CAFE/CACAO
DE LA GUERRE
LE RAPPORT DE GLOBAL WITNESS QUI EPINGLE AUSSI LE POUVOIR
BURKINABE
«
Global Witness » vient de publier un rapport sur
l’exploitation du café/cacao aux fins d’alimentation
du conflit ivoirien et d’enrichissement personnel.
Un esprit perfectionniste pourrait reprocher à
l’ONG de n’avoir pas suffisamment tenu compte
de la situation exceptionnelle créée par
le conflit pour permettre d’ apprécier
l’échelle des responsabilités incombant
respectivement aux autorités légales et
à la rébellion dans cette exploitation.
En effet, on ne saurait, même si les faits sont
constants, mettre sur un même pied d’égalité,
autorités légales et rébellion.
Partant, on ne peut entreprendre une telle étude
à finalité réparatrice en occultant
la dimension politique et pénale des faits dénoncés.
Ceci dit, si le rapport fait grand bruit, c’est
qu’ il restera comme un effort de réflexion
documenté, chiffré, une référence
solide pour des investigations.
C’est le cas en ce qui concerne la recherche des
preuves au sujet de l’implication du Burkina Faso
dans le conflit ivoirien, spécialement par le
biais de pillage des richesses de ce pays.
Global Witness a indirectement mis à nu la complicité,
et partant la responsabilité, des autorités
burkinabé dans le commerce du café/cacao
avec les rebelles en violation du blocus et des textes
internationaux condamnant le pillage des ressources
naturelles.
L’enquête de l’ONG Global Witness
confond le pouvoir burkinabé qui a toujours nié
ces accusations et donne raison à ceux qui les
ont toujours soutenues. En attestent ces révélations
à la partie « Exportations de cacao
depuis la zone contrôlée par les FN
» en page 39 et suivantes.
« Des preuves rassemblées par Global
Witness indiquent que la majeure partie du cacao ivoirien,
à savoir au moins 77 500 tonnes par an, qui provient
de la zone FN est transportée jusqu’au
Burkina Faso, et de là, au Togo…. .
La majeure partie du cacao transporté depuis
la zone FN jusqu’au Burkina Faso est tout d’abord
conditionnée à Bobo-Dioulasso, dans le
sud du Burkina Faso, avant d’être acheminé
par route directement jusqu’au port de Lomé.
Une parti du cacao ivoirien transite par le Burkina
Faso avant d’atteindre le Togo sans avoir été
conditionnée. A Bobo-Dioulasso, les enquêteurs
de Global Witnesse ont vu du cacao être déchargé
de camions ivoiriens et burkinabé, puis chargé
à bord de camions en majorité togolais,
dans la « cour de transit », l’un
des cinq ou six endroits servant au déchargement
du cacao. Il est ensuite envoyé à Lomé
en vue d’y être conditionné, avant
d’être exporté hors d’Afrique.
Depuis le blocus imposé sur le cacao, plusieurs
usines de conditionnement ont été établies
dans des entrepôts de Bobo-Dioulasso. Les enquêteurs
de Global Witness ont découvert qu’il existait
au moins deux usines de conditionnement (l’une
d’entre elles étant mécanisée)
à Bobo-Dioulasso en juin 2006 e en ont visité
une. Un troisième entrepôt a fermé
en 2005 en raison du coût élevé
des transactions dans la filière cacao ».
L’ONG
expliquera plus loin, ceci :
«Les
enquêteurs de Global Witness se sont rendus dans
le deuxième entrepôt, qui ne contenait
aucune machine, et qui apparemment fonctionnait depuis
au moins deux ans. D’après les informations
recueillies sur le nombre de camions (environ 300, selon
les estimations) qui se sont rendus à l’entrepôt
entre octobre 2005 et mars 2006, Global Witness estime
qu’en 2005/06, entre 10 500 et 12 000 tonnes de
cacao ont été traitées par parfois
jusqu’à 100 femmes dans cette usine. Global
Witness a appris que le cacao venait de Man et de Vavoua.
Du cacao dans des sacs brousse marqués «
FDPCC » ou « Tropical » trouvés
dans l’entrepôt indique que la marchandise
provenait de Côte d’Ivoire. Une fois conditionnées,
les fèves de cacao étaient mises dans
des sacs n’indiquant ni le nom de la société
ni leur origine, pour ensuite être envoyées
vers Lomé».
D’autres
aspects essentiels de ce commerce, et pas négligeables,
sont également relevés par l’ONG.
«
Au Burkina Faso, le commerce du cacao est également
caractérisé par un manque de transparence.
Ce pays ne produit pas de cacao, par conséquent
ce commerce repose sur l’importation et la réexportation
de cacao en provenance d’autres pays. Cependant,
le gouvernement burkinabé ne fournit pas de statistiques
relatives à l’importation et à la
réexportation de cacao…..(….) …
Bizarrement, cependant en 2004, le Burkina Faso a déclaré
avoir exporté 11 750 tonnes de ce qui a de fortes
chances d’être du cacao ivoirien, la majeure
partie ayant été destinée à
être réexpédiée vers la Côte
d’Ivoire. Global Witness n’a pas pu obtenir
d’explications sur cette déclaration. Si
le cacao conditionné au Burkina Faso retournait
effectivement à Abidjan, des taxes devaient être
versées au gouvernement et aux organisations
ivoiriennes de la filière cacao. Une telle opération
ne serait pas rentable. Des informations émanant
de sources locales, confirmées par les chiffres
relatifs à l’exportation et à la
réexportation de cacao depuis le Togo indiquent
que la majeure partie des quantités importantes
de cacao ivoirien qui transitent par le Burkina Faso
est destinée au Togo et non à la Côte
d’Ivoire ».
Voilà
donc un rapport pour le moins explosif. C’est
vrai que déjà, une certaine défense
est en œuvre qui tente de minimiser l’impact
du travail de Global Witness sur ce point, en soutenant
qu’il n’y a rien de répréhensible
pour le Burkina Faso, à voir transiter sur son
territoire des produits venant de la Côte d’Ivoire,
les deux pays étant membres de l’espace
UEMOA où il y a la libre circulation des personnes,
des biens, des capitaux. Mais il faut souligner que
si cela est vrai, il est tout aussi vrai qu’il
existe des textes qui considèrent comme un crime
relevant des tribunaux internationaux le pillage des
ressources d’un autre pays, qu’en l’espèce,
ce café et ce cacao qui transitent par le Burkina
Faso ne résultent pas de rapports normaux entre
deux Etats mais d’une situation de rupture de
légalité amenant l’Etat du Burkina
Faso à commercer avec une rébellion. Il
y a même mieux : le conseil de Sécurité
des nations Unies a décidé d’un
blocus sur le cacao et l’Accord de Ouagadougou
a conséquemment exclu de toute amnistie les infractions
liées au pillage des ressources nationales.
Enfin, on ne peut pas aller en guerre contre les diamants
du sang et ne pas le faire pour le café et le
cacao du sang. C’est une question de cohérence,
de justice, encore et surtout qu’en ne mentionnant
pas dans les comptes publics les traces de ce commerce,
sinon de façon elliptique et brumeuse, le pouvoir
fait plutôt aveu de culpabilité.
La Rédaction