Mise à jour le 27/05/2007
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San Finna N°415 du 28 Mai au 03 Juin 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
 

Tribune de la femme

* On parle beaucoup du prochain premier Ministre. Si certains pensent que Yonli sera maintenu puisqu’il fait l’affaire, d’autres pensent que, pour qu’il y ait un air de changement, on nommera un nouveau premier Ministre. Mais pourquoi pas une 1ère première Ministre au Faso ? Il semble qu’on y penserait puisque dans les couloirs, le nom de Joséphine Guissou (cette intellectuelle de haut vol appelée à de hautes fonctions à l’extérieur depuis des années) est souvent avancé. Attendons de voir.

* Il est un point sur lequel la rupture du numéro Un français semble se mouvoir avec plus de subtilité : c’est celui de la politique africaine de la France. Peut-être que priorisant les affaires intérieures et européennes, le président français nouvellement élu a-t-il laissé la bride large au changement en interne mais on observe tout de même que, relativement à la politique africaine où il a aussi promis de faire souffler le vent de la rupture, il y va en nuances. On vient de s’en rendre compte à travers les visites de Mme Sirleaf et de Bongo. La présidente libérienne, on l’aura remarqué, qui a été comme appelée au secours à l’Elysée le 25 mai dernier (elle dont on n’y avait pas annoncé la visite), a en quelque sorte brûlé la politesse au doyen des chefs d’Etat dont les médias avaient révélé qu’il serait le premier à être reçu. voilà qui fait dire non sans raison, qu’on a ainsi voulu éviter d’impacter l’opinion française de la mauvaise image donnée d’un nouveau président ayant promis la rupture par rapport à une certaine promiscuité avec des chefs d’Etat africains, recevant le plus illustre représentant de la Françafrique, Omar Bongo. Si ce n’est pas une cassure tonitruante, ça présente en tout cas les signes de quelques changements.

* Toujours sur le même sujet, en recevant le président gabonais, Sarkozy dont certains n’ont de cesse de clamer les vieilles relations et l’amitié solide qui le lie au premier Gabonais, n’a pas cédé aux embrassades caractéristiques de l’ère Chirac. Une simple poignée de mains. Ca n’a l’air de rien mais la mise au rancart de ces gestes familiers caractéristiques d’une époque, nous éloigne des mœurs de la famille françafricaine. Ca n’a pas échappé aux journalistes qui ont naturellement cherché à savoir si d’abord le président n’avait pas été quelque peu choqué d’être reçu en seconde position et ensuite qu’est-ce qu’ils ont bien pu se dire, lui et son homologue au cours de leur entretien, plutôt bref et sans suite de collation. Omar Bongo, quoi qu’il se soit employé avec son ton désinvolte bien connu à minimiser la seconde position qui lui a été réservée, n’a visiblement pas « assuré ». Ce marquage des nouvelles frontières en off et en mondiovision était difficile à avaler par un homme qui prend au sérieux sa doyenneté et qui, en bon Africain, a plutôt la fierté à fleur de peau. En répondant par ailleurs, au sujet de leur entretien, que « toute vérité n’est pas bonne à dire », il n’a pas arrangé les choses car on peut penser qu’il a pu, en tant que doyen, être investi de la mission d’expliquer à ses pairs que les choses vont changer, qu’il en a entendu des vertes et des pas mûres à huis clos. Il faut dire qu’arrivé en France au moment où Survie et d’autres associations sont sur le dos de chefs d’Etat africains (dont lui-même), et alors que Eva Joly, ex-juge d'instruction de l'affaire Elf, regrette publiquement que Sarkozy le reçoive aussi officiellement, les choses étaient d’autant plus mal barrées pour lui. Affaire à suivre comme on dit..

* Un lecteur bien intentionné, voulant nous éviter des erreurs répétitives sur l’utilisation d’une expression, nous a aimablement fait savoir que l’on n’écrit pas « deux poids, deux mesures » comme nous aimons souvent le faire mais plutôt « un poids, deux mesures ». Nous avons apprécié le geste mais par curiosité, avons consulté le petit Larousse illustré 2005 qui, en sa 836 ème page, explique bien que « juger différemment selon la situation, la diversité des intérêts, c’est avoir deux poids, deux mesures ». Comme quoi, on peut vouloir bien faire mais se tromper. Merci quand même et n’hésitez pas à nous faire part de vos remarques.

* Il y en a qui, parce qu’ils voient court, ne comprennent pas pourquoi le président de l’UNDD s’est classé en 15ème position sur la liste nationale et pourquoi il n’a pas voté le 6 mai dernier. A l’UNDD, on n’en parle pas trop mais de ceux qui comprennent et qui non contents de faire comme s’ils ne comprenaient pas, s’activent à faire en sorte que ceux qui voient court ne voient pas loin, le parti n’est pas avare de railleries. En tout cas, ce n’est pas à Bendre que l’on collera l’image de manipulateur sur cette question, lui qui a eu un regard lucide et médiatiquement sain, à travers ces propos : « … Nos partis politiques devraient (…) penser au moins dans l’avenir à recruter des consultants-conseillers en stratégie politique, vu que c’est la dernière des choses qu’ils maîtrisent. A part Herman Yaméogo de l’UNDD qui vient de donner une leçon politique au CDP. Tout a été planifié au CDP pour qu’il ne passe pas à l’Assemblée. Certains ambassadeurs sont revenus à cette fin, mobiliser toutes les ressources pour lui barrer la route de l’hémicycle à partir de son fief de Koudougou. Mais l’homme étant un bon stratège se place très loin sur sa liste nationale, son suppléant est son domestique, preuve que ce poste de député l’intéresse très peu. Mieux, le jour des élections, il ne vota pas au motif que le scrutin n’est pas très transparent, toutes les conditions n’étant pas réunies pour que le suffrage du peuple soit pris en compte. Ainsi, le CDP aura mobilisé toutes ses forces pour barrer la route à un homme politique qui n’était pas vraiment intéressé pour les poste de député en ces législatives 2007 » ( N° 444 du 21 mai 2007) .

* Wolé Soyinka, le Prix Nobel de littérature nigérian, a appelé, mardi dernier, à Lagos, à l’annulation pure et simple des élections générales d’avril au Nigeria car non conformes aux standards acceptables, non libres et non équitables. A quand un homme de cette trempe au Burkina Faso où les fraudes n’ont pas été moins épiques ?

* Bill Clinton devrait être reçu à Abidjan à la mi-juin : c’est La Lettre du continent qui en fait état. En tout cas, ce serait un coup spectaculaire pour le numéro un ivoirien.

* Selon l’Agence Xinhuanet du 25/05/2007, « Le président burkinabé Blaise Compaoré a reçu jeudi en fin de soirée à Ouagadougou l'épouse du président sénégalais, Viviane Wade. A sa sortie d'audience, Mme Wade a souligné qu'elle est venue présenter au président Compaoré son laboratoire de pesticide bio installé au Sénégal. "Nous avons crée un laboratoire de pesticide bio produisant le Green Muscle (anglais) qui lutte contre les locustes et les sauteriaux qui détruisent 30% des céréales et 20% des cultures maraîchères", a-t-elle précisé. Soulignant que ce laboratoire produit des pesticides efficaces contre les criquets pèlerins et les sauteriaux, Mme Wade a affirmé que c'est un moyen de lutter d'une part contre une des causes de la pauvreté des paysans en Afrique et d'autre part pour l'eau. "Les pesticides de synthèse polluent l'eau et nous allons vers une catastrophe mondiale où il n'y aura plus d'eau propre à la consommation", a dit Mme Wade. "Je suis venue pour avertir les pays amis de l'Afrique de l' Ouest pour leur dire que des possibilités existent et que la Banque mondiale et la FAO sont d'accord et il faut que ces pays viennent faire un tour pour que les choses aillent vite", a-t-elle affirmé ». L’idée, il faut le dire, semble excellente. Cependant, nous relevons que notre confrère a peut-être fait une erreur en écrivant « son laboratoire » (surtout que d’autres dépêches ont parlé de laboratoire sans préciser qui en était l’initiateur) car on ne peut imaginer que la première Dame du Sénégal vienne faire la promotion publique d’un laboratoire lui appartenant en propre.

* Pas de fête de la bière cette année, apprend-on de notre confrère Sidwaya. Si les contempteurs de cette fête se disent : «Ouf, on a enfin compris que c’était mal », ils se trompent lourdement. Le quotidien nous apprend que c’est parce que l’organisation aurait nécessité une centaine de millions de FCFA et aussi parce que récemment, il y a eu l’épisode des Kunde. Des maquis et bars entendraient tout de même organiser une fête du même genre mais sur place !

* La privatisation de la gestion des cimetières est envisagée au niveau de la capitale. Espérons qu’on ne demandera pas alors aux familles éplorées de mettre la main à la poche pour enterrer leurs morts, surtout que les impôts locaux sont déjà élevés eu égard aux faibles prestations fournies par la mairie !

* Le 24 mai dernier, le Conseil d’Etat du Sénégal a rejeté le recours du Parti socialiste sur le découpage électoral, ce qui fait que les élections du 3 juin se tiendront sans l’opposition significative. Reculade démocratique au pays de la Teranga : c’est ce que ressentent la majorité des Africains.

* Lu sur le Nouvel Observateur du 26 mai 2007 : « L’ex-juge d'instruction de l'affaire Elf souhaite que la justice française enquête sur un compte ouvert au nom de l'ex-président à la Tokyo Bank, en 1992, et crédité de 45 millions d'euros. L'ancienne juge d'instruction Eva Joly souhaite que la justice française ouvre une enquête dans l'affaire d'un compte qui aurait été ouvert au nom de l'ex-président Jacques Chirac à la Tokyo Bank en 1992, déclare-t-elle dans une interview publiée vendredi 25 mai dans 20 minutes. ‘Si les institutions judiciaires françaises fonctionnent normalement, Jacques Chirac sera entendu sur les affaires non prescrites le concernant - les HLM de la Ville de Paris et les emplois fictifs du RPR
- mais aussi sur son compte allégué au Japon’, déclare l'ex-magistrate franco-norvégienne, devenue conseillère anti-corruption en Norvège. ‘J'attends que le parquet de Paris ouvre une enquête sur cette affaire au vu du rapport de la DGSE et des derniers éléments recueillis par les juges d'Huy et Pons’, poursuit-elle. ‘Une démocratie digne de ce nom ne peut vivre avec cette suspicion non vérifiée’." Sacrée dame de fer !

* On dénonce aujourd’hui la crise mondiale de la démocratie en relevant qu’insidieusement, les pouvoirs médiatiques ont caporalisé tous les autres pouvoirs d’Etat. Cette dépossession du corps électoral, du peuple de son pouvoir souverain, s’est faite au profit de patrons de presse, de multinationales ou de pouvoirs politiques. Mais le résultat est toujours le même : c’est l’évanescence de la démocratie bâtie sur le pluraliste et le suffrage populaire. Au Burkina Faso, Blaise Compaoré est incontestablement un maître de cette nouvelle forme de démocratie qui fonctionne via les médias qui inféodent l’opinion en faveur du pouvoir. Il y est parvenu en les contrôlant sans tapages mais aussi en se ralliant bien des institutions de la société civile : syndicats, mouvements de droits de l’homme, religieux, coutumiers, partis d’opposition, opérateurs économiques, intellectuels, étudiants.., de telle sorte que par leur entremise, l’opinion nationale est permanemment travaillée au corps en sa faveur. Cette démocratie d’opinion, bien vissée en interne, il lui fallait la protéger en externe, d’où un travail lourd entrepris au niveau des médias internationaux et des partenaires, qui a payé pendant un temps mais qui heureusement, commence à montrer ses limites avec surtout les difficultés déjà visibles de la Françafrique.

* Incroyable mais vrai : un bon nombre de partis de la mouvance présidentielle ont émigré avec armes et bagages, en Guinée, à l’opposition, dans le parti de Sidya Touré. Ce sens migratoire est si peu coutumier que cela vaut la peine d’être relevé. Est-ce un signe des temps ? Il faut souhaiter, pour le rétablissement de la démocratie africaine, que la contagion se fasse.

Le bruit court que la réunion de l’ADF/RDA programmée -à ce qu’on dit pour trancher définitivement du positionnement du parti à l’opposition ou à la majorité- se serait tenu le samedi dernier. A ce qu’on dit, la tendance d’opte pour l’opposition était minoritaire mais il semble que les choses ne seraient pas encore tout à fait tranchées et qu’on craindrait même que certains en viennent à claquer la porte. Vrai ou faux ? Nous serons fixés avec les élections prochaines au niveau de l’Assemblée et surtout à la formation du nouveau gouvernement. Mais déjà beaucoup murmurent que, de toutes les façons, la décision sera ce que voudra le pouvoir, en fonction de ses seuls intérêts !





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