Mise à jour le 13/05/2007
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San Finna N°413 du 14 au 20 Mai 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

SENTIMENTS SUR LES ELECTIONS DU 6 MAI
LA PAROLE EST DONNEE AU PAI ET AU RDEB


QUESTIONS A SERE ADAMA, CANDIDAT DU RDEB AU KADIOGO

San Finna : Pouvez-vous nous faire un bref bilan de la campagne et des élections du 6 mai dernier ?

Adama Séré, candidat du RDEB : Tout d’abord, je voudrais remercier très sincèrement les militants qui ont fait confiance à notre projet de société, à notre programme. En réalité, nous avons milité pour qu’à l’hémicycle, cette fois-ci au moins, il y ait une majorité d’opposants afin qu’on puisse oser le changement. Ce qu’on peut déjà constater, c’est que notre processus démocratique a vécu un recul avec ces élections-là, tant au niveau de la question du taux d’abstention qu’au niveau du déroulement du scrutin. En rappel, à la fin de la campagne, des partis avaient convoqué une conférence de presse pour attirer l’attention sur l’imminence de fraudes massives. Le déroulement du scrutin est venu nous conforter dans ces présomptions que nous avions. Aux problèmes récurrents que nous rencontrions avant (des gens qui ne retrouvent pas leurs cartes, leurs noms, les doublons, les triplons…) est venue s’ajouter la confection de cartes d’électeur avec des actes de naissance que des partis ont utilisé pour avoir les résultats que l’on sait. Tant qu’il y aura utilisation possible des actes de naissance et des carnets de famille, nous n’avancerons pas démocratiquement. On ne comprend pas que le Burkina, qui a conduit des médiations à travers l’Afrique où nous avons appuyé l’utilisation des cartes d’électeur avec photo, empreintes digitales.., et que cela ne s’applique pas à notre peuple. Ca va contre toute logique.

Il appartient aux vrais démocrates de ce pays de se mobiliser pour que nous puissions consolider nos acquis démocratiques qui sont en train d’être liquidés à bas prix.

San Finna : Que compte faire le RDEB ?

Adama Séré : Nous sommes à notre siège actuellement, pour tirer les leçons et en même temps, voir du côté des perspectives parce que les élections à venir se préparent dès aujourd’hui. Nous n’avons pas seulement mis l’accent sur les fraudes constatées mais aussi sur notre capacité organisationnelle. A ce niveau, nous tirerons les enseignements pour aborder avec plus d’efficacité les scrutins à venir. Mais malgré notre bon vouloir par rapport à notre capacité organisationnelle, il va de soi que si le problème de la fraude n’est pas pris à bras le corps, ce ne sera même pas la peine d’organiser des élections dans ce pays-là, parce qu’on sait déjà qui va gagner.

On a senti sur le terrain, une fois de changement de la part des populations. Malheureusement, au sortir des urnes, c’est tout autre chose. Il y a un décalage entre les aspirations populaires et les résultats qu’on nous sert. Il va falloir qu’il y ait une concertation, une reprise en main du processus démocratique. Il faut le sursaut de la population parce que c’est elle qui avait réussi à faire adopter des mesures suite à l’assassinat du journaliste Norbert Zongo mais ces acquis ont été bradés. Il va falloir maintenir la mobilisation pour faire comprendre qu’il y a un avenir pour le Burkina Faso.

QUESTIONS A IZDINE TOURE, CANDIDAT DU PAI AU KADIOGO

San Finna : Quel bilan tirez-vous de ces élections ?

Izdine Touré, candidat du PAI : Au-delà de ce que le commun des Burkinabé a pu constater, nous en tant que candidats engagés, partis politiques, nous dénonçons surtout la fraude massive qui a caractérisé ces élections, et nous déplorons encore une fois la passivité des structures chargées d’organiser ces élections, des autorités qui n’ont pas pris des mesures énergiques pour dissuader tous ceux qui avaient des intention de fraude ou déjà des pratiques élaborées.

San Finna : Avez-vous des exemples précis de fraude ?

Izdine Touré : Nous savons que, par exemple au Kadiogo, il y a u plusieurs bureaux de vote fictifs ; les votes multiples ont été constatés ; il y a eu un contingentement de votants que l’on trimbalait de bureau en bureau pour voter. Il y a eu le système des doubles inscriptions, tout un chapeler de griefs que l’on peut particulièrement reprocher au parti majoritaire qui n’a reculé devant aucun moyen pour encore fouler au pied, les principes élémentaires de la démocratie.

San Finna : C’est donc ça les raisons de votre échec ?

Izdine Touré : Vous n’êtes pas sans ignorer qu’il y a une volonté manifeste de sortir du jeu politique, de faire disparaître de la scène politique certains partis réputés un peu trop radicaux dans leurs prises de position. Le PAI en fait partie à cause de ses positions quelque peu tranchées que nous avons face à certaines situations politiques de ce pays. Le parti au pouvoir a donc décidé d’user de tous les moyens pour parvenir aux résultats que nous avons aujourd’hui.

San Finna : La CENI ne fait donc pas le travail qui est le sien ?

Izdine Touré : Absolument. Depuis l’élection présidentielle et même bien avant, les partis politiques d’opposition passaient le temps à dénoncer la non fiabilité de cette structure que l’on a tenté de nous imposer, qui n’a pas su fonctionner selon les règles de l’art et qui jusqu’à présent, balbutie et est à la solde du régime en place. Que voulez-vous que nous puissiez avoir comme crédibilité devant une structure inféodée au régime en place ? Ce n’est pas un organe indépendant chargé de gérer les élections. Nous, nous trouvons que c’est un instrument affairé au service du parti au pouvoir pour faire la discrimination, le tri entre les partis en compétition.

San Finna : D’aucuns disent que les résultats étaient connus à l’avance. Quel est votre avis là-dessus ?

Izdine Touré : Nous sommes dans un pays de savane et il est très difficile de se cacher. C’était une rumeur. Elle vient de se fonder. Il y a eu manipulation et comme j l’ai dit tantôt, une volonté consciente d’écarter du jeu politique certains partis que l’on trouve un peu trop radicaux. Tous les partis qui empêchent le CDP de tourner en rond, ont été écartés. Voilà la situation que l’on constate.

San Finna : Détenez-vous à votre niveau, d preuves palpables de fraudes comme des partis en ont ?

Izdine Touré : De par la manière dont ces élections se sont déroulées, il est très difficile de ne pas voir l’implication du CDP. Surtout que les autorités administratives, judiciaires, ont refusé d’être énergiques avec des gens qui ont été pris en flagrant délit de fraude dans certaines provinces.

San Finna : Pourquoi, sentant venir toutes ces atteintes, vous n’avez pas refusé de participer à ces élections ?

Izdine Touré : Aujourd’hui, particulièrement en Afrique, quand des partis boycottent, ils sont étiquetés ; on les prend pour des gens qui refusent le jeu politique. Nous sommes en démocratie, et il n’y a pas de raccourci pour arriver au pouvoir. Nous sommes obligés de participer au jeu démocratique avec toutes ces turpitudes, pour ne pas être taxé d’anti-démocrates. Ce que nous préconisons plutôt, c’est une prise de conscience citoyenne. Celle-ci doit se manifester par une prise de la rue. Nous avions voulu que les débats se fassent dans un cadre institutionnel, à l’Assemblée. La volonté du CDP de nous en écarter nous contraint à utiliser la rue.

J’appelle donc tous les patriotes, tous ceux qui se considèrent comme de dignes fils du pays, tous ceux qui estiment qu’ils ont été trompés, qu’ils se lèvent et qu’ensemble, nous puissions, dans la rue, rétablir la démocratie dans notre pays.
Cette assemblée bancale, qui s’apprête à siéger, n’est pas du tout représentative et nous allons œuvrer à ce que ce soit su ; nous allons travailler dans les jours à venir, pour que les Burkinabé se sentent dans leur pays, sentent qu’ils peuvent décider de leur propre sort.

Thierry Nabyouré





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