Mise à jour le 01/07/2007
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San Finna N°420 du 02 au 08 Juillet 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

ALPHA BLONDY EST-IL A FELICITER OU A BLAMER DE S’ETRE CONSTITUE AVOCAT DE BLAISE COMPAORE DANS LES DOSSIERS SANKARA ET ZONGO ?

Dans le dernier entretien qu’il a accordé à l’Observateur Paalga ce mardi 26 juin 2007, le Pape africain du reggae, Alpha Blondy, ne tarit pas de propos conciliateurs, même plutôt « disculpateurs » vis-à-vis de Blaise Compaoré dans les dossiers Sankara et Zongo : il mérite notre soutien dans la médiation, il est un frère, le plus Ivoirien des Burkinabé… ; le drame du 15 Octobre, c’était entre lui et Thomas Sankara : on ne peut quand même pas lui reprocher d’avoir survécu ! Quant à celui de Sapouy, il ne faut pas confondre Blaise Compaoré et François Compaoré : si le chien de François Compaoré mord quelqu’un, qu’on n’aille pas dire que c’est le chien de Blaise Compaoré qui l’a mordu. Voilà des propos qui, sitôt lus, déclenchent une terrible polémique au Burkina Faso et qui ne manquera pas de gagner d’autres berges en Afrique et dans le monde. Deux opinions en effet s’opposent souvent avec passion à cet égard : celle qui regrette qu’Alpha Blondy, qui a incarné la lutte contre l’impunité dans les grands dossiers du Faso, se convertisse en avocat de Blaise Compaoré et celle qui jure avec autant de conviction qu’il n’a fait que rendre justice à un homme qui a été victime d’amalgames pervers. Deux sons de cloche.

ALPHA BLONDY N’A DIT QUE LA STRICTE VERITE

Voilà encore Alpha Blondy en butte aux méchantes langues. L’interview que le grand maître du reggae a donnée dans l’Observateur Paalga du mardi 26 juin 2007, suscite en effet une polémique qui n’a pas sa raison d’être pour des gens sincères. Qu’a-t-il fait de plus sinon que de dire la vérité, à sa manière brutale mais sans bavures ? Il a tout d’abord encouragé la médiation de Blaise Compaoré et il fait bien parce que rien n’est plus important pour les deux peuples ivoirien et burkinabé, que la paix. Quel que soit ce qu’on peut penser du chef de l’Etat burkinabé, il ne faut ici prendre en considération que son implication en faveur de la paix. La guerre a causé trop de mal à nos deux pays et même à la sous région. Personne ne peut continuer, alors qu’on marche vers la sortie de crise, dans les combats d’arrière-garde. Il ne faut pas s’amuser à retourner le couteau dans la plaie. Les Ivoiriens sont les premiers à saluer comme un seul homme, la médiation du chef de l’Etat burkinabé. Et c’est ne l’oublions pas, de grâce, Laurent Gbagbo lui-même qui l’a sollicité comme médiateur. Ne soyons donc pas bêtement plus royalistes que le roi ! Et puis, nul n’est parfait : si Blaise Compaoré s’active à remettre en place ce qu’il a déplacé, il faut l’y encourager et tourner définitivement la page. S’agissant de Thomas Sankara, arrêtons de jouer aux hypocrites. Il est loin d’avoir été un ange. Et puis entre nous, qui ne sait pas que quelque temps avant le 15 Octobre 1987, date du coup d’Etat sanglant, c’était chaud entre les deux ? Qui a oublié qu’à l’époque, l’atmosphère était très tendue, à couper au couteau ? Personne n’était dupe. Les tracts pleuvaient, faisant état qu’ils en viendraient à en découdre par les armes. Blaise Compaoré a même échappé à plusieurs traquenards, notamment à Bobo, à Tenkodogo. Pour être honnête, beaucoup en étaient arrivés à souhaiter qu’on en finisse, d’une façon ou d’une autre. Dans de telles conditions, même si c’est triste et regrettable que Thomas Sankara ait disparu, Blaise Compaoré se trouvait en quelque sorte en situation de légitime défense, et il a préféré l’offensive à la défensive. C’est une stratégie qui paie souvent, pas seulement sur le terrain militaire. Que Alpha Blondy dise aussi de ne pas confondre Blaise Compaoré et son frère François, qu’y a-t-il dedans à engager un procès en sorcellerie contre lui ? Ce n’est que la vérité vraie, et s’il fallait, à chaque fois incriminer un frère à la place d’un autre, on se retrouverait comme dans la fable du loup et de l’agneau : « si ce n’est toi, c’est donc ton frère », ce qui est incompatible avec une justice digne de ce nom. Non, vraiment, Alpha Blondy est resté égal à lui-même et qu’on n’aille surtout pas lui chercher des poux dans ses rastas !


TOMI.

ALPHA BLONDY AURAIT MIEUX FAIT DE SE TAIRE

C’est écoeurant pour ne pas dire dégueulasse de lire ce que Alpha Blondy a dit à l’Observateur Paalga. C’est vrai que « seuls les imbéciles ne changent pas », mais encore faudrait-il ne pas changer en passant du meilleur au pire. Quand il mettait sa voix, sa musique, sa plume au service de la lutte contre l’impunité, comme il était grand, comme son leadership était incontesté. Si ça lui a fait gagner de l’argent, c’était bien mérité ! Les mots, les chansons qu’il a créés pour perpétuer la mémoire de Sankara, de Zongo, resteront gravés dans l’histoire parmi ses plus hauts faits. J’ai les brûlures au cœur quand je repense à tout ça, quand je repense au journal Le Pays qui, à propos d’un de ses albums en préparation, avait écrit : « .. près de 17 ans après, Mariam Sankara semble avoir trouvé un « magistrat » de poids. En la personne de Alpha Blondy, l’artiste chanteur ivoirien, qui vient de trancher ». Et au quotidien d’expliquer qu’à travers donc «son prochain album, la star vient de mettre le pied dans le plat en montrant du doigt le tueur de Thomas Sankara ». Il nous en donnait un avant-goût à travers quelques extraits : « Thomas Sankara, c’est son brâ-môgô qui l’a djâ (NDLR : tué:). Capitaine Thomas Sankara c’est ton brâ-môgô qui t’a djâ. Le linge sale se lave en famille et non dans le sang. Mais qu’il sache qu’un coup d’Etat appelle toujours un autre coup d’Etat. Un message assez clair que les dictateurs de tous les pays se doivent de méditer » (In Le Pays du 28/01/2004, reprenant un article de « Soir Info ». Ce n’est pas tout. Comment peut-on par ailleurs oublier sa voix, chantant à vous en donner des frissons « Journalistes en danger Démocrature)" ? Comment damer sur ces mots scandés par Alpha : « Au clair de la lune / Mon ami Zongo », que justice soit faite pour l'amour de Dieu" ? Que n’a-t-il gardé la ligne ? Pourquoi s’abjurer à ce point ? On a peine à croire qu’il ait été emberlificoté par les réseaux du pouvoir. Non, Alpha Blondy est loin d’être nécessiteux, lui qui doit beaucoup plus vivre grâce aux affaires qu’il brasse que par sa seule musique. En passant sans crier gare du blanc au noir pour banaliser jusqu’à absoudre Blaise Compaoré dans la mort de Thomas Sankara, il a trahi beaucoup de par le monde. En lavant de tout soupçon Blaise Compaoré dans le massacre de Sapouy qui a coûté la vie à Norbert Zongo et à ses 3 compagnons, il a piétiné les suspicions graves qui pesaient sur Blaise Compaoré parce qu’il était à tout le moins passible de recel dans cette affaire David Ouédraogo qui a été à l’origine de ce massacre et parce qu’il n’a rien dit quand il a été informé que les suspects sérieux étaient de sa garde. Pour moi, il ne l’emportera pas au paradis.

TOZI.

Citation de la semaine

«Il y a des pratiques que nos ancêtres eux-mêmes, s'ils revenaient à la vie, trouveraient caduques et dépassées »

Amadou Hampaté Bâ






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