San
Finna N°415 du
28 Mai au 03 Juin 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
SUPPRESSION
DE LA RCTV
LE PRESIDENT CHAVEZ SE SERAIT-IL TIRE UNE BALLE DANS LE
PIED ?
Beaucoup
disent que le président vénézuélien
Chavez est un président atypique. L’homme
a un mélange de Kroutchev, de Che Guevara, de Sékou
Touré, de Castro, de Bolivar… C’est
dire qu’un tel mélange ne pouvait donner
qu’un personnage aussi détonant, dont évidemment
les médias raffolent parce que c’est rentable.
Pour avoir une personnalité débordante,
il n’en impressionne pas moins par le courage et
la pertinence de certaines décisions qui lui donnent
une place à part dans le cœur des progressistes
et notamment des plus jeunes d’entre eux, de par
le monde.
Ce qu’il
vient de faire par exemple par rapport au FMI et à
la Banque Mondiale, amplifiant le geste de l’Angolais
Eduardo Dos Santos, est tout à fait symbolique
des attentes du monde pauvre qui ne voit pas venir la
fin de l’exploitation dont il est victime par le
monde riche. Quitter ces institutions qui ont été
créées au lendemain de la seconde guerre
mondiale à des fins de reconstruction et de développement,
mais qui se sont transformées en instrument d’exploitation
et de recolonisation ne pouvait qu’être salué
en Afrique et ailleurs.
D’ailleurs, ce qui plaît aussi en Chavez,
c’est sa rage d’affirmer l’indépendance
de son pays, la dignité de son peuple et des peuples
opprimés, et de ne pas hésiter à
s’affronter jusqu’aux plus grands de ce monde,
à savoir le président américain.
Mais la montagne Chavez a sa vallée : c’est
toujours le cas pour des leaders de cette trempe.
Il lui arrive en effet de trop en faire. Ce fut le cas
lorsqu’il s’est fendu de propos de bas quartier
alors qu’il se trouvait aux USA, à l’endroit
de George W. Bush. Pour peu, il le réhabilitait
aux yeux d’une opinion qui ne lui pardonne pas sa
politique extérieure, par cet extrémisme
verbal déplacé. Plus spécifiquement,
sa décision, 5 ans après les évènements
qui lui ont valu sa brève disparition du pouvoir
de ne pas renouveler la licence de la chaîne de
télévision privée Radio Caracas Télévision
(RCTV) qui expirait le 27 mai dernier, est apparue comme
un désastre.
Même si l’accusation portée contre
RCTV d’avoir attisé le coup d’Etat
contre lui en avril 2002 était avérée,
cela fait tout de même un bail, et la prescription,
ça devrait aussi exister au Venezuela.
Sa décision, en tout cas, ne passe pas car la chaîne
de télévision était la seule qui
apportait la contradiction dans le pays.
Par la pertinence de ses émissions, cette chaîne
de télévision qui existe depuis 1953, était
la seule station couvrant l’ensemble du pays avec
la chaîne d’Etat, Venezolana de television
(VTV). Avec la suppression de RCTV, il n’y aura
plus qu’un seul son de cloche puisque le seul outil
proche de l’opposition, Globovision, n’est
capté que dans la capitale.
Ce n’est pas étonnant alors que le tollé
suscité par la décision de Chavez ait eu
un tel retentissement. Les sondages établissent
qu’entre 70 et 80 % des Vénézueliens
sont contre. Et on ne peut en douter au vu des manifestations
qui ont marqué la décision du président
Chavez, au vu de cette banderole longue de 1 kilomètre
sur laquelle on pouvait lire « SOS Liberté
d’expression » en 10 langues différentes.
Au nombre des manifestants et des protestataires, il n’y
a pas que des partisans de l’opposition, il n’y
a pas que des journalistes, des artistes ; il y a les
propres partisans de Chavez comme Eleazar Diaz Rangel,
Directeur du quotidien Ultimas Noticias ; il y a des étudiants.
Alors, on peut dire, et c’est ce que beaucoup disent
du reste, comme l’analyste Carlos Blanco, que le
président vénézuelien risque de sortir,
dans tous les cas de figure, affaibli par cette offensive
: « Si Chavez ferme RCTV, il est perdant ; s’il
recule maintenant, il perd aussi ».
Au
moment de boucler cette édition, nous apprenons
que Hugo Chavez vient de répondre en substance,
et les chaînes du monde entier ont répercuté
sa réponse : «Qu’il pleuve, qu’il
tonne, que la foudre tombe, rien n’empêchera
la fermeture de RCTV » !