Mise à jour le 24/06/2007
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San Finna N°419 du 25 Juin au 01 Juillet 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

« FEMMES EN NOIR DU FASO »
CE SOUTIEN DE L’EGLISE QUI FAIT COULER ENCRE ET SALIVE
A N’EN PLUS FINIR

L’Eglise catholique, au travers d’une de ses prestigieuses structures «L’Association Justice et paix », a adressé, sous la signature de Monseigneur Thomas KABORE Evêque du diocèse de Kaya et Chevalier de l’Ordre National, un message de soutien aux « Femmes en noir du Faso », délivré le 3 juin dernier, sur la tombe de Norbert Zongo.

« Dans votre combat, l’Eglise catholique est à vos côtés ». Voilà un passage du message. « Pas de vérité, pas de réconciliation ». Encore un autre passage. Si les quotidiens comme Le Pays et l’Observateur-Paalga ont publié après coup cette Adresse, dont communication avait été adressée aux médias sans commentaires particuliers, il est des organes comme le Journal du jeudi, Bendre, San Finna qui y ont consacré réflexions et interpellations.

Les réactions, lorsqu’elles se manifestent, sauf celle du Député Mahama Sawadogo qui se montre critique par rapport à l’initiative même de l’Eglise, visent en général la mise en relief de l’importance du message tout comme de la rupture qu’il pourrait suggérer par rapport à la ligne que l’Eglise catholique est censée avoir adoptée au sujet de la Journée nationale de pardon (JNP) du 30 mars 2001.
C’est ainsi que le Journal du Jeudi appréhende la démarche : «L’Eglise, après avoir constaté que l’Etat traîne des pieds dans la résolution des dossiers pendants, a décidé de s’en démarquer » (N° 821 du 14 au 20 juin 2007).

De son côté, Bendre avance, parlant de Monseigneur Thomas Kaboré et de sa suite, qu’ « on pourrait même oser se demander s’ils n’ont pas l’impression d’avoir été utilisés pour donner une image sérieuse de la JNP » (N° 448 du 18 juin 2007).

Ce qu’on peut dire au moins, dans tout cela, c’est que le message fera date. L’Eglise est pour le pardon, la réconciliation mais pas pour l’impunité. Tout en demandant aux Femmes en noir de ne pas être animées par l’esprit de vengeance, elle dit les soutenir dans leur lutte juste pour avoir la vérité et la justice dans le dossier Norbert Zongo.

On ne saurait lui en tenir rigueur. En effet, l’association « Justice et paix », dirigée par François de Sale Bado, initiatrice de ce message, est légale et elle n’a pas violé la loi en exprimant sa solidarité aux Femmes en noires. Tout au contraire, ses missions lui commandent :

-« de promouvoir la justice et la paix ;

- d’éveiller et de former les consciences des individus et des communautés aux valeurs de justice et de paix ;

- de défendre les droits humains violés en privilégiant ceux des plus pauvres et des laissés pour compte de la société, et d’en soutenir les victimes ».

Et nous sommes justement, avec le dossier Norbert Zongo, dans un cas où la justice a besoin d’être promue, les consciences d’être éveillées aux valeurs de la justice et de la paix, les droits humains, d’être défendus.

Enfin, l’Eglise n’a pas violé un serment. La JNP, qui n’a pas proclamé d’amnistie, ne pouvait pas engager l’Eglise catholique dans le chemin de l’impunité, encore et surtout que la famille Zongo, qui a refusé toute transaction, n’a de cesse de demander vérité et justice. D’ailleurs, la question ne souffre d’aucun doute, le chef de l’Etat ayant juré ce jour de ne pas faire obstruction à la justice dans les dossiers de crimes économiques et de sang.

Mais à supposer même que l’Eglise chercherait à se dédire par rapport à un soutien sans réserve à la JNP, rien ne lui interdirait (au vu de la mauvaise utilisation qu’on a fait de son adhésion désintéressée à cette journée) de battre sa coulpe et de se mettre en harmonie avec ses principes. Ce n’est pas pour rien que le pardon, pour être une règle d’or de la vie des catholiques, exige pour son obtention, de passer par le préalable de la confession et de la contrition. L’histoire de l’Eglise, de toute façon (qui ne méconnaît pas que l’erreur est humaine) est jalonnée de Synodes, de Vatican.., au cours desquels elle est parfois revenue sur les principes considérés comme de véritables dogmes relevant de l’infaillibilité pontificale.

Mais il était prévisible que sa réaction provoque de tels commentaires. Nous vivons des moments très sensibles de remise en cause de l’impunité des gouvernants et autres personnalités jusqu’alors intouchables. Beaucoup de fidèles par ailleurs, ont le sentiment désagréable d’avoir été roulés dans la farine à travers une JNP présentée comme la confession par excellence (et qui, en tant que telle, a –on peut dire- bénéficié d’une absolution grandeur nature) alors qu’il s’agissait d’une grossière mise en scène. Ils se sont rendus compte en effet, après ladite journée, que beaucoup de péchés confessés, s’ils n’étaient pas déjà en préparation de récidive avancée au moment même de la tenue de la JNP, avaient de nouveau été commis : le soutien à la rébellion en Côte d’Ivoire, l’affaire de la tentative de putsch qui n’a pas convaincu, le « pendu » suspendu dans la même affaire (NDLR : un suspect arrêté avait été retrouvé pendu mais cette pendaison n’avait convaincu personne eu égard à la façon dont il avait été retrouvé sans vie, adossé à un mur), le non-lieu dans le dossier Zongo..

Si l’intention de l’Eglise, formulée par l’entremise des Femmes en noir, était comme pour dire « attention, la famille de Dieu entend se démarquer », elle ne l’aura pas manifesté à la légère. Cela ne lui ressemble pas, comme l’a pertinemment relevé JJ : « Pour qui connaît l’Eglise catholique avec sa prudence, une telle sortie est révélatrice d’un désaveu cinglant pour le pouvoir politique ».

Si par ailleurs, on était tenté de le lui faire payer cher comme on le fait pour tous ceux qui ne suivent pas moutonnement le pouvoir, on peut parier qu’elle n’en éprouverait nulle frayeur. Elle a connu depuis la nuit des temps, des procès à n’en plus finir dont certains ont même été vécus dans les bûchers, les arènes... dans le sang, sans jamais s’écarter des prescriptions de sa mission évangélique toute entière, bâtie sur la justice, le bien, la vérité, la subordination de la justice des hommes à celle de Dieu.

Souhaitons que les hiérarchies musulmanes, protestantes, coutumières, soient elles aussi gagnées par la même « grâce ». Elles se mettront mieux au service de la vérité et de la justice si indispensables à la bonne régulation de toute collectivité humaine et relèveront, ce faisant, leur image passablement ternie par la compromission de certains de leurs éminents représentants avec le pouvoir, au grand dépit de nombre de leurs fidèles et soutiens.

La Rédaction






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