Mise à jour le 03/06/2007
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San Finna N°416 du 04 au 10 Juin 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

LES NIGERIENS VIENNENT D’HONORER LEUR DEMOCRATIE
EN CHUTANT LEUR GOUVERNEMENT
ET LES AFRICAINS EN BAVENT D’ENVIE !

Qu’est-ce qui se passe au Niger ? C’est tout simplement l’impossible, pourrait-on dire, qui vient de s’y réaliser : sur l’initiative de députés de l’opposition, qui sont 25 à l’Assemblée sur 113 députés, un gouvernement bénéficiant en principe d’une large majorité parlementaire, a chuté.

C’est un « remake » à la nigérienne de David et Goliath, qui fait d’autant plus la Une des médias qu’il s’agit d’un pays africain, de cette partie du monde où, à la grande satisfaction des dictateurs et de leurs soutiens extérieurs, on a répandu l’idée que la démocratie y était incompatible avec les mœurs des peuples, qu’elle n’était pas inscrite dans leurs gènes, l’idée finalement que les Africains avaient bien plus besoin de pain que de liberté.

Mais comment les Nigériens ont-ils battu tout cela en brèche en réalisant une telle prouesse et quelles en seront les suites ?

Ils l’ont réussi parce que, tout simplement, toutes tendances confondues, ils n’ont pas fait l’option de la démocratie avec des arrière-pensées et qu’ils se l’ont appropriée. C’est pourquoi, au sein du Parlement, on a pu voir des députés de la majorité se désolidariser du gouvernement pour rejoindre l’opposition et voter la motion de censure.

Ainsi donc, si 51 élus ont voté contre cette motion, 62 voix ont voté pour, sanctionnant le gouvernement sur les obstacles à la manifestation de la vérité au sujet de la question de gestion des affaires publiques marquée par la corruption que drainait l’affaire du MEBA. Double prouesse en vérité. Eh oui, non seulement les Africains peuvent réagir contre le cancer de la corruption mais ils peuvent le faire sans passer par des coups d’Etat, par la violence mais en faisant jouer les mécanismes de pondération et de réparation politiques et constitutionnels.

Voilà donc qui fait rêver car à travers tout le continent, ce sont quasiment des gouvernants du même type, vissés sur des majorités parlementaires fortes, qui font la pluie et le beau temps, aspirant à l’éternité dans l’incivisme démocratique et républicain le plus total. Si au Niger, des femmes et des hommes ont pu porter des coups à cette armature, beaucoup d’autres pays pourraient s’en inspirer pour le plus grand bien de leurs peuples.

Mais que vont-ils maintenant faire de leur victoire, ces sacrés Nigériens ? C’est la question que tout le monde se pose au Niger et ailleurs. L’ex premier Ministre sera-t-il entraîné dans des suites pénales pour permettre la manifestation de la vérité ?

Le gouvernement, qui, tout en voyant venir sa chute s’est démené comme un beau diable pour l’empêche, annonce qu’il acceptera la décision parce qu’il est soumis à la démocratie. "Une majorité, quand elle manque d'âme, ne peut que s'effondrer ", vient de reconnaître le premier Ministre démis, Hama Amadou.

La parole revient alors au Président Mamadou Tanja. Prendra-t-il acte de la démission du gouvernement pour nommer un nouveau premier Ministre et mettre en selle une nouvelle équipe gouvernementale ? C’est dans ce sens que Mahamoudou Issoufou, leader de l’opposition, l’invite, avec un triomphe que l’on a remarqué modeste. En effet, dès le lendemain de la motion, il a demandé au chef de l’Etat de nommer un premier Ministre crédible, ayant à cœur de lutter contre la pauvreté et de mettre un terme à la corruption.

Cependant, le président peut aussi trouver inacceptable cette « gifle » et procéder à la dissolution de l’Assemblée pour tenter de garder sinon la main, son équipe dirigeante. Mais des élections, ça coûte cher et le président pourrait être pris à son propre piège car s’il n’obtenait pas une majorité parlementaire au terme d’élections reprises, il serait obligé soit de se soumettre, bref accepter donc la deuxième « gifle » ou se démettre, c’est-à-dire démissionner pour permettre l’organisation d’élections présidentielles. L’histoire abonde d’exemples de ce genre dans les pays de démocratie vraie.

Il est toutefois un autre cas de figure qui est avancé. Ce qui vient de se passer, disent certains, ne serait, ni plus ni moins qu’ une guerre de succession mais qui ne concernerait pas directement le président Tanja puisqu’il termine un deuxième mandat au terme duquel il ne peut plus se représenter. C’est plutôt vers le chef de file de l’opposition que les regards se tournent. En effet, on parle beaucoup de son activisme concluant tout au long de ces mois au sujet de cette affaire du MEBA, comme faisant de lui le premier bénéficiaire en terme de cote d’amour, au niveau populaire, pour les élections à venir de 2009. Mais attention, il ne faut pas oublier aussi le rôle que Mahama Ousmane a joué, avec ses 33 députés de la mouvance présidentielle. Si ces derniers n’avaient pas rompu leur serment de fidélité au gouvernement, celui-ci ne serait pas tombé. Alors, lui aussi, a certainement ses propres calculs en prévision des échéances futures.

Mais il en est qui suggèrent de ne pas écarter le président Tanja qui pourrait ne pas être totalement étranger à ce qui se passe, surtout qu’à ce qu’on dit, il y aurait de l’eau dans le gaz dans ses relations avec son premier Ministre. D’ici qu’il ait voulu, parce que ce dernier est usé ou compromis (ou pour ménager ses arrières) faire comme Olosegun Obasanjo et préparer un autre dauphin, c’est pas loin.

En tout cas, on retiendra surtout que tout se joue en finesse, dans le respect des normes républicaines, dans une atmosphère de responsabilité qui captive les Nigériens et les Africains. Chapeau bas donc pour les Nigériens qui ont suivi passionnément ce bras de fer. Ils ont ainsi montré que des techniques comme la motion de censure, l’interpellation du gouvernement, la dissolution de l’Assemblée… , n’étaient pas des pratiques au-dessus de leur latin, que leur démocratie est bel et bien vivante. Et ils ont témoigné du même coup pour toute l’Afrique qu’il n’y a pas incompatibilité entre démocratie et Afrique. Mais ce n’est pas la première fois que ce pays, véritable laboratoire qui nous a gratifié de la première cohabitation en Afrique, étonne.

 

La Rédaction



Hama Hamadou
AU MOMENT DE BOUCLER, LE PRESIDENT TANJA VIENT DE NOMMER COMME PREMIER MINISTRE, SEYNI OUMAROU, ANCIEN MINISTRE DE L’EQUIPEMENT DU GOUVERNEMENT RENVERSE DE HAMA HAMADOU

Seyni Oumarou





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