Mise à jour le 01/07/2007
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San Finna N°420 du 02 au 08 Juillet 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

A vue de monde

ALPHA BLONDY, YOUSSOU N’DOUR….
REFREINONS LES ELANS POLITIQUES DE NOS ARTISTES AFRICAINS

C’est vrai que de nos jours, dans la crise que connaît la démocratie, la politique d’une manière générale et ses acteurs en particulier, perdent en considération. Lorsque l’on s’attache plus particulièrement à l’Afrique, on ne peut pas nier que la crise y soit beaucoup plus marquée et le découragement plus grand vis-à-vis des hommes politiques. Une chose s’y affirme de plus en plus : ils ne sont là que pour se « sucrer » sur le dos de leurs peuples. Et les faits, à la vérité, ne sont pas pour aider les politiques quand on voit la dégradation constante de la gouvernance qui est marquée par une tendance effrénée des dirigeants et des politiques, à exploiter leurs peuples, quitte à les engager dans des rébellions et des guerres atroces.

Là, le problème des qualités de leadership et de patriotisme des actrices et acteurs politiques africains se pose.

On peut comprendre dans ces conditions que les investigations et les espérances portent autant sur le changement des méthodes que sur le personnel politique. Mais attention : cette espèce de vacance de l’animation politique ne doit pas nous amener à aller de Charybde en Sylla. De ce point de vue, les révélations que certains artistes africains ont de leur mission politique doivent nous recommander la prudence.

C’est le cas pour Alpha Blondy. Qu’il soit désigné comme médiateur de l’Union africaine, de l’Unesco ou des Nations Unies pour, à l’exemple de bien d’autres comme Angelina Joly.., sensibiliser le continent et l’humanité sur les bienfaits de la paix, est une chose dont on ne peut que se réjouir. Son pouvoir de motivation et de suggestion sur l’opinion, et notamment celle des jeunes, est incontestable, et l’on sait que la chanson peut avoir un impact beaucoup plus bonifiant sur les foules et les peuples qu’un discours politique. Ainsi, les causes qui ont vaincu l’apartheid ne peuvent pas être analysées en faisant fi de la contribution de ces artistes de l’Afrique du Sud, de la diaspora ou d’ailleurs.

De la même façon, on ne peut nier le magistère de Youssou Ndour, son talent et sa puissance de motivation positive. Qu’il soit aussi appelé pour des bonnes causes humanitaires, tout le monde s’en félicite avec d’autant plus de confiance qu’il fait tout de même partie, selon le magazine américain Times des cent (100) personnes les plus influentes au monde.

Mais de grâce, il ne faut pas que leur notoriété et leur richesse leur montent tant à la tête qu’ils en viennent à se considérer comme des messies, des thaumaturges pouvant sauver leurs peuples et l’Afrique. On a vu la tentative de George Weah qui a enflammé bien des esprits au Liberia mais malgré sa bonne volonté, sa gentillesse, beaucoup n’ont pas eu tort de se demander s’il avait véritablement les compétences pour gérer les affaires du pays et représenter dignement son pays au plan international. La réponse à cette question a amené beaucoup au Liberia et dans la communauté internationale à se dire que, même si l’homme présentait des qualités humaines incontestables, il fallait éviter de lui mettre de telles charges sur le dos, et à la réflexion, on peut dire qu’ils avaient raison.

Les mêmes interrogations se posent par rapport à Alpha Blondy et Youssou Ndour. C’est vrai que le premier se démène comme un beau diable pour aider à résoudre la crise ivoirienne mais manifestement, ses propositions amusent beaucoup plus la galerie qu’autre chose, et il faut rendre grâce à la CEDEAO et à l’UA de n’avoir pas choisi de lui déléguer plus de missions qu’il n’en a actuellement dans la crise ivoirienne. Et puis, l’homme ne présente pas, en dehors de ses exceptionnelles qualités musicales, des prédispositions à jouer les acteurs politiques, encore et surtout que son inconstance et ses lubies désarçonnent bien souvent.

Quant à Youssou Ndour, bien qu’il apparaisse plus posé, plus appliqué sur le terrain de la paix et du développement de l’Afrique, il faut reconnaître qu’il a placé la barre un peu trop haut en se mettant sur la ligne de départ pour devenir le premier Ministre du gouvernement africain. "Je me sens capable de diriger le prochain gouvernement des Etats-Unis d'Afrique… Certes, je ne connais pas les modalités, mais on peut considérer ma candidature comme étant acquise" (in Le Soleil du 28/06/07). On se pincerait pour y croire. Là, il faudrait peut-être qu’ici et là, des voix s’élèvent pour dire « doucement, les basses » ! Déjà qu’avec Muammar Kadhafi, beaucoup craignent que l’unité africaine ne connaisse un « flop », il ne faudrait pas qu’avec des candidats de ce type, on range définitivement cette grande cause aux oubliettes !

VT





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