San
Finna N°416 du
04 au 10 Juin 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
ENTRETIEN
AVEC LE SYNDICAT DES AGENTS DU TRESOR BURKINABE (SATB)
Lorsque
la rumeur a couru, on l’a mise au compte des cancans
et autres bruits de cabaret dont est souvent coutumier,
Ouagadougou. Des forces de l’ordre investissant
le Trésor pour tabasser des syndicalistes qui envisagent
un sit-in pacifique, non, ça semblait un peu gros.
Mais, incroyable mais vrai, la persistance des bruits
répercutés par les journaux finira par confirmer
qu’effectivement, l’incroyable s’est
produit.
Depuis, des questions fusent de partout par rapport aux
condamnations à venir des milieux syndicaux et
politiques mais aussi et surtout par rapport à
la solidarité qui, dans ce cas, est le seul gage
de dissuasion contre l’escalade de l’arbitraire.
En attendant la suite, nous avons pu obtenir la réaction
édifiante de Mr Jérémie Sawadogo,
Secrétaire général adjoint du Syndicat
des Agents du Trésor du Burkina.
San Finna : Pouvez-vous nous présenter
le Syndicat des agents du Trésor du Burkina ?
Jérémie
Sawadogo, Secrétaire général adjoint
: Le
Syndicat des agents du Trésor du Burkina est un
vieux syndicat, vieux d’au moins 30 ans, mais en
2001, les pressions, les menaces et les intimidations
du Directeur général du Trésor et
de la Comptabilité publique ont mis le SATB dans
un coma profond.
A l’époque, les membres du syndicat ont même
été contraints de remettre leur récépissé
au Ministère de l’administration territoriale
et de la décentralisation, MATD.
En juillet 2006, une crise profonde, liée à
la gestion du Fonds commun (NDLR : primes d’encouragement
attribuées aux agents chaque janvier et chaque
juillet) survînt. En effet, une catégorie
de personnel appelée vacataires, dont le recrutement
n’obéit à aucune règle, se
voit bénéficiaire de ces fonds au même
titre que les fonctionnaires du Trésor. Ces personnes,
recrutées depuis 1998 (ils sont environ 177) se
sont battues à l’époque pour avoir
une régularisation de leur situation, ce qui fut
fait au niveau des avantages salariaux. Ils bénéficient
des mêmes avantages sans avoir fait le circuit normal.
La conséquence, c’est qu’ils se trouvent
donc aujourd’hui privilégiés par rapport
aux fonctionnaires du Trésor qualifiés pour
occuper les emplois spécifiques du Ministère
des finances et du budget.
Le 2 août 2006, de façon spontanée,
les agents du Trésor public, dans tout le Burkina,
ont manifesté leur réprobation. Le Directeur
général, par fax, promit à ce moment,
de tenir compte des revendications pour le partage du
fonds commun de janvier 2007. D’ailleurs, c’est
ce qui a expliqué la renaissance du SATB après
un conseil syndical le 19 août 2006.
Aujourd’hui, le SATB se trouve représenté
dans 17 sections sur toute l’étendue du territoire.
San
Finna : Qu’en est-il de la crise actuelle ?
Jérémie Sawadogo : Dès la
réception de notre récépissé,
le 24 octobre 2006, nous avions déposé une
plateforme minimale à la Direction générale.
En résumé, on demandait la relecture des
textes du partage du fonds commun et des primes de rendement,
l’annulation du fonds de stimulation et l’association
du syndicat à toutes les décisions relatives
aux intérêts matériels et moraux des
agents.
Le 9 novembre 2006, sur notre initiative, le Directeur
général nous recevait pour qu’on li
présente le nouveau bureau national et lui transmette
la plateforme minimale dont on souhaitait l’examen
avant le 31/12/2006.
A la date d’échéance et après
deux rappels et même des motivations de nos revendications,
rien n’a été fait.
C’est ainsi que le 6 janvier 2007, le conseil syndical
demandait des actions concrètes, notamment un préavis
de grève d’avertissement et la publication
des conclusions des travaux du conseil dans la presse.
Justement après la publication de ces conclusions,
le Directeur demandait à nous recevoir. En réalité,
c’était pour mesurer notre force de mobilisation
puisqu’il nous demanda deux délégués
par section. Nous vînmes avec tous les délégués
et le DG mesura notre détermination, ce qui l’amena
à nous demander de proposer une solution minimale
pour le partage qui devait avoir lieu en fin janvier.
Nous proposâmes donc de donner un forfait de 50
% aux vacataires.
La surprise fut grande le 19 janvier : le DG convoquait
son conseil de direction, qui est un outil de pilotage
de la Direction générale, dans lequel chaque
service devait envoyer un agent de chaque direction :
c’est l’exemple du député qui
se fait accompagner par son électeur à l’Assemblée.
Nous n’étions pas d’accord et nous
refusâmes de participer. Pour nous, il s’agissait
de vider le syndicat de tout son sens.
Depuis, des tentatives de rapprochement ont eu lieu. C’est
l’exemple de l’initiative d’harmonisation
des conditions et modalités des fonds communs dans
les 3 grandes directions générales du Ministère
des finances et du budget (DGTCP, DG Impôts, DG
Douanes) et le Building qui regroupe plusieurs directions
centrales. Mais celle-ci n’aboutit pas, tous les
syndicats du ministère ayant refusé cette
harmonisation parce que le problème du fonds commun
ne se pose qu’au Trésor et c’est là-bas
qu’il fallait résoudre la question.
San
Finna : A l’heure d’aujourd’hui, où
en êtes-vous ?
Jérémie Sawadogo : Notre détermination
nous a valu la colère du DG. Ca s’est matérialisé,
notamment le 28 mai, par des affectations arbitraires
de 45 militants et délégués du SATB.
Comme si ça ne suffisait pas, le 31 mai passé,
37 autres furent affectés, et depuis ce jour, la
Direction générale du Trésor ressemble
à un camp des CRS.
Le 1er juin, nous envisagions un sit-in sur place au Trésor
; nous avons été surpris par le renforcement
des troupes en tenue de combat comme si les agents du
Trésor étaient des bandits de grand chemin.
La répression ne tarda pas : gaz lacrymogènes,
bastonnades, chasses à l’homme.., dans les
couloirs de la Direction Générale du Trésor.
Ca ne nous surprend pas : comme nous l’avions dit
dans notre lettre adressée au Ministre, il s’agit
là de la vraie image de l’homme qui dirige
avec mépris le Trésor depuis 14 ans.
San
Finna : Qu’est-ce qui va se passer, d’après
vous ?
Jérémie Sawadogo : Nous avons décidé
de continuer la lutte, notamment par les sit-in. Notre
détermination va crescendo et nous lançons
un appel à tous les Inspecteurs du Trésor,
qui travaillent sous surveillance policière, car
la lutte les concerne également. Vivement qu’ils
nous rejoignent !