| PARIER
SUR LE PAPRIKA, C’EST PARIER SUR LE DEVELOPPEMENT
Dans
cette ambiance de morosité économique
et sociale due notamment à l’agonie
de la filière cotonnière, le gouvernement
n’a pas tardé à trouver la solution
de rechange avec le paprika et c’est bien
comme cela. Salif Diallo d’ailleurs, a eu
un langage de vérité : il n’a
pas caché que ça va mal pour le coton
et qu’il faut par conséquent se lancer
dans la culture du paprika. C’est franc, direct
! Pourquoi ne pas essayer ? Faudrait-il se lamenter
et se croiser les bras autour de la filière
coton ? Que nenni ! Et nos autorités font
bien de prendre le taureau par les cornes en choisissant
ce secteur qui, il faut le dire, rapporte gros à
l’exportation. En engageant une grande campagne
de sensibilisation et de motivation autour de la
culture du paprika comme culture de rente, et en
en confiant le « marrainage » à
Chantal Compaoré, le pouvoir, à qui
on peut reprocher beaucoup de choses, a eu en tout
cas là une idée géniale. En
effet, le paprika, c’est bien connu, est un
produit très prisé. Selon certaines
études, la demande mondiale est de l’ordre
de 100.000 tonnes de produits frais soit 20.000
tonnes de produit sec par an. Il y a donc de la
place, pourrait-on dire, pour les « papriculteurs
». Ce serait dommage de ne pas tenter la chance
quand on sait que les conditions sont favorables
à la culture du paprika chez nous. Nous avons
aussi notre force de travail, légendaire
et justifiée, et plus encore notre volonté
de réussir. Nous l’avons prouvé
en devenant le premier producteur de coton en Afrique,
quand personne ne s’y attendait. Nous pouvons
encore le prouver en devenant le premier producteur
de paprika sur le continent surtout que la culture
du paprika n’est pas compliquée : ça
pousse quasiment tout seul, et avec très
peu d’eau. Le fait par ailleurs que des sociétés
soient fortement intéressées par le
projet et que des structures comme le Programme
à l’Appui aux filières agro-sylvo-pastorales
(PAFASP) soient disposées à soutenir
financièrement l’idée, constituent
un plaidoyer incontestable sans compter que la marraine
du projet pourra utiliser sa position de choix pour
dynamiser encore plus le secteur et amener le gouvernement
à ne pas relâcher son engagement. Bravo
donc pour ce baume au cœur qui tombe à
point nommé depuis que le désenchantement
règne chez les cotonculteurs.
TOMY.
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FILIERE
PAPRIKA, UN NOUVEAU PETARD MOUILLE
C’est
vrai que l’espoir fait vivre mais on nous
en a tellement donné à consommer dans
le domaine de l’agriculture notamment, qu’il
faut être vraiment naïf pour encore cette
fois gober cette trouvaille du paprika. Que n’a-t-on
pas dit hier sur la gomme arabique, l’anacarde,
sur le coton ? Que n’a-t-on pas engagé
comme moyens pour lancer le pays dans toutes ces
aventures ? Aujourd’hui, nous nous retrouvons
avec la gueule de bois, avec des espérances
déçues, de l’argent «
flambé ». Si ce n’était
que cela ! En accompagnant la culture du coton avec
l’utilisation de pesticides à tout
va et d’OGM, nous avons exposé durablement
notre pays à la pauvreté aggravante,
en affaiblissant la capacité de production
de nos terres. Au lieu de nous atteler à
soigner ces méfaits, de nous donner comme
première priorité, l’indépendance
alimentaire en mettant surtout l’accent sur
les cultures vivrières, voilà qu’on
nous embarque encore avec une autre idée
loufoque : le paprika, dont les Burkinabé
(entre parenthèses) risquent de ne jamais
être consommateurs eu égard à
leurs habitudes de consommation !
Pour sûr, il y en a qui feront des affaires
avec cette nouvelle lubie mais certainement pas
la majorité des Burkinabé. L’idée
est d’autant plus suspecte qu’elle est
déjà lancée avant même
des études scientifiques et de faisabilité
crédibles. Et puis, ne venons-nous pas un
peu tard dans un monde déjà vieux
? La Hongrie, la Bulgarie, l'ex-Yougoslavie, l'Espagne,
le Maroc, des pays l'Afrique australe, le Brésil,
l'Argentine, les Etats-Unis, pour ne citer que ces
pays, sont déjà des producteurs de
paprika. Le Burkina Faso est loin, on le voit, d’être
le seul pays africain à se lancer dans cette
culture. D’ailleurs, la Zambie vient d’entrer
dans ce secteur avec force. Il faut s’attendre
à ce que bien d’autres pays s’engouffrent
dans ce secteur, et bonjour les surproductions avec
pour conséquence chute du prix de vente.
Et quels moyens, quelle technologie avancée
avons-nous pour être plus performant que les
autres ? Ne court-on pas le risque, à ce
niveau, de nous retrouver encore floué comme
avec le coton où les producteurs asiatiques
nous ont damé le pion ? On sait que le Zimbabwe
produit du paprika : avec sa monnaie dévaluée,
sûr que les acheteurs iront acheter le paprika
là-bas plutôt qu’au Faso où
le FCFA est une monnaie forte ! C’est bien
d’être ambitieux mais l’ambition
démesurée conduit bien souvent aux
amères désillusions. Alors, voyons
cette opération pour ce qu’elle est
: une méga opération de « com
» (NDLR : communication) pour endormir les
Burkinabé !
TOSI.
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