Mise à jour le 27/05/2007
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San Finna N°415 du 28 Mai au 03 Juin 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

FAUT-IL CROIRE OU NON A LA NOUVELLE TROUVAILLE DU PAPRIKA ?

Depuis quelques jours, on n’en a plus que pour ce piment doux qu’est le paprika. De grands moyens sont mobilisés pour faire comprendre qu’on a là un filon qui peut aider le pays à sortir de la pauvreté. Si l’idée est accueillie avec enthousiasme par certains Burkinabé qui sont impatients de s’y engager, il en existe aussi qui sont plutôt sceptiques et qui demanderaient plutôt de mettre l’accent sur les cultures vivrières que sur les cultures de rente. Voilà deux sons de cloche autour du paprika qui a trouvé en la première Dame, une marraine zélée.

PARIER SUR LE PAPRIKA, C’EST PARIER SUR LE DEVELOPPEMENT

Dans cette ambiance de morosité économique et sociale due notamment à l’agonie de la filière cotonnière, le gouvernement n’a pas tardé à trouver la solution de rechange avec le paprika et c’est bien comme cela. Salif Diallo d’ailleurs, a eu un langage de vérité : il n’a pas caché que ça va mal pour le coton et qu’il faut par conséquent se lancer dans la culture du paprika. C’est franc, direct ! Pourquoi ne pas essayer ? Faudrait-il se lamenter et se croiser les bras autour de la filière coton ? Que nenni ! Et nos autorités font bien de prendre le taureau par les cornes en choisissant ce secteur qui, il faut le dire, rapporte gros à l’exportation. En engageant une grande campagne de sensibilisation et de motivation autour de la culture du paprika comme culture de rente, et en en confiant le « marrainage » à Chantal Compaoré, le pouvoir, à qui on peut reprocher beaucoup de choses, a eu en tout cas là une idée géniale. En effet, le paprika, c’est bien connu, est un produit très prisé. Selon certaines études, la demande mondiale est de l’ordre de 100.000 tonnes de produits frais soit 20.000 tonnes de produit sec par an. Il y a donc de la place, pourrait-on dire, pour les « papriculteurs ». Ce serait dommage de ne pas tenter la chance quand on sait que les conditions sont favorables à la culture du paprika chez nous. Nous avons aussi notre force de travail, légendaire et justifiée, et plus encore notre volonté de réussir. Nous l’avons prouvé en devenant le premier producteur de coton en Afrique, quand personne ne s’y attendait. Nous pouvons encore le prouver en devenant le premier producteur de paprika sur le continent surtout que la culture du paprika n’est pas compliquée : ça pousse quasiment tout seul, et avec très peu d’eau. Le fait par ailleurs que des sociétés soient fortement intéressées par le projet et que des structures comme le Programme à l’Appui aux filières agro-sylvo-pastorales (PAFASP) soient disposées à soutenir financièrement l’idée, constituent un plaidoyer incontestable sans compter que la marraine du projet pourra utiliser sa position de choix pour dynamiser encore plus le secteur et amener le gouvernement à ne pas relâcher son engagement. Bravo donc pour ce baume au cœur qui tombe à point nommé depuis que le désenchantement règne chez les cotonculteurs.



TOMY.

FILIERE PAPRIKA, UN NOUVEAU PETARD MOUILLE

C’est vrai que l’espoir fait vivre mais on nous en a tellement donné à consommer dans le domaine de l’agriculture notamment, qu’il faut être vraiment naïf pour encore cette fois gober cette trouvaille du paprika. Que n’a-t-on pas dit hier sur la gomme arabique, l’anacarde, sur le coton ? Que n’a-t-on pas engagé comme moyens pour lancer le pays dans toutes ces aventures ? Aujourd’hui, nous nous retrouvons avec la gueule de bois, avec des espérances déçues, de l’argent « flambé ». Si ce n’était que cela ! En accompagnant la culture du coton avec l’utilisation de pesticides à tout va et d’OGM, nous avons exposé durablement notre pays à la pauvreté aggravante, en affaiblissant la capacité de production de nos terres. Au lieu de nous atteler à soigner ces méfaits, de nous donner comme première priorité, l’indépendance alimentaire en mettant surtout l’accent sur les cultures vivrières, voilà qu’on nous embarque encore avec une autre idée loufoque : le paprika, dont les Burkinabé (entre parenthèses) risquent de ne jamais être consommateurs eu égard à leurs habitudes de consommation !
Pour sûr, il y en a qui feront des affaires avec cette nouvelle lubie mais certainement pas la majorité des Burkinabé. L’idée est d’autant plus suspecte qu’elle est déjà lancée avant même des études scientifiques et de faisabilité crédibles. Et puis, ne venons-nous pas un peu tard dans un monde déjà vieux ? La Hongrie, la Bulgarie, l'ex-Yougoslavie, l'Espagne, le Maroc, des pays l'Afrique australe, le Brésil, l'Argentine, les Etats-Unis, pour ne citer que ces pays, sont déjà des producteurs de paprika. Le Burkina Faso est loin, on le voit, d’être le seul pays africain à se lancer dans cette culture. D’ailleurs, la Zambie vient d’entrer dans ce secteur avec force. Il faut s’attendre à ce que bien d’autres pays s’engouffrent dans ce secteur, et bonjour les surproductions avec pour conséquence chute du prix de vente. Et quels moyens, quelle technologie avancée avons-nous pour être plus performant que les autres ? Ne court-on pas le risque, à ce niveau, de nous retrouver encore floué comme avec le coton où les producteurs asiatiques nous ont damé le pion ? On sait que le Zimbabwe produit du paprika : avec sa monnaie dévaluée, sûr que les acheteurs iront acheter le paprika là-bas plutôt qu’au Faso où le FCFA est une monnaie forte ! C’est bien d’être ambitieux mais l’ambition démesurée conduit bien souvent aux amères désillusions. Alors, voyons cette opération pour ce qu’elle est : une méga opération de « com » (NDLR : communication) pour endormir les Burkinabé !

TOSI.

Citation de la semaine

«Si le pouvoir ne veut pas que vous soyez élu, vous ne le serez pas »

Laurent BADO






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