LE
CO-DEVELOPPEMENT, EST-CE CE DONT L’AFRIQUE A BESOIN
?
La
notion de co-développement date de 1997, sous
le gouvernement de Lionel Jospin. A l’époque,
il avait été mis en place une Mission
interministérielle au co-développement
et aux migrations internationales ; ceci, sous l’impulsion
du politologue Sami Naïr devenu en 1998 le premier
délégué à ce poste.
Le choix du terme «
co-développement » n’était
pas en fait très judicieux. Pourquoi ? Parce
que dans la logique, cela suppose un contrat entre deux
parties qui devraient s’entendre pour un développement
mutuel. Or, la France, qui sustente largement les anciens
pays colonisés, a une position avantageuse par
rapport à l’Afrique. C’est elle le
décideur, elle qui est une grande nation économique,
hyper développée. L’Afrique, immense
continent aux ressources encore insoupçonnées
-mais très peu développé-, ne peut
actuellement que se soumettre à sa volonté.
Tout le monde d’ailleurs ressent ce terme de co-développement
comme une autre forme d’aide au développement.
Le terme n’était
pas très bien choisi également car les
axes que la commission avait retenus pour ce co-développement
à mettre en place, étaient plutôt
restrictifs et ne concernaient pratiquement que l’immigration.
Lisez plutôt ces axes : «Utiliser l’immigration
légalement installée comme vecteur permanent
d’aide au pays d’origine ; organiser avec
les pays d’origine les nouveaux flux de telle
sorte que l’objectif consiste non pas à
favoriser leur installation définitive en France,
mais leur réinstallation dans le pays d’origine,
leur statut devant être temporaire et viser clairement
au retour ». Manifestement, on aurait dû
choisir un terme comportant le mot « immigration
». En choisissant le terme de co-développement,
qui est un peu un fourre-tout, c’est comme si
on n’avait pas voulu choquer les Africains, qui
ont naturellement peur des textes relatifs à
l’immigration, le mot immigration étant
assimilé à expulsion.
La Droite au pouvoir
se réappropriera le terme. Mme Brigitte Girardin,
ministre française déléguée
à la Coopération, expliquera pourquoi
la piste du co-développement, doit être
explorée : « Ce serait un leurre de chercher
à empêcher toute forme d’immigration,
alors que celle-ci constitue une donnée permanente
de notre histoire, et répond à des besoins
avérés de l’Europe qui, au cours
des prochaines années, subira les conséquences
d’une démographie insuffisamment dynamique.
En revanche, faire de ces migrations internationales
une source d’enrichissement équitablement
réparti entre pays du Nord et pays du Sud, voilà
un objectif que nous devrions tous partager […]
Pour y parvenir, une piste nouvelle doit être
explorée : celle du « co-développement
».
Et Dieu comme ce terme
est apprécié en ce moment. De nombreux
candidats à l’élection présidentielle
française le reprennent, en veux-tu, en voilà,
comme si c’était la panacée. Reprenons
seulement quelques propos de Nicolas Sarkozy et Ségolène
Royal.
Le 29 mai 2006, le premier
déclarait à Cotonou : "Il est donc
urgent de mettre en place une grande politique de co-développement
qui facilitera la mobilité des personnes et la
réinstallation volontaire en Afrique de migrants.
Et c’est ensemble que nous devons organiser les
migrations pour sortir de l’impasse actuelle et
en faire un véritable atout en faveur du développement,
mais aussi de la tolérance et de l’amitié
entre l’Afrique et la France. "
La seconde, au Forum
mondial des droits de l’homme qui s’est
tenu à Nantes du 10 au 13 juillet 2006, déclarait
: " La question de l’immigration ne peut
être déconnectée de la question
du co-développement. C’est par le droit
des familles à vivre dans leur pays d’origine
que l’on mettra fin à l’immigration
clandestine. Pour cela il faut réussir le développement
des pays pauvres. " Cette notion de co-développement,
si vantée, est cependant loin de faire l’unanimité.
Ainsi, Mr Kovalin Tchibinda
( http://www.congopage.com/article4302.html),
dans un article intitulé « Le co-développement
: La nouvelle diversion de la France », explique
que le co-développement, « C’est
la solution que la France a trouvé pour essayer
de réduire l’immigration ». Mais
il estime qu’ elle se trompe lourdement. L’auteur
va plus loin : « La France ne veut pas que l’Afrique
se développe » car elle dispose des «
leviers de développement de la plupart des pays
francophones ». Et les critiques ne finissent
pas : «Il faut d’abord que la France ne
s’immisce plus dans les élections en Afrique
; qu’elle cesse de soutenir des personnages sans
projet et vision pour leur pays ! Il faut moraliser
les relations entre la France et ses anciennes colonies
». En conclusion, écrit-il, « Avant
de promouvoir, le co-développement, il faut commencer
par promouvoir la démocratie, l’organisation
d’élections honnêtes et transparentes
en Afrique, il faut lutter contre la corruption des
dirigeants africains et de leurs amis occidentaux ».
Si un sondage était réalisé en
Afrique dans les conditions de transparence voulues,
nul doute que Mr Tchibinda obtiendrait une grande faveur
des sondés relativement à son analyse
!
Dans le même sens,
il y a ce récent communiqué du Comité
pour l’Annulation de la Dette (CADTM), qui, sous
le titre «La face cachée du co-développement
», dénonce avec force le terme de co-développement
et son contenu puisque ce dernier ne diffère
pas de l’aide au développement, parfaitement
critiquable pour lui.
Qui peut logiquement
être contre l’analyse lucide du CADTM quand
il explique que ce qu’il faut si on veut vraiment
développer l’Afrique, c’est notamment
« l’annulation immédiate de toutes
les dettes extérieures publiques, dont une grande
part est illégitime et odieuse », l’arrêt
de l’ «évasion facile de capitaux
(..) soustraits à l’impôt »,
une taxe sur les bénéfice et sur les transactions
financières des sociétés transnationales
qui « rapatrient leurs bénéfices
en ne laissant en Afrique qu’inégalités
et désastres écologiques » ? Qui
peut logiquement être contre les demandes du CADTM
sur « la disparition imposée de toute barrières
douanières de protection pour l’agriculture
des pays du Sud (..) l’annulation totale et inconditionnelle
de la dette des pays du Sud, un mécanisme de
répartition équitable de la richesse,
la suppression des paradis fiscaux et une autre architecture
financière internationale » ?
En conclusion, ce qu’il
faut avant tout au continent, c’est recouvrer
sa souveraineté, c’est obtenir une réelle
démocratie !
La Rédaction