ARCHEVEQUE
PIUS NCUBE
UN CROISE DE LA REFONDATION DEMOCRATIQUE
QUI DEVRAIT FAIRE DES EMULES
On
le voyait venir par ses prises de position iconoclastes
et courageuses mais cette fois-ci, ça y est :
Pius Ncube, archevêque de Bulawayo, deuxième
ville du Zimbabwe, entre ouvertement en résistance.
Il a trop supporté les frasques de Robert Mugabe,
l’incapacité des syndicats et leaders politiques
à apporter la réplique adéquate
pour stopper la descente aux enfers du pays. Aujourd’hui,
il déclare ouvertement être prêt
à prendre les devants de la révolte pour
libérer le pays de Mugabe, même s’il
faut pour cela, sacrifier sa vie !
Alors, les questions se bousculent. Qui est cet archevêque
rebelle ? Qu’est-ce qui l’a poussé
à cette extrémité ? Et pourquoi
seulement maintenant ?
Ce qu’on sait, c’est qu’il a 60 ans,
qu’il est né dans le Matabeleland et qu’à
13 ans, il a quitté sa famille pour une école
catholique : «C’est là que j’ai
trouvé Dieu et que j’ai choisi d’être
catholique » (in Le Monde du 25 juin 2007).
C’est donc tout naturellement qu’à
20 ans, il rentre au Séminaire au moment où
se déclenche la guerre d’indépendance.
Cette guerre, il la vit durement parce que beaucoup
de missionnaires sont tués mais il la vit aussi
dans l’espérance que Robert Mugabe, grand
combattant de la liberté, auquel il croyait aussi,
apporte la liberté à son pays.
Mais il finira par déchanter. Après les
massacres perpétrés dans les années
80 par Robert Mugabe dans le Matabeleland où
10 000 Ndebélés ont été
tués, il revient de son enthousiasme premier.
Un évêque à l’époque,
Hendrich Karlen eut l’audace de dénoncer
la boucherie, et l’archevêque de Bulawayo,
impressionné, avouera : «J’ai admiré
le courage de cet homme et je me suis dit qu’il
fallait suivre son exemple ».
Sitôt dit, sitôt fait : il rédige
un rapport sur lesdits évènements mais
dont ses supérieurs ne tiennent pas compte. Ce
n’est pas pour autant qu’il cesse ses critiques.
Il mène campagne pour la rénovation même
sans solidarité de ses pairs zimbabwéens.
Beaucoup sont compromis, d’autres ont peur. Il
va chercher ailleurs ses soutiens. Il les trouve auprès
de collègues Sud-africains comme l’Archevêque
anglican du Kwazulu Natal, Phillip Rubin, et l’Evêque
catholique de Rustenberg, Kevin Dowling. Ils ont l’ingénieuse
idée de créer « Solidarity peace
trust », une organisation de religieux d’Afrique
australe, qui présente cette particularité
de lutter à visage découvert, pour les
droits de l’homme. L’ONG fait du bon boulot
et arrive même à révéler
à l’opinion l’existence de camps
de jeunesse au Zimbabwe où, comme Hitler, Mugabe
endoctrinait et formait aux renseignements et au harcèlement
des opposants, des jeunes. Ce n’était pas
la Jeunesse hitlérienne mais les « Green
Bombers » ; toutefois, ils ont eux aussi terrorisé
des villes et des campagnes et commis bien des assassinats
politiques sans en être inquiétés
le moins du monde. La même ONG a dénoncé
les effets pervers de la réforme agraire et prévenu
de la catastrophe qui en résulterait au niveau
des besoins alimentaires.
L’archevêque Pius Ncube engage avec d’autant
plus de vigueur le combat sur le plan des droits de
l’homme et de la démocratie pour faire
connaître au monde la situation que vivent ses
compatriotes. Il rédige rapport sur rapport,
fait des expositions photos, envoie ici et là
des vidéos et parle comme personne, de Robert
Mugabe : « C’est un dément, il est
fou à lier. Il n’écoute personne,
ni ses proches, ni les autres ; il n’a qu’un
Dieu : le pouvoir ». Il ne craint même pas,
dans ses prières, d’invoquer Dieu pour
qu’il le rappelle auprès de Lui le plus
tôt possible le dictateur. L’archevêque
ne croit pas que le salut de son pays puisse venir de
la médiation sud-africaine. Thabo M’béki
pour lui, doit trop à Mugabe et la solidarité
entre chefs d’Etat est trop forte. Il n’a
pas non plus foi en la capacité des opposants
de libérer le peuple bien qu’il soit proche
d’eux. Leur erreur, à ses yeux, c’est
de ne pas être assez mobilisés, organisés,
c’est de pécher par improvisation. L’archevêque
n’est plus isolé ni incompris car sa campagne,
au lieu de choquer ses pairs catholiques, commence à
les rallier. Ces derniers ne craignent plus de critiquer
et dans la Lettre pastorale de Pâques, les Evêques
ont même condamné la mauvaise gouvernance
de Robert Mugabe, les tortures, la corruption, les exactions
contre les opposants…
Pius Ncube ne parle pas pour parler puisqu’il
annonce déjà être prêt à
assumer le leadership de la nouvelle révolte
qu’il lance.
Sera-t-il poursuivi, arrêté ? Sera-t-il
rappelé à Dieu au tournant d’une
rue, par l’impact d’une balle ? On se pose
la question.
Mais la question qu’on se pose aussi, c’est
à quand une telle contagion de l’Afrique
pour se débarrasser de tous ces nombreux dictateurs
qui ne sont pas toujours si loin des pratiques de Mugabe
? Il y a certes Monseigneur Laurent Monsengwo Pasinya,
Archevêque de Kisangani en RDC, Monseigneur Christian
Tumi, Cardinal archevêque de Douala (surnommé
le “cardinal rebelle »), qui font œuvre
inestimable pour les droits de l’homme et la démocratie
mais en maints endroits du continent où les libertés
individuelles et collectives sont bafouées, où
l’opposition et les contre-pouvoirs sont muselés,
ce dont on a besoin, c’est d’un Pius Ncube
!
La Rédaction