CADRE
PERMANENT DE CONCERTATION A YAMOUSSOUKRO
« ROUND 1 »
CEUX QUI APPLAUDISSENT ET CEUX QUI FONT LA MOUE
Conformément
à l’Accord de Ouagadougou, le Cadre Permanent
de concertation (CPC) s’est réuni à
Yamoussoukro au grand complet. Pour l’évènement,
on a mis le paquet, histoire de fonder encore plus,
comme dans du béton, le retour à la paix.
Et puis, évènement dans l’évènement,
c’était la première fois de puis
7 ans que Blaise Compaoré se rendait en Côte
d’Ivoire. Cette rencontre au sommet était
vraiment attendue par les uns et par les autres. Il
y avait d’un côté, ceux qui l’entrevoyaient
comme une simple formalité devant encourager
tout un chacun à aller de l’avant sans
tentation de retourner au passé en rediscutant
les termes de l’accord et ceux qui estimaient
que rien dans la vie n’est définitif, surtout
pas les accords, et que dans le cas précis de
celui de Ouagadougou, il est des points où il
pouvait être perfectible.
Dans
le premier camp, il y avait évidemment le président
ivoirien et les siens mais aussi les Forces nouvelles,
dont les représentants, en tout cas, ont fait
savoir tous les dangers qu’il y aurait à
réengager des discussions sur des questions qui
sont réglées depuis Ouagadougou.
Dans le second camp, il y avait l’opposition civile,
le PDCI/RDA et le RDR notamment. Selon eux, pour être
un bon outil, l’accord avait besoin d’être
précisé sur certains points, capitaux.
C’est en particulier celui relatif à la
supervision et au contrôle des élections
par la communauté internationale, et plus spécifiquement
par le maintien du Haut représentant des Nations
Unies..
Quelles réponses le CPC a-t-il apporté
aux positions des uns et des autres ?
Si la question est posée du côté
de l’opposition civile, elle répondra que
le dossier a été traité plutôt
à son goût puisque s’agissant essentiellement
de la question du Haut représentant des Nations
Unies, il a été décidé de
son maintien.
Le PDCI/RDA, par la voix de Me Jeannot Ahoussou-Kouadio,
Secrétaire général adjoint du parti,
dira : « Nous avons trouvé notre compte
à cette rencontre » (in Sidwaya du
15/06/07).
Le même quotidien relève les propos de
Mr Ali Coulibaly, Secrétaire général
adjoint du RDR : «.. cette réunion
était fort utile dans la mesure où elle
a abouti à des conclusions qui, visiblement,
nous satisfont ».
« LE NOUVEAU REVEIL » du 15 juin 2007 s’en
fait l’écho à sa façon, avec
son titre choc « Après les corrections
du CPC : Gbagbo au carrefour de la mort » : «
Le communiqué final lu par le Premier ministre,
Guillaume Soro, montre bien que des avancées
nobles y ont été constatées. Le
conclave a ainsi décidé que le processus
de démarrage des audiences foraines se fasse
dans un bref délai. Aussi, les membres du C.P.C
ont-ils demandé au Premier ministre d’avancer
rapidement sur l’identification générale
des populations, commençant par la question du
choix de l’opérateur technique. Le C.P.C
a, en outre, évoqué la question des milices
tribales qui sont un obstacle à l’avancée
du processus de paix. Il a donc été permis
au Premier ministre de mettre en œuvre de façon
concrète, le processus de démantèlement
des milices. Autre fait évoqué par les
membres du C.P.C : la question des médias d’Etat
instrumentalisés par le camp présidentiel.
Le conclave a décidé, en tout état
de cause, qu’il y ait plus d’ouverture des
activités des différents partis politiques.
Le C.P.C a, par ailleurs, évoqué la situation
du haut représentant chargé des élections.
Les membres du C.P.C ont sollicité le facilitateur
pour qu’il se mette en rapport avec les Nations
Unies, aux fins de maintenir ce poste de ses missions
».
Si la question est posée du côté
de la majorité présidentielle, la réponse
sera plutôt mitigée, sinon négative.
Officiellement, bien sûr, on dit que tout va pour
le mieux mais dans les coulisses, il n’en manque
pas pour considérer qu’il y a reculade
par rapport à Ouagadougou. Il n’avait pas
été prévu le maintien du Haut représentant
des Nations Unies chargé des élections.
En conséquence de quoi, le président Gbagbo
avait fait connaître à Ban Ki Moon qu’il
ne souhaitait pas son maintien, qui donnerait le sentiment
que la Côte d’Ivoire avait besoin d’une
tutelle.
Quant à « NOTRE VOIE », organe du
FPI, du 14/06/2007, nous pouvons y lire, exprimé
de façon net, une appréciation négative
: « L’accord de Ouagadougou vient de
recevoir un sérieux coup de boutoir avec l’introduction,
dans ses sept mètres, d’un nouvel élément
qui n’est pas moins démobilisateur que
ceux qui ont été jetés à
la mer. Il s’agit du poste du Haut représentant
des Nations unies pour les élections, le poste
de Gérard Stoudmann. La réunion de Yamoussoukro
demande à l’ONU de garder ce poste en l’état.
Ce que n’avait pas prévu l’accord
de Ouagadougou.
Au-delà du viol qu’il vient de subir, c’est
sa mort certaine que l’on vient de programmer
à Yamoussoukro. Car Bédié et Ouattara,
qui ont insisté particulièrement sur ce
point, vont demander, d’ici là, que les
termes du texte onusien qui a emmené Stoudmann
dans ce pays soient respectés à la lettre.
C’est-à-dire un homme et une structure
onusienne au-dessus du Conseil constitutionnel de la
Côte d’Ivoire. Une chose que les Ivoiriens
défenseurs de l’ordre normal et juste ont
toujours refusée et qui a amené d’ailleurs
le chef de l’Etat à proposer à la
rébellion le dialogue direct ».
Voilà un peu, au-delà de l’habillement,
du clinquant et des célébrations de cette
rencontre, quelques observations dont la presse se fait
le porte-voix en ce moment, avec en toile de fond, bien
de questionnements. Pourquoi le président Gbagbo,
sur un point aussi capital, a-t-il reculé ?
L’a-t-il fait parce qu’il sait que même
la présence d’un tel représentant
des Nations Unies ne pourra pas changer la donne puisqu’il
a scellé une collaboration solide avec Guillaume
Soro et que l’opposition n’est pas au mieux
de sa forme ?
L’a-t-il fait forcé et contraint parce
que l’ancien président Bédié
et l’ancien premier Ministre Ouattara ont su pousser
leurs pions auprès du Médiateur, de la
France et de la communauté internationale et
qu’il fallait lâcher du lest pour conserver
à la dynamique de paix qu’il a su impulser,
sa force attractive ?
Ces questions restent entières.
La Rédaction