LES
NIGERIENS VIENNENT D’HONORER LEUR DEMOCRATIE
EN CHUTANT LEUR GOUVERNEMENT
ET LES AFRICAINS EN BAVENT D’ENVIE !
Qu’est-ce
qui se passe au Niger ? C’est tout simplement
l’impossible, pourrait-on dire, qui vient de s’y
réaliser : sur l’initiative de députés
de l’opposition, qui sont 25 à l’Assemblée
sur 113 députés, un gouvernement bénéficiant
en principe d’une large majorité parlementaire,
a chuté.
C’est un « remake » à la nigérienne
de David et Goliath, qui fait d’autant plus la
Une des médias qu’il s’agit d’un
pays africain, de cette partie du monde où, à
la grande satisfaction des dictateurs et de leurs soutiens
extérieurs, on a répandu l’idée
que la démocratie y était incompatible
avec les mœurs des peuples, qu’elle n’était
pas inscrite dans leurs gènes, l’idée
finalement que les Africains avaient bien plus besoin
de pain que de liberté.
Mais comment les Nigériens ont-ils battu tout
cela en brèche en réalisant une telle
prouesse et quelles en seront les suites ?
Ils l’ont réussi parce que, tout simplement,
toutes tendances confondues, ils n’ont pas fait
l’option de la démocratie avec des arrière-pensées
et qu’ils se l’ont appropriée. C’est
pourquoi, au sein du Parlement, on a pu voir des députés
de la majorité se désolidariser du gouvernement
pour rejoindre l’opposition et voter la motion
de censure.
Ainsi donc, si 51 élus ont voté contre
cette motion, 62 voix ont voté pour, sanctionnant
le gouvernement sur les obstacles à la manifestation
de la vérité au sujet de la question de
gestion des affaires publiques marquée par la
corruption que drainait l’affaire du MEBA. Double
prouesse en vérité. Eh oui, non seulement
les Africains peuvent réagir contre le cancer
de la corruption mais ils peuvent le faire sans passer
par des coups d’Etat, par la violence mais en
faisant jouer les mécanismes de pondération
et de réparation politiques et constitutionnels.
Voilà donc qui fait rêver car à
travers tout le continent, ce sont quasiment des gouvernants
du même type, vissés sur des majorités
parlementaires fortes, qui font la pluie et le beau
temps, aspirant à l’éternité
dans l’incivisme démocratique et républicain
le plus total. Si au Niger, des femmes et des hommes
ont pu porter des coups à cette armature, beaucoup
d’autres pays pourraient s’en inspirer pour
le plus grand bien de leurs peuples.
Mais que vont-ils maintenant faire de leur victoire,
ces sacrés Nigériens ? C’est la
question que tout le monde se pose au Niger et ailleurs.
L’ex premier Ministre sera-t-il entraîné
dans des suites pénales pour permettre la manifestation
de la vérité ?
Le gouvernement, qui, tout en voyant venir sa chute
s’est démené comme un beau diable
pour l’empêche, annonce qu’il acceptera
la décision parce qu’il est soumis à
la démocratie. "Une majorité, quand
elle manque d'âme, ne peut que s'effondrer ",
vient de reconnaître le premier Ministre démis,
Hama Amadou.
La parole revient alors au Président Mamadou
Tanja. Prendra-t-il acte de la démission du gouvernement
pour nommer un nouveau premier Ministre et mettre en
selle une nouvelle équipe gouvernementale ? C’est
dans ce sens que Mahamoudou Issoufou, leader de l’opposition,
l’invite, avec un triomphe que l’on a remarqué
modeste. En effet, dès le lendemain de la motion,
il a demandé au chef de l’Etat de nommer
un premier Ministre crédible, ayant à
cœur de lutter contre la pauvreté et de
mettre un terme à la corruption.
Cependant,
le président peut aussi trouver inacceptable
cette « gifle » et procéder à
la dissolution de l’Assemblée pour tenter
de garder sinon la main, son équipe dirigeante.
Mais des élections, ça coûte cher
et le président pourrait être pris à
son propre piège car s’il n’obtenait
pas une majorité parlementaire au terme d’élections
reprises, il serait obligé soit de se soumettre,
bref accepter donc la deuxième « gifle
» ou se démettre, c’est-à-dire
démissionner pour permettre l’organisation
d’élections présidentielles. L’histoire
abonde d’exemples de ce genre dans les pays de
démocratie vraie.
Il est toutefois un autre cas de figure qui est avancé.
Ce qui vient de se passer, disent certains, ne serait,
ni plus ni moins qu’ une guerre de succession
mais qui ne concernerait pas directement le président
Tanja puisqu’il termine un deuxième mandat
au terme duquel il ne peut plus se représenter.
C’est plutôt vers le chef de file de l’opposition
que les regards se tournent. En effet, on parle beaucoup
de son activisme concluant tout au long de ces mois
au sujet de cette affaire du MEBA, comme faisant de
lui le premier bénéficiaire en terme de
cote d’amour, au niveau populaire, pour les élections
à venir de 2009. Mais attention, il ne faut pas
oublier aussi le rôle que Mahama Ousmane a joué,
avec ses 33 députés de la mouvance présidentielle.
Si ces derniers n’avaient pas rompu leur serment
de fidélité au gouvernement, celui-ci
ne serait pas tombé. Alors, lui aussi, a certainement
ses propres calculs en prévision des échéances
futures.
Mais il en est qui suggèrent de ne pas écarter
le président Tanja qui pourrait ne pas être
totalement étranger à ce qui se passe,
surtout qu’à ce qu’on dit, il y aurait
de l’eau dans le gaz dans ses relations avec son
premier Ministre. D’ici qu’il ait voulu,
parce que ce dernier est usé ou compromis (ou
pour ménager ses arrières) faire comme
Olosegun Obasanjo et préparer un autre dauphin,
c’est pas loin.
En tout cas, on retiendra surtout que tout se joue en
finesse, dans le respect des normes républicaines,
dans une atmosphère de responsabilité
qui captive les Nigériens et les Africains. Chapeau
bas donc pour les Nigériens qui ont suivi passionnément
ce bras de fer. Ils ont ainsi montré que des
techniques comme la motion de censure, l’interpellation
du gouvernement, la dissolution de l’Assemblée…
, n’étaient pas des pratiques au-dessus
de leur latin, que leur démocratie est bel et
bien vivante. Et ils ont témoigné du même
coup pour toute l’Afrique qu’il n’y
a pas incompatibilité entre démocratie
et Afrique. Mais ce n’est pas la première
fois que ce pays, véritable laboratoire qui nous
a gratifié de la première cohabitation
en Afrique, étonne.
La Rédaction
Hama
Hamadou |
AU
MOMENT DE BOUCLER, LE PRESIDENT TANJA VIENT DE
NOMMER COMME PREMIER MINISTRE, SEYNI OUMAROU,
ANCIEN MINISTRE DE L’EQUIPEMENT DU GOUVERNEMENT
RENVERSE DE HAMA HAMADOU
|
Seyni
Oumarou |