San
Finna N°416 du
04 au 10 Juin 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
BILLET
LE TRIBUNAL PENAL INTERNATIONAL SUR L’AFFAIRE HARIRI
ET AUTRES
DES RAISONS DE CRAINDRE ET D’ESPERER
Le
Conseil de Sécurité vient de confirmer sa
décision de créer un tribunal pénal
international pour juger l’affaire Rafic Hariri.
Dans la foulée, tenant compte des nombreuses observations,
il a décidé d’étendre les compétences
de cette juridiction aux nombreux autres cas d’assassinat
de personnalités politiques, de journalistes..
, que le Liban a connus. Alors, tout de suite, cela suscite
des commentaires de diverses natures, au-delà même
du Liban où existent deux camps tranchés
: les « pour » et les « contre ».
La première des questions qu’on pourrait
se poser, c’est pourquoi un tribunal pénal
international pour Rafic Hariri car même si on y
a inclus d’autres affaires, on sait bien que c’est
pour lui que le tribunal a été créé.
De fil en aiguille, on en vient à se demander si
ce n’est pas essentiellement à cause des
amitiés très fortes du défunt numéro
un libanais à nombre de personnalités dont
Jacques Chirac. Ce dernier effectivement n’a pas
hésité à s’engager personnellement
et au plus haut niveau, immédiatement après
le drame, pour que ce tribunal soit créé.
La crainte alors ici, c’est qu’on évolue
au plan international vers une justice à deux vitesses
: diligente pour les gros bonnets ayant les bras longs
et flemmarde voire inexistante pour les autres.
On peut aussi demander que cette décision du Conseil
de Sécurité puisse trouver à s’appliquer
pour ces nombreux cas qu’on rencontre dans tous
les continents. Et ils sont légion.
Cependant, il n’y a vraiment pas de quoi décourager
toute décision qui semble faire avancer le droit
pénal international et par conséquent, faire
reculer l’impunité. Rien en droit international
n’interdit la création d’une telle
juridiction. Ce n’est pas pour rien qu’il
existe des tribunaux ad hoc depuis la seconde guerre mondiale
même si la Cour Pénale Internationale, organe
permanent, a été créé.
Ensuite, non seulement la création du tribunal
pénal international sur l’affaire Hariri
a valeur dissuasive mais rien n’interdit que cela
fasse jurisprudence et que demain, on puisse pour des
cas similaires, créer d’autres juridictions
de même nature.
Voilà pourquoi, il vaut mieux prendre cette initiative
du bon côté, et heureusement c’est
le sentiment dominant qu’on ressent, même
si quelque part, ceux et leurs complices qui n’y
ont pas intérêt (parce qu’ils ont des
choses à se reprocher) sont plutôt grincheux
par rapport à cette décision historique.
SK
BILLET
DARFOUR
LES RAISONS D’UN TARDIF INTERET
Le
Soudan est cette partie de l’Afrique où,
pendant longtemps, un drame humanitaire s’est joué
à huis clos. Là-bas, des guerres entre tribus
se déroulaient sans que l’opinion internationale
ne daigne véritablement s’y intéresser.
D’ailleurs, quand on parlait du conflit qui opposait
l’autorité centrale aux Sudistes de John
Garang, on disait « la guerre oubliée ».
C’est tout dire.
Pourtant, ce n’est pas qu’il ne s’y
soit pas accompli des atrocités, que des morts
ne se soient pas comptés par centaines de milliers
voire de millions, mais c’était trop loin,
et puis, il n’y avait pas de quoi allécher
les puissances étrangères.
En RDC, en Angola, au Liberia, en Côte d’Ivoire,
on a parlé très vite de ces atrocités
et ameuté l’opinion des pays occidentaux
parce que, là, il y a du diamant, du café,
du cacao, du pétrole, du bois précieux…
Et puis, tout à coup, on s’est rendu compte
que le Soudan, c’était une éponge
de pétrole et ce fut la ruée internationale
vers le Soudan. Américains, Français, Britanniques,
Chinois.. , se disputent à qui mieux mieux, les
faveurs soit du gouvernement central soit des rebelles.
Les richesses se trouvant en grande partie au Sud, on
en vient même à estimer qu’il est difficile
de gérer un Etat aussi vaste, le plus vaste d’Afrique,
et que, pour couper court à tout (notamment aux
conflits raciaux), il faut évoluer vers la création
d’Etats indépendants sinon vers une fédération.
Mais évidemment, ce qui est surtout mis au devant
des choses maintenant, avec force, c’est le drame
humain, c’est l’horreur, le génocide,
et là, on y va franco.
Diplomates, humanitaires, acteurs, journalistes, chanteurs,
sportifs.., se font la concurrence pour dévoiler
toutes les facettes cachées de ce drame aux opinions
afin de susciter la manifestation de leur compassion.
Mais il ne faut pas se le cacher : tout ça, c’est
pas pour les beaux yeux des Soudanais et principalement
des populations noires qui se font massacrer par les Djandjawids.
C’est parce que chaque puissance pense à
ses intérêts, à ses sources d’approvisionnement
en énergie.