*
On parle beaucoup du prochain premier Ministre. Si certains
pensent que Yonli sera maintenu puisqu’il fait
l’affaire, d’autres pensent que, pour qu’il
y ait un air de changement, on nommera un nouveau premier
Ministre. Mais pourquoi pas une 1ère première
Ministre au Faso ? Il semble qu’on y penserait
puisque dans les couloirs, le nom de Joséphine
Guissou (cette intellectuelle de haut vol appelée
à de hautes fonctions à l’extérieur
depuis des années) est souvent avancé.
Attendons de voir.
* Il est un point sur lequel la rupture du numéro
Un français semble se mouvoir avec plus de subtilité
: c’est celui de la politique africaine de la
France. Peut-être que priorisant les affaires
intérieures et européennes, le président
français nouvellement élu a-t-il laissé
la bride large au changement en interne mais on observe
tout de même que, relativement à la politique
africaine où il a aussi promis de faire souffler
le vent de la rupture, il y va en nuances. On vient
de s’en rendre compte à travers les visites
de Mme Sirleaf et de Bongo. La présidente libérienne,
on l’aura remarqué, qui a été
comme appelée au secours à l’Elysée
le 25 mai dernier (elle dont on n’y avait pas
annoncé la visite), a en quelque sorte brûlé
la politesse au doyen des chefs d’Etat dont les
médias avaient révélé qu’il
serait le premier à être reçu. voilà
qui fait dire non sans raison, qu’on a ainsi voulu
éviter d’impacter l’opinion française
de la mauvaise image donnée d’un nouveau
président ayant promis la rupture par rapport
à une certaine promiscuité avec des chefs
d’Etat africains, recevant le plus illustre représentant
de la Françafrique, Omar Bongo. Si ce n’est
pas une cassure tonitruante, ça présente
en tout cas les signes de quelques changements.
* Toujours sur le même sujet, en recevant le président
gabonais, Sarkozy dont certains n’ont de cesse
de clamer les vieilles relations et l’amitié
solide qui le lie au premier Gabonais, n’a pas
cédé aux embrassades caractéristiques
de l’ère Chirac. Une simple poignée
de mains. Ca n’a l’air de rien mais la mise
au rancart de ces gestes familiers caractéristiques
d’une époque, nous éloigne des mœurs
de la famille françafricaine. Ca n’a pas
échappé aux journalistes qui ont naturellement
cherché à savoir si d’abord le président
n’avait pas été quelque peu choqué
d’être reçu en seconde position et
ensuite qu’est-ce qu’ils ont bien pu se
dire, lui et son homologue au cours de leur entretien,
plutôt bref et sans suite de collation. Omar Bongo,
quoi qu’il se soit employé avec son ton
désinvolte bien connu à minimiser la seconde
position qui lui a été réservée,
n’a visiblement pas « assuré ».
Ce marquage des nouvelles frontières en off et
en mondiovision était difficile à avaler
par un homme qui prend au sérieux sa doyenneté
et qui, en bon Africain, a plutôt la fierté
à fleur de peau. En répondant par ailleurs,
au sujet de leur entretien, que « toute vérité
n’est pas bonne à dire », il n’a
pas arrangé les choses car on peut penser qu’il
a pu, en tant que doyen, être investi de la mission
d’expliquer à ses pairs que les choses
vont changer, qu’il en a entendu des vertes et
des pas mûres à huis clos. Il faut dire
qu’arrivé en France au moment où
Survie et d’autres associations sont sur le dos
de chefs d’Etat africains (dont lui-même),
et alors que Eva Joly, ex-juge d'instruction de l'affaire
Elf, regrette publiquement que Sarkozy le reçoive
aussi officiellement, les choses étaient d’autant
plus mal barrées pour lui. Affaire à suivre
comme on dit..
* Un lecteur bien intentionné, voulant nous éviter
des erreurs répétitives sur l’utilisation
d’une expression, nous a aimablement fait savoir
que l’on n’écrit pas « deux
poids, deux mesures » comme nous aimons souvent
le faire mais plutôt « un poids, deux mesures
». Nous avons apprécié le geste
mais par curiosité, avons consulté le
petit Larousse illustré 2005 qui, en sa 836 ème
page, explique bien que « juger différemment
selon la situation, la diversité des intérêts,
c’est avoir deux poids, deux mesures ».
Comme quoi, on peut vouloir bien faire mais se tromper.
Merci quand même et n’hésitez pas
à nous faire part de vos remarques.
* Il y en a qui, parce qu’ils voient court, ne
comprennent pas pourquoi le président de l’UNDD
s’est classé en 15ème position sur
la liste nationale et pourquoi il n’a pas voté
le 6 mai dernier. A l’UNDD, on n’en parle
pas trop mais de ceux qui comprennent et qui non contents
de faire comme s’ils ne comprenaient pas, s’activent
à faire en sorte que ceux qui voient court ne
voient pas loin, le parti n’est pas avare de railleries.
En tout cas, ce n’est pas à Bendre que
l’on collera l’image de manipulateur sur
cette question, lui qui a eu un regard lucide et médiatiquement
sain, à travers ces propos : « …
Nos partis politiques devraient (…) penser au
moins dans l’avenir à recruter des consultants-conseillers
en stratégie politique, vu que c’est la
dernière des choses qu’ils maîtrisent.
A part Herman Yaméogo de l’UNDD qui vient
de donner une leçon politique au CDP. Tout a
été planifié au CDP pour qu’il
ne passe pas à l’Assemblée. Certains
ambassadeurs sont revenus à cette fin, mobiliser
toutes les ressources pour lui barrer la route de l’hémicycle
à partir de son fief de Koudougou. Mais l’homme
étant un bon stratège se place très
loin sur sa liste nationale, son suppléant est
son domestique, preuve que ce poste de député
l’intéresse très peu. Mieux, le
jour des élections, il ne vota pas au motif que
le scrutin n’est pas très transparent,
toutes les conditions n’étant pas réunies
pour que le suffrage du peuple soit pris en compte.
Ainsi, le CDP aura mobilisé toutes ses forces
pour barrer la route à un homme politique qui
n’était pas vraiment intéressé
pour les poste de député en ces législatives
2007 » ( N° 444 du 21 mai 2007) .
* Wolé Soyinka, le Prix Nobel de littérature
nigérian, a appelé, mardi dernier, à
Lagos, à l’annulation pure et simple des
élections générales d’avril
au Nigeria car non conformes aux standards acceptables,
non libres et non équitables. A quand un homme
de cette trempe au Burkina Faso où les fraudes
n’ont pas été moins épiques
?
* Bill Clinton devrait être reçu à
Abidjan à la mi-juin : c’est La Lettre
du continent qui en fait état. En tout cas, ce
serait un coup spectaculaire pour le numéro un
ivoirien.
* Selon l’Agence Xinhuanet du 25/05/2007, «
Le président burkinabé Blaise Compaoré
a reçu jeudi en fin de soirée à
Ouagadougou l'épouse du président sénégalais,
Viviane Wade. A sa sortie d'audience, Mme Wade a souligné
qu'elle est venue présenter au président
Compaoré son laboratoire de pesticide bio installé
au Sénégal. "Nous avons crée
un laboratoire de pesticide bio produisant le Green
Muscle (anglais) qui lutte contre les locustes et les
sauteriaux qui détruisent 30% des céréales
et 20% des cultures maraîchères",
a-t-elle précisé. Soulignant que ce laboratoire
produit des pesticides efficaces contre les criquets
pèlerins et les sauteriaux, Mme Wade a affirmé
que c'est un moyen de lutter d'une part contre une des
causes de la pauvreté des paysans en Afrique
et d'autre part pour l'eau. "Les pesticides de
synthèse polluent l'eau et nous allons vers une
catastrophe mondiale où il n'y aura plus d'eau
propre à la consommation", a dit Mme Wade.
"Je suis venue pour avertir les pays amis de l'Afrique
de l' Ouest pour leur dire que des possibilités
existent et que la Banque mondiale et la FAO sont d'accord
et il faut que ces pays viennent faire un tour pour
que les choses aillent vite", a-t-elle affirmé
». L’idée, il faut le dire, semble
excellente. Cependant, nous relevons que notre confrère
a peut-être fait une erreur en écrivant
« son laboratoire » (surtout que d’autres
dépêches ont parlé de laboratoire
sans préciser qui en était l’initiateur)
car on ne peut imaginer que la première Dame
du Sénégal vienne faire la promotion publique
d’un laboratoire lui appartenant en propre.
* Pas de fête de la bière cette année,
apprend-on de notre confrère Sidwaya. Si les
contempteurs de cette fête se disent : «Ouf,
on a enfin compris que c’était mal »,
ils se trompent lourdement. Le quotidien nous apprend
que c’est parce que l’organisation aurait
nécessité une centaine de millions de
FCFA et aussi parce que récemment, il y a eu
l’épisode des Kunde. Des maquis et bars
entendraient tout de même organiser une fête
du même genre mais sur place !
* La privatisation de la gestion des cimetières
est envisagée au niveau de la capitale. Espérons
qu’on ne demandera pas alors aux familles éplorées
de mettre la main à la poche pour enterrer leurs
morts, surtout que les impôts locaux sont déjà
élevés eu égard aux faibles prestations
fournies par la mairie !
* Le 24 mai dernier, le Conseil d’Etat du Sénégal
a rejeté le recours du Parti socialiste sur le
découpage électoral, ce qui fait que les
élections du 3 juin se tiendront sans l’opposition
significative. Reculade démocratique au pays
de la Teranga : c’est ce que ressentent la majorité
des Africains.
* Lu sur le Nouvel Observateur du 26 mai 2007 : «
L’ex-juge d'instruction de l'affaire Elf souhaite
que la justice française enquête sur un
compte ouvert au nom de l'ex-président à
la Tokyo Bank, en 1992, et crédité de
45 millions d'euros. L'ancienne juge d'instruction Eva
Joly souhaite que la justice française ouvre
une enquête dans l'affaire d'un compte qui aurait
été ouvert au nom de l'ex-président
Jacques Chirac à la Tokyo Bank en 1992, déclare-t-elle
dans une interview publiée vendredi 25 mai dans
20 minutes. ‘Si les institutions judiciaires françaises
fonctionnent normalement, Jacques Chirac sera entendu
sur les affaires non prescrites le concernant - les
HLM de la Ville de Paris et les emplois fictifs du RPR
- mais aussi sur son compte allégué au
Japon’, déclare l'ex-magistrate franco-norvégienne,
devenue conseillère anti-corruption en Norvège.
‘J'attends que le parquet de Paris ouvre une enquête
sur cette affaire au vu du rapport de la DGSE et des
derniers éléments recueillis par les juges
d'Huy et Pons’, poursuit-elle. ‘Une démocratie
digne de ce nom ne peut vivre avec cette suspicion non
vérifiée’." Sacrée dame
de fer !
* On dénonce aujourd’hui la crise mondiale
de la démocratie en relevant qu’insidieusement,
les pouvoirs médiatiques ont caporalisé
tous les autres pouvoirs d’Etat. Cette dépossession
du corps électoral, du peuple de son pouvoir
souverain, s’est faite au profit de patrons de
presse, de multinationales ou de pouvoirs politiques.
Mais le résultat est toujours le même :
c’est l’évanescence de la démocratie
bâtie sur le pluraliste et le suffrage populaire.
Au Burkina Faso, Blaise Compaoré est incontestablement
un maître de cette nouvelle forme de démocratie
qui fonctionne via les médias qui inféodent
l’opinion en faveur du pouvoir. Il y est parvenu
en les contrôlant sans tapages mais aussi en se
ralliant bien des institutions de la société
civile : syndicats, mouvements de droits de l’homme,
religieux, coutumiers, partis d’opposition, opérateurs
économiques, intellectuels, étudiants..,
de telle sorte que par leur entremise, l’opinion
nationale est permanemment travaillée au corps
en sa faveur. Cette démocratie d’opinion,
bien vissée en interne, il lui fallait la protéger
en externe, d’où un travail lourd entrepris
au niveau des médias internationaux et des partenaires,
qui a payé pendant un temps mais qui heureusement,
commence à montrer ses limites avec surtout les
difficultés déjà visibles de la
Françafrique.
* Incroyable mais vrai : un bon nombre de partis de
la mouvance présidentielle ont émigré
avec armes et bagages, en Guinée, à l’opposition,
dans le parti de Sidya Touré. Ce sens migratoire
est si peu coutumier que cela vaut la peine d’être
relevé. Est-ce un signe des temps ? Il faut souhaiter,
pour le rétablissement de la démocratie
africaine, que la contagion se fasse.
Le bruit court que la réunion de l’ADF/RDA
programmée -à ce qu’on dit pour
trancher définitivement du positionnement du
parti à l’opposition ou à la majorité-
se serait tenu le samedi dernier. A ce qu’on dit,
la tendance d’opte pour l’opposition était
minoritaire mais il semble que les choses ne seraient
pas encore tout à fait tranchées et qu’on
craindrait même que certains en viennent à
claquer la porte. Vrai ou faux ? Nous serons fixés
avec les élections prochaines au niveau de l’Assemblée
et surtout à la formation du nouveau gouvernement.
Mais déjà beaucoup murmurent que, de toutes
les façons, la décision sera ce que voudra
le pouvoir, en fonction de ses seuls intérêts
!