Mise à jour le 10/06/2007
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San Finna N°417 du 11 au 17 Juin 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

A vue de monde

TOURNEE AFRICAINE DE KOUCHNER
QUE FAUT-IL EN ATTENDRE ?

Si en France, Nicolas Sarkozy après son élection, n’a pas perdu de temps pour mettre en musique sa rupture, il faut reconnaître que ce n’est pas le cas en ce qui concerne l’Afrique pour laquelle il s’était également engagé à la composer. C’est vrai qu’il y a eu l’épisode de Sirleaf reçue avant Bongo et du « doyen » privé de bises sur le perron de l’Elysée, mais cela est bien maigre, trop subtil pour le commun des Africains, qui attendent aussi des manifestations visibles et convaincantes.

La visite de Bernard Kouchner à cet égard, a été naturellement pressentie comme l’occasion devant nous situer sur cette rupture dans la politique africaine de la France.

Au Burkina Faso, on chantait devant la perspective qu’il nous gratifie d’une petite halte en partance pour N’Djamena. Une escale même furtive, en cette période où l’on parle de recadrer les amitiés africaines, aurait été sans prix. Mais Bernard Kouchner avait apparemment décidé de se contenter de trois étapes : Bamako, N’Djamena et Khartoum, avec des objectifs bien précis.

A Bamako, officiellement, sa visite était destinée à représenter la France à la prestation de serment du président Amani Toumani Touré. Il en a profité pour accorder des audiences très brèves à une pléiade de chefs d’Etat et de gouvernement (François Bozizé, Blaise Compaoré, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Guillaume Soro..).

Ca n’a rien qui puisse nous édifier par rapport aux ruptures promises. Peut-être que dans les coulisses, Kouchner a fait montre de ce franc-parler propre à Nicolas Sarkozy, et rappelé son attachement personnel aux droits de l’homme et à la démocratie, mais en tout cas, l’opinion africaine n’aura pas eu droit, comme l’opinion française, à des gages de respect des engagements pris sur la rupture sinon par celle relative à l’immigration. Ca au moins, même avec beaucoup de tact, ça a été dit. Pour le reste, tintin ! On devra se contenter d’une très fugitive référence à la démocratie, aux droits de l’homme, au Discours de la Baule mais sans engagement à en être les défenseurs zélés pour recentrer la démocratie qui connaît des sorties de route inquiétantes en Afrique.

A N’Djamena où il s’est envolé par la suite, le décor était déjà planté. Il s’agissait de trouver un succédané à ce projet de corridor humanitaire qui a fait un « flop ». Il ne fallait pas, par conséquent, s’attendre à ce qu’il aille mettre les pieds dans le plat en faisant la leçon des droits de l’homme et de la démocratie à un Idriss Déby qu’il a pour mission de convaincre d’accepter le déploiement d’une force dans l’Est du Tchad. C’est ce nouvel objectif qui est sur la table et qui est destiné à protéger les populations déplacées par les violences transfrontalières liées au conflit du Darfour.

Il fera d’autant moins d’impairs que pour s’être trop avancé sur les corridors humanitaires, un nouvel échec pourrait lui coûter bonbon après les élections législatives.

C’est dire qu’il ne fallait pas s’attendre à un discours de N’Djamena qui étanche la soif des opinions africaines par rapport aux changements promis dans la politique africaine de la France, et Bernard Kouchner pourra dire qu’il a bien joué puisque Idriss Déby a accepté le principe de cette force dans l’Est du Tchad.

A Khartoum, il marchera encore plus sur des œufs car le Darfour est un sujet sensible au plan international, et de grandes puissances s’y activent , pas tellement pour les tristes yeux des populations massacrées par les Djandjawids mais surtout pour l’approvisionnement en énergie qu’il faut préserver. Kouchner s’efforcera de déblayer le terrain pour la mission hybride ONU/Union africaine, que les autorités soudanaises regardent toujours d’un mauvais œil. Le ministre réserve certainement à cette étape tous ses grands talents de persuasion car son président Sarkozy a déjà annoncé qu’il organiserait le 25 juin à Paris une conférence ministérielle internationale avec les pays les plus impliqués dans cette crise, dont la Chine pour voir ensemble comment trouver les moyens de sécuriser l’aide humanitaire et d’avancer vers la voie d’un règlement politique. Pour le succès de cette initiative, qui peut aider à creuser le sillon de Sarkozy au plan international, il n’ira pas se fendre de discours sur la rupture, surtout que le Soudan ne fait pas partie du pré carré et que les autorités soudanaises ont particulièrement la susceptibilité à fleur de peau.

Manifestement, le souci ici de la diplomatie française, ce n’est pas la politique africaine de la France ; il faudra donc attendre des jours meilleurs pour voir si la rupture va émigrer ou si elle va se cantonner aux frontières de l’Hexagone.

VT

 





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