COMITE
NATIONAL D’ETHIQUE
SON EXISTENCE EST EGALE A SON ABSENCE
Dans
l’après midi du 18 juillet 2007,
le Comité National d’Ethique (CNE)
a animé une conférence de presse
autour des derniers rapports qu’il venait
de déposer : 2004/2005-2006. Fidèle
à sa tradition, il a convié sans
discrimination toute la presse à cet événement.
Voilà un bon point à mettre au crédit
du président du comité et ses collaborateurs.
Mais il faut craindre qu’il ne puisse être
crédité d’autres bons points
car malgré leur bonne volonté ces
éminents censeurs et éclaireurs
de la gouvernance nationale n’ont pas été
à mesure de remplir au mieux les missions
qui leur ont été confiées
depuis .On peut, faisant le bilan de ses actions
depuis sa création, dire à la manière
de ces anciens du grand Zinda que les raisons
de sa présence correspondent aux raisons
de son absence .En effet, depuis que la Journée
nationale de pardon lui a donné naissance,
lui confiant le soin de relever le niveau de l’éthique
national, il a plutôt fait du surplace .Ce
sont toujours les mêmes maux qui sont diagnostiqués
mais les médications préconisées,
non seulement n’ont jamais correspondu à
la gravité du mal mais surtout pratiquement
n’ont jamais été suivis de
traitement .Les derniers rapports n’échappent
pas à la règle.
A première vue, il y a dans l’identification
des maux un inventaire appréciable. Il
est ainsi relevé l’incivisme, le
non respect de la personne humaine et de ses biens,
le mépris vis-à-vis du bien commun
et de la chose publique, la faiblesse de l’éthique
et du respect des règles de la démocratie
de la part des organisations de la société
civile, la méconnaissance des principes
attachés à la démocratie…
Bref, on le voit, il y a ici tout un panel de
dérives suffisamment éloquentes
pour qu’on préconise une relecture
profonde de nos mœurs comme de nos institutions.
Mais cela n’est pas recommandé par
le comité d’éthique. Tout
aussi regrettable, le Comité ne s’aventure
jamais à travers ses rapports, à
mettre en exergue toutes les responsabilités
et partant, à préconiser les meilleures
médications.
En effet, depuis les constats qui ont été
faits par le Collège des sages sur la chute
abyssale de nos pratiques politiques et sociales
(et qui a justifié entre autres la création
du CNE à l’occasion de la Journée
nationale du pardon, rien n’a été
fait pour faire la part des choses dans les responsabilités
à assumer. Pourtant, il s’agit là
de fautes gravissimes, d’habitude, que le
Collège de sages, en son temps, a relevées
en procédant à un partage de responsabilités.
Ces fautes continuent à être commises
puisque le niveau de pratique sociale continue
à chuter. Il y a là un reproche
à faire au CNE qui ne parvient pas à
pointer du doigt les auteurs principaux de cette
situation et à procéder à
ce partage de responsabilités entre les
auteurs de cette situation qui se distinguent
en auteur principaux et auteurs secondaires.
De ce point de vue, le pouvoir, qui avait déjà
été désigné par les
Sages, comme l’auteur principal, le reste.
C’est lui qui pense et met en œuvre
la gouvernance nationale et qui est le garant
au premier chef de sa bonne exécution.
Il l’a reconnu comme il a reconnu ses manquements
en demandant officiellement et solennellement
pardon. Plus important, il a juré «
Plus jamais ça » et s’est engagé
par conséquent à s’acheter
de nouveaux comportements. On constate que non
seulement, il n’y a pas eu respect de la
parole donnée mais qu’il y a eu récidive
à maints égards, aggravée.
La violation de la constitution a continué,
la corruption s’est aggravée, les
médias d’Etat ont continué
à être la propriété
exclusive du pouvoir ; les fraudes, les délits
d’initiés, les fortunes illicites
ont continué à creuser la fracture
sociale et les déséquilibres entre
régions se sont accusées. Les ingérences,
quant à elles, ont eu la bride encore plus
large. De tout cela, le CNE ne pipe mot, préférant
à chaque fois mettre l’accent sur
les comparses qui, quoi qu’ils aient leurs
responsabilités à partager, ne seraient
pas encouragés à de tels comportements
si la loi était également appliquée
à tous dans l’équilibre de
la balance de Thémis.
Ce n’est pas étonnant qu’il
y ait une désaffection vis-à-vis
du CNE et que ceux qui l’animent aient le
sentiment de faire un travail de Sisyphe. Il faudrait,
pour arriver à remplir correctement ses
missions, qu’il ait l’audace d’aborder
le fond des problèmes et d’attaquer
au plus haut niveau ceux qui sont à leur
origine car, comme on dit, « le poisson
pourrit toujours par la tête ». Mais
comment le comité pourrait-il engager un
tel bras de fer quand ses membres sont sinon tous,
pour la plupart, du cercle du pouvoir et quand
ils ne sont pas habités par quelque esprit
de martyr ?
La tâche s’avère d’autant
plus vaine qu’il faut appréhender
le CNE dans le cadre général du
fonctionnement des institutions de notre pays,
de la philosophie de nos gouvernants qui consiste
à démultiplier les instruments de
la bonne gouvernance, les organes différenciés
de la gestion de l’Etat, les structures
d’alerte et le contrôle interne et
externe à l’administration, uniquement
pour donner le change. Dans les faits, en effet,
notre démocratie se révèle
comme une démocratie caricaturale dont
les acteurs sont payés à la tâche.
C’est pour cela qu’elle pédale
à vide et que l’éthique en
fait à sa guise.
CY