«
FEMMES EN NOIR DU FASO »
CE SOUTIEN DE L’EGLISE QUI FAIT COULER ENCRE ET
SALIVE
A N’EN PLUS FINIR
L’Eglise
catholique, au travers d’une de ses prestigieuses
structures «L’Association Justice et paix
», a adressé, sous la signature de Monseigneur
Thomas KABORE Evêque du diocèse de Kaya
et Chevalier de l’Ordre National, un message de
soutien aux « Femmes en noir du Faso »,
délivré le 3 juin dernier, sur la tombe
de Norbert Zongo.
« Dans votre combat, l’Eglise catholique
est à vos côtés ». Voilà
un passage du message. « Pas de vérité,
pas de réconciliation ». Encore un autre
passage. Si les quotidiens comme Le Pays et l’Observateur-Paalga
ont publié après coup cette Adresse, dont
communication avait été adressée
aux médias sans commentaires particuliers, il
est des organes comme le Journal du jeudi, Bendre, San
Finna qui y ont consacré réflexions et
interpellations.
Les réactions, lorsqu’elles se manifestent,
sauf celle du Député Mahama Sawadogo qui
se montre critique par rapport à l’initiative
même de l’Eglise, visent en général
la mise en relief de l’importance du message tout
comme de la rupture qu’il pourrait suggérer
par rapport à la ligne que l’Eglise catholique
est censée avoir adoptée au sujet de la
Journée nationale de pardon (JNP) du 30 mars
2001.
C’est ainsi que le Journal du Jeudi appréhende
la démarche : «L’Eglise, après
avoir constaté que l’Etat traîne
des pieds dans la résolution des dossiers pendants,
a décidé de s’en démarquer
» (N° 821 du 14 au 20 juin 2007).
De son côté, Bendre avance, parlant de
Monseigneur Thomas Kaboré et de sa suite, qu’
« on pourrait même oser se demander s’ils
n’ont pas l’impression d’avoir été
utilisés pour donner une image sérieuse
de la JNP » (N° 448 du 18 juin 2007).
Ce qu’on peut dire au moins, dans tout cela, c’est
que le message fera date. L’Eglise est pour le
pardon, la réconciliation mais pas pour l’impunité.
Tout en demandant aux Femmes en noir de ne pas être
animées par l’esprit de vengeance, elle
dit les soutenir dans leur lutte juste pour avoir la
vérité et la justice dans le dossier Norbert
Zongo.
On ne saurait lui en tenir rigueur. En effet, l’association
« Justice et paix », dirigée par
François de Sale Bado, initiatrice de ce message,
est légale et elle n’a pas violé
la loi en exprimant sa solidarité aux Femmes
en noires. Tout au contraire, ses missions lui commandent
:
-«
de promouvoir la justice et la paix ;
- d’éveiller et de former les consciences
des individus et des communautés aux valeurs
de justice et de paix ;
- de défendre les droits humains violés
en privilégiant ceux des plus pauvres et des
laissés pour compte de la société,
et d’en soutenir les victimes ».
Et
nous sommes justement, avec le dossier Norbert Zongo,
dans un cas où la justice a besoin d’être
promue, les consciences d’être éveillées
aux valeurs de la justice et de la paix, les droits
humains, d’être défendus.
Enfin, l’Eglise n’a pas violé un
serment. La JNP, qui n’a pas proclamé d’amnistie,
ne pouvait pas engager l’Eglise catholique dans
le chemin de l’impunité, encore et surtout
que la famille Zongo, qui a refusé toute transaction,
n’a de cesse de demander vérité
et justice. D’ailleurs, la question ne souffre
d’aucun doute, le chef de l’Etat ayant juré
ce jour de ne pas faire obstruction à la justice
dans les dossiers de crimes économiques et de
sang.
Mais à supposer même que l’Eglise
chercherait à se dédire par rapport à
un soutien sans réserve à la JNP, rien
ne lui interdirait (au vu de la mauvaise utilisation
qu’on a fait de son adhésion désintéressée
à cette journée) de battre sa coulpe et
de se mettre en harmonie avec ses principes. Ce n’est
pas pour rien que le pardon, pour être une règle
d’or de la vie des catholiques, exige pour son
obtention, de passer par le préalable de la confession
et de la contrition. L’histoire de l’Eglise,
de toute façon (qui ne méconnaît
pas que l’erreur est humaine) est jalonnée
de Synodes, de Vatican.., au cours desquels elle est
parfois revenue sur les principes considérés
comme de véritables dogmes relevant de l’infaillibilité
pontificale.
Mais il était prévisible que sa réaction
provoque de tels commentaires. Nous vivons des moments
très sensibles de remise en cause de l’impunité
des gouvernants et autres personnalités jusqu’alors
intouchables. Beaucoup de fidèles par ailleurs,
ont le sentiment désagréable d’avoir
été roulés dans la farine à
travers une JNP présentée comme la confession
par excellence (et qui, en tant que telle, a –on
peut dire- bénéficié d’une
absolution grandeur nature) alors qu’il s’agissait
d’une grossière mise en scène. Ils
se sont rendus compte en effet, après ladite
journée, que beaucoup de péchés
confessés, s’ils n’étaient
pas déjà en préparation de récidive
avancée au moment même de la tenue de la
JNP, avaient de nouveau été commis : le
soutien à la rébellion en Côte d’Ivoire,
l’affaire de la tentative de putsch qui n’a
pas convaincu, le « pendu » suspendu dans
la même affaire (NDLR : un suspect arrêté
avait été retrouvé pendu mais cette
pendaison n’avait convaincu personne eu égard
à la façon dont il avait été
retrouvé sans vie, adossé à un
mur), le non-lieu dans le dossier Zongo..
Si l’intention de l’Eglise, formulée
par l’entremise des Femmes en noir, était
comme pour dire « attention, la famille de Dieu
entend se démarquer », elle ne l’aura
pas manifesté à la légère.
Cela ne lui ressemble pas, comme l’a pertinemment
relevé JJ : « Pour qui connaît
l’Eglise catholique avec sa prudence, une telle
sortie est révélatrice d’un désaveu
cinglant pour le pouvoir politique ».
Si par ailleurs, on était tenté de le
lui faire payer cher comme on le fait pour tous ceux
qui ne suivent pas moutonnement le pouvoir, on peut
parier qu’elle n’en éprouverait nulle
frayeur. Elle a connu depuis la nuit des temps, des
procès à n’en plus finir dont certains
ont même été vécus dans les
bûchers, les arènes... dans le sang, sans
jamais s’écarter des prescriptions de sa
mission évangélique toute entière,
bâtie sur la justice, le bien, la vérité,
la subordination de la justice des hommes à celle
de Dieu.
Souhaitons
que les hiérarchies musulmanes, protestantes,
coutumières, soient elles aussi gagnées
par la même « grâce ». Elles
se mettront mieux au service de la vérité
et de la justice si indispensables à la bonne
régulation de toute collectivité humaine
et relèveront, ce faisant, leur image passablement
ternie par la compromission de certains de leurs éminents
représentants avec le pouvoir, au grand dépit
de nombre de leurs fidèles et soutiens.
La Rédaction