Mise à jour le 10/06/2007
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"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

CAFE/CACAO DE LA GUERRE
LE RAPPORT DE GLOBAL WITNESS QUI EPINGLE AUSSI LE POUVOIR BURKINABE

« Global Witness » vient de publier un rapport sur l’exploitation du café/cacao aux fins d’alimentation du conflit ivoirien et d’enrichissement personnel. Un esprit perfectionniste pourrait reprocher à l’ONG de n’avoir pas suffisamment tenu compte de la situation exceptionnelle créée par le conflit pour permettre d’ apprécier l’échelle des responsabilités incombant respectivement aux autorités légales et à la rébellion dans cette exploitation. En effet, on ne saurait, même si les faits sont constants, mettre sur un même pied d’égalité, autorités légales et rébellion. Partant, on ne peut entreprendre une telle étude à finalité réparatrice en occultant la dimension politique et pénale des faits dénoncés.

Ceci dit, si le rapport fait grand bruit, c’est qu’ il restera comme un effort de réflexion documenté, chiffré, une référence solide pour des investigations.

C’est le cas en ce qui concerne la recherche des preuves au sujet de l’implication du Burkina Faso dans le conflit ivoirien, spécialement par le biais de pillage des richesses de ce pays.

Global Witness a indirectement mis à nu la complicité, et partant la responsabilité, des autorités burkinabé dans le commerce du café/cacao avec les rebelles en violation du blocus et des textes internationaux condamnant le pillage des ressources naturelles.

L’enquête de l’ONG Global Witness confond le pouvoir burkinabé qui a toujours nié ces accusations et donne raison à ceux qui les ont toujours soutenues. En attestent ces révélations à la partie « Exportations de cacao depuis la zone contrôlée par les FN » en page 39 et suivantes.

« Des preuves rassemblées par Global Witness indiquent que la majeure partie du cacao ivoirien, à savoir au moins 77 500 tonnes par an, qui provient de la zone FN est transportée jusqu’au Burkina Faso, et de là, au Togo…. .

La majeure partie du cacao transporté depuis la zone FN jusqu’au Burkina Faso est tout d’abord conditionnée à Bobo-Dioulasso, dans le sud du Burkina Faso, avant d’être acheminé par route directement jusqu’au port de Lomé. Une parti du cacao ivoirien transite par le Burkina Faso avant d’atteindre le Togo sans avoir été conditionnée. A Bobo-Dioulasso, les enquêteurs de Global Witnesse ont vu du cacao être déchargé de camions ivoiriens et burkinabé, puis chargé à bord de camions en majorité togolais, dans la « cour de transit
», l’un des cinq ou six endroits servant au déchargement du cacao. Il est ensuite envoyé à Lomé en vue d’y être conditionné, avant d’être exporté hors d’Afrique.

Depuis le blocus imposé sur le cacao, plusieurs usines de conditionnement ont été établies dans des entrepôts de Bobo-Dioulasso. Les enquêteurs de Global Witness ont découvert qu’il existait au moins deux usines de conditionnement (l’une d’entre elles étant mécanisée) à Bobo-Dioulasso en juin 2006 e en ont visité une. Un troisième entrepôt a fermé en 2005 en raison du coût élevé des transactions dans la filière cacao
».

L’ONG expliquera plus loin, ceci :

«Les enquêteurs de Global Witness se sont rendus dans le deuxième entrepôt, qui ne contenait aucune machine, et qui apparemment fonctionnait depuis au moins deux ans. D’après les informations recueillies sur le nombre de camions (environ 300, selon les estimations) qui se sont rendus à l’entrepôt entre octobre 2005 et mars 2006, Global Witness estime qu’en 2005/06, entre 10 500 et 12 000 tonnes de cacao ont été traitées par parfois jusqu’à 100 femmes dans cette usine. Global Witness a appris que le cacao venait de Man et de Vavoua. Du cacao dans des sacs brousse marqués « FDPCC » ou « Tropical » trouvés dans l’entrepôt indique que la marchandise provenait de Côte d’Ivoire. Une fois conditionnées, les fèves de cacao étaient mises dans des sacs n’indiquant ni le nom de la société ni leur origine, pour ensuite être envoyées vers Lomé».

D’autres aspects essentiels de ce commerce, et pas négligeables, sont également relevés par l’ONG.

« Au Burkina Faso, le commerce du cacao est également caractérisé par un manque de transparence. Ce pays ne produit pas de cacao, par conséquent ce commerce repose sur l’importation et la réexportation de cacao en provenance d’autres pays. Cependant, le gouvernement burkinabé ne fournit pas de statistiques relatives à l’importation et à la réexportation de cacao…..(….) … Bizarrement, cependant en 2004, le Burkina Faso a déclaré avoir exporté 11 750 tonnes de ce qui a de fortes chances d’être du cacao ivoirien, la majeure partie ayant été destinée à être réexpédiée vers la Côte d’Ivoire. Global Witness n’a pas pu obtenir d’explications sur cette déclaration. Si le cacao conditionné au Burkina Faso retournait effectivement à Abidjan, des taxes devaient être versées au gouvernement et aux organisations ivoiriennes de la filière cacao. Une telle opération ne serait pas rentable. Des informations émanant de sources locales, confirmées par les chiffres relatifs à l’exportation et à la réexportation de cacao depuis le Togo indiquent que la majeure partie des quantités importantes de cacao ivoirien qui transitent par le Burkina Faso est destinée au Togo et non à la Côte d’Ivoire ».

Voilà donc un rapport pour le moins explosif. C’est vrai que déjà, une certaine défense est en œuvre qui tente de minimiser l’impact du travail de Global Witness sur ce point, en soutenant qu’il n’y a rien de répréhensible pour le Burkina Faso, à voir transiter sur son territoire des produits venant de la Côte d’Ivoire, les deux pays étant membres de l’espace UEMOA où il y a la libre circulation des personnes, des biens, des capitaux. Mais il faut souligner que si cela est vrai, il est tout aussi vrai qu’il existe des textes qui considèrent comme un crime relevant des tribunaux internationaux le pillage des ressources d’un autre pays, qu’en l’espèce, ce café et ce cacao qui transitent par le Burkina Faso ne résultent pas de rapports normaux entre deux Etats mais d’une situation de rupture de légalité amenant l’Etat du Burkina Faso à commercer avec une rébellion. Il y a même mieux : le conseil de Sécurité des nations Unies a décidé d’un blocus sur le cacao et l’Accord de Ouagadougou a conséquemment exclu de toute amnistie les infractions liées au pillage des ressources nationales.

Enfin, on ne peut pas aller en guerre contre les diamants du sang et ne pas le faire pour le café et le cacao du sang. C’est une question de cohérence, de justice, encore et surtout qu’en ne mentionnant pas dans les comptes publics les traces de ce commerce, sinon de façon elliptique et brumeuse, le pouvoir fait plutôt aveu de culpabilité.

La Rédaction






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