquentes pour qu’on préconise une relecture profonde de nos mœurs comme de nos institutions. Mais cela n’est pas recommandé par le comité d’éthique. Tout aussi regrettable, le Comité ne s’aventure jamais à travers ses rapports, à mettre en exergue toutes les responsabilités et partant, à préconiser les meilleures médications.

En effet, depuis les constats qui ont été faits par le Collège des sages sur la chute abyssale de nos pratiques politiques et sociales (et qui a justifié entre autres la création du CNE à l’occasion de la Journée nationale du pardon, rien n’a été fait pour faire la part des choses dans les responsabilités à assumer. Pourtant, il s’agit là de fautes gravissimes, d’habitude, que le Collège de sages, en son temps, a relevées en procédant à un partage de responsabilités. Ces fautes continuent à être commises puisque le niveau de pratique sociale continue à chuter. Il y a là un reproche à faire au CNE qui ne parvient pas à pointer du doigt les auteurs principaux de cette situation et à procéder à ce partage de responsabilités entre les auteurs de cette situation qui se distinguent en auteur principaux et auteurs secondaires.

De ce point de vue, le pouvoir, qui avait déjà été désigné par les Sages, comme l’auteur principal, le reste. C’est lui qui pense et met en œuvre la gouvernance nationale et qui est le garant au premier chef de sa bonne exécution. Il l’a reconnu comme il a reconnu ses manquements en demandant officiellement et solennellement pardon. Plus important, il a juré « Plus jamais ça » et s’est engagé par conséquent à s’acheter de nouveaux comportements. On constate que non seulement, il n’y a pas eu respect de la parole donnée mais qu’il y a eu récidive à maints égards, aggravée. La violation de la constitution a continué, la corruption s’est aggravée, les médias d’Etat ont continué à être la propriété exclusive du pouvoir ; les fraudes, les délits d’initiés, les fortunes illicites ont continué à creuser la fracture sociale et les déséquilibres entre régions se sont accusées. Les ingérences, quant à elles, ont eu la bride encore plus large. De tout cela, le CNE ne pipe mot, préférant à chaque fois mettre l’accent sur les comparses qui, quoi qu’ils aient leurs responsabilités à partager, ne seraient pas encouragés à de tels comportements si la loi était également appliquée à tous dans l’équilibre de la balance de Thémis.

Ce n’est pas étonnant qu’il y ait une désaffection vis-à-vis du CNE et que ceux qui l’animent aient le sentiment de faire un travail de Sisyphe. Il faudrait, pour arriver à remplir correctement ses missions, qu’il ait l’audace d’aborder le fond des problèmes et d’attaquer au plus haut niveau ceux qui sont à leur origine car, comme on dit, « le poisson pourrit toujours par la tête ». Mais comment le comité pourrait-il engager un tel bras de fer quand ses membres sont sinon tous, pour la plupart, du cercle du pouvoir et quand ils ne sont pas habités par quelque esprit de martyr ?

La tâche s’avère d’autant plus vaine qu’il faut appréhender le CNE dans le cadre général du fonctionnement des institutions de notre pays, de la philosophie de nos gouvernants qui consiste à démultiplier les instruments de la bonne gouvernance, les organes différenciés de la gestion de l’Etat, les structures d’alerte et le contrôle interne et externe à l’administration, uniquement pour donner le change. Dans les faits, en effet, notre démocratie se révèle comme une démocratie caricaturale dont les acteurs sont payés à la tâche. C’est pour cela qu’elle pédale à vide et que l’éthique en fait à sa guise.

CY






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