Mise à jour le 27/05/2007
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San Finna N°415 du 28 Mai au 03 Juin 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

BOYCOTT DES ELECTIONS
L’INTELLECTUEL ALBERT BOURGI N’EST PAS FORCEMENT CONTRE !

Jusqu’à présent, parler de boycott nous exposait invariablement ceux qui s’y risquaient aux foudres des critiques. Au plan interne des Etats, pouvoir, médias, ONG.., se sont toujours entendus pour flétrir les partisans du boycott (avec des qualificatifs du genre « ce sont des tireurs au flanc, des mauviettes, de capitulards »…) exposait invariablement ceux qui s’y risquaient, aux foudres des critiques. Au niveau international, les partenaires apportaient de l’eau au moulin aux arguments des pouvoirs en place, jugeant inefficace sinon incivique, une telle option.

Mais voilà qu’un spécialiste du droit, de la vie politique comparée, ce grand intellectuel se permet d’avoir une position nuancée par rapport à la question. Ca mérite d’être relevé face à la faconde de tant de mercenaires de la plume qui font un si mauvais travail sur les opinions africaines.

Albert Bourgi

Dans l’interview qu’il vient d’accorder la semaine écoulée à Wal Fadjri, notre confrère du Sénégal, Albert Bourgi, puisque c’est de lui qu’il s’agit, garde un jugement équilibré et intelligent sur la question : « Le boycott n’est jamais une décision facile à prendre. Si les partis d’opposition ont décidé de boycotter les élections législatives, c’est qu’ils ont, sans doute, leurs raisons. La politique de la chaise vide n’est pas en soi quelque chose de facile à gérer surtout pour des partis assurés d’avoir des élus. Mais pouvaient-ils faire autrement face à un parti au pouvoir qui n’a jamais laissé entrevoir une porte de sortie ? Il n’est pourtant pas sûr que le pouvoir en place en tire profit, surtout en termes d’image tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Le spectacle d’une Assemblée nationale monocolore renverrait le Sénégal trois décennies en arrière ».

La déconstruction démocratique en Afrique a toujours été voilée par l’action combinée des pouvoirs africains et des multiples réseaux, nationaux et internationaux qu’ils se sont conciliés mais l’échafaudage prend de l’eau avec la remise en cause de la Françafrique.

Faut-il s’étonner de ces propos de Mr Bourgi ? Certainement pas. L’homme est un intellectuel, un honnête homme au sens où on l’entendait aux temps passés ; il ne met pas sa science au service du mensonge mais de la vérité. Par rapport à la crise ivoirienne, il n’a pas hurlé avec les loups gavés contre l’ivoiritaire Laurent Gbagbo, seul responsable des maux de son pays ; il n’a pas masqué les ingérences extérieures et la volonté de perpétuation de la domination de la Côte d’Ivoire par le pouvoir politique français et ses réseaux. Dans la même interview accordée à Wal Fadjri, il constate ceci : « Sans doute que Chirac n’a pas fait de cadeau à la Côte d’Ivoire et, jusqu’à la fin de son mandat, il a tenté sans résultat et contre la volonté de la majorité des Ivoiriens d’imposer sa vision politique et d’écarter Laurent Gbagbo ».

Sur les élections, il a la même vision dégagée et libre.

Si seulement, beaucoup d’intellectuels africains, qui ont choisi la facilité plutôt que le courage d’avoir leurs idées, pouvaient en prendre de la graine, cela ne pourrait que favoriser la renaissance africaine, dont Albert Bourgi, qu’on l’aime ou pas, est un ferment.

VT





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