San
Finna N°414 du
21 au 21 Mai 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
OPPOSITION
SENEGALAISE
LA REVOLTE QUI, QUOI QU’IL EN SOIT, CHANGERA LE
SENEGAL
Lorsque
les opposants sénégalais ont contesté
la légitimité de l’élection
d’Abdoulaye Wade, dans de nombreux médias
sénégalais, africains et mondiaux, on les
a plutôt traité de mauvais perdants. Lorsqu’ils
ont décidé de ne pas participer aux élections
législatives du 3 juin prochain, c’est pratiquement
dans le même ton qu’on les a traités
de fuyards qui refusent le combat parce qu’ils se
savent battus d’avance. Au Burkina Faso, sur ce
plan, on n’aura pas été particulièrement
tendre !
En principe, et c’est du reste ce qu’on servait
aux opinions, cette mise à l’écart
des opposants ne serait qu’un épiphénomène,
elle n’ébranlerait pas le quotidien des Sénégalais
et ce sont plutôt les boycotteurs qui feraient tomber
sur eux, le couperet de la retraite anticipée.
Et puis voilà que le temps donne tort à
tous ces « bien pensants ». Non seulement
les choses ne se passent pas dans le meilleur des mondes
possible pour Abdoulaye Wade et la mouvance présidentielle
mais des inquiétudes fusent ici et là.
La société civile a vite compris que le
boycott de l’opposition pourrait modifier la donne
politique et sociale en écornant l’image
du Sénégal. Elle ne s’est pas faite
prier pour tenter de rabibocher l’opposition et
la majorité. D’habitude rétifs à
intervenir dans le jeu politique, sinon plutôt acquis
aux pouvoirs en place, les partenaires techniques et financiers,
même en y mettant les formes, ont aussi pris langue
avec les opposants. C’est vraiment la preuve que
tous ceux qui traitaient la révolte des opposants
de façon cavalière, ont eu faux !
Dans bien de milieux, notamment de la Justice, on en est
même à souhaiter que la saisine du conseil
d’Etat par l’opposition au sujet du découpage
électoral, soit la porte de sortie pour le pouvoir
afin de reporter ces élections qui, dans l’opinion
majoritaire, apparaît de plus en plus comme nécessaire.
Pour beaucoup d’ailleurs, la date retenue pour la
décision, le 23 mai 2007, ne serait pas si innocente
que cela. Si la décision se fait en faveur de l’opposition,
cela peut aboutir à l’arrêt de la campagne
électorale et à la convocation des électeurs
à une date ultérieure, avec reprise des
listes.
C’est vrai que pour les partenaires du président
Wade, le boycott est comme du pain béni. Ils estiment,
comme Modou Diagne Fada, qu’ « il est impossible
à l’heure actuelle de reporter les élections
». Mais le vieil homme politique qu’est le
chef de l’Etat, a suffisamment d’expérience
pour comprendre que si c’est le souci de récompense
historique qui le guide, il a intérêt à
ne pas laisse son second mandat, commencer sous des auspices
aussi sombres qui peuvent durablement porter préjudice
à son image, à la situation politique, diplomatique,
économique, du Sénégal.