Mise à jour le 22/04/2007
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San Finna N°411 du 30 Avril au 05 Mai 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

LE CO-DEVELOPPEMENT, EST-CE CE DONT L’AFRIQUE A BESOIN ?

La notion de co-développement date de 1997, sous le gouvernement de Lionel Jospin. A l’époque, il avait été mis en place une Mission interministérielle au co-développement et aux migrations internationales ; ceci, sous l’impulsion du politologue Sami Naïr devenu en 1998 le premier délégué à ce poste.

Le choix du terme « co-développement » n’était pas en fait très judicieux. Pourquoi ? Parce que dans la logique, cela suppose un contrat entre deux parties qui devraient s’entendre pour un développement mutuel. Or, la France, qui sustente largement les anciens pays colonisés, a une position avantageuse par rapport à l’Afrique. C’est elle le décideur, elle qui est une grande nation économique, hyper développée. L’Afrique, immense continent aux ressources encore insoupçonnées -mais très peu développé-, ne peut actuellement que se soumettre à sa volonté. Tout le monde d’ailleurs ressent ce terme de co-développement comme une autre forme d’aide au développement.

Le terme n’était pas très bien choisi également car les axes que la commission avait retenus pour ce co-développement à mettre en place, étaient plutôt restrictifs et ne concernaient pratiquement que l’immigration. Lisez plutôt ces axes : «Utiliser l’immigration légalement installée comme vecteur permanent d’aide au pays d’origine ; organiser avec les pays d’origine les nouveaux flux de telle sorte que l’objectif consiste non pas à favoriser leur installation définitive en France, mais leur réinstallation dans le pays d’origine, leur statut devant être temporaire et viser clairement au retour ». Manifestement, on aurait dû choisir un terme comportant le mot « immigration ». En choisissant le terme de co-développement, qui est un peu un fourre-tout, c’est comme si on n’avait pas voulu choquer les Africains, qui ont naturellement peur des textes relatifs à l’immigration, le mot immigration étant assimilé à expulsion.

La Droite au pouvoir se réappropriera le terme. Mme Brigitte Girardin, ministre française déléguée à la Coopération, expliquera pourquoi la piste du co-développement, doit être explorée : « Ce serait un leurre de chercher à empêcher toute forme d’immigration, alors que celle-ci constitue une donnée permanente de notre histoire, et répond à des besoins avérés de l’Europe qui, au cours des prochaines années, subira les conséquences d’une démographie insuffisamment dynamique. En revanche, faire de ces migrations internationales une source d’enrichissement équitablement réparti entre pays du Nord et pays du Sud, voilà un objectif que nous devrions tous partager […] Pour y parvenir, une piste nouvelle doit être explorée : celle du « co-développement ».

Et Dieu comme ce terme est apprécié en ce moment. De nombreux candidats à l’élection présidentielle française le reprennent, en veux-tu, en voilà, comme si c’était la panacée. Reprenons seulement quelques propos de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal.

Le 29 mai 2006, le premier déclarait à Cotonou : "Il est donc urgent de mettre en place une grande politique de co-développement qui facilitera la mobilité des personnes et la réinstallation volontaire en Afrique de migrants. Et c’est ensemble que nous devons organiser les migrations pour sortir de l’impasse actuelle et en faire un véritable atout en faveur du développement, mais aussi de la tolérance et de l’amitié entre l’Afrique et la France. "

La seconde, au Forum mondial des droits de l’homme qui s’est tenu à Nantes du 10 au 13 juillet 2006, déclarait : " La question de l’immigration ne peut être déconnectée de la question du co-développement. C’est par le droit des familles à vivre dans leur pays d’origine que l’on mettra fin à l’immigration clandestine. Pour cela il faut réussir le développement des pays pauvres. " Cette notion de co-développement, si vantée, est cependant loin de faire l’unanimité.

Ainsi, Mr Kovalin Tchibinda ( http://www.congopage.com/article4302.html),
dans un article intitulé « Le co-développement : La nouvelle diversion de la France », explique que le co-développement, « C’est la solution que la France a trouvé pour essayer de réduire l’immigration ». Mais il estime qu’ elle se trompe lourdement. L’auteur va plus loin : « La France ne veut pas que l’Afrique se développe » car elle dispose des « leviers de développement de la plupart des pays francophones ». Et les critiques ne finissent pas : «Il faut d’abord que la France ne s’immisce plus dans les élections en Afrique ; qu’elle cesse de soutenir des personnages sans projet et vision pour leur pays ! Il faut moraliser les relations entre la France et ses anciennes colonies ». En conclusion, écrit-il, « Avant de promouvoir, le co-développement, il faut commencer par promouvoir la démocratie, l’organisation d’élections honnêtes et transparentes en Afrique, il faut lutter contre la corruption des dirigeants africains et de leurs amis occidentaux ». Si un sondage était réalisé en Afrique dans les conditions de transparence voulues, nul doute que Mr Tchibinda obtiendrait une grande faveur des sondés relativement à son analyse !

Dans le même sens, il y a ce récent communiqué du Comité pour l’Annulation de la Dette (CADTM), qui, sous le titre «La face cachée du co-développement », dénonce avec force le terme de co-développement et son contenu puisque ce dernier ne diffère pas de l’aide au développement, parfaitement critiquable pour lui.

Qui peut logiquement être contre l’analyse lucide du CADTM quand il explique que ce qu’il faut si on veut vraiment développer l’Afrique, c’est notamment « l’annulation immédiate de toutes les dettes extérieures publiques, dont une grande part est illégitime et odieuse », l’arrêt de l’ «évasion facile de capitaux (..) soustraits à l’impôt », une taxe sur les bénéfice et sur les transactions financières des sociétés transnationales qui « rapatrient leurs bénéfices en ne laissant en Afrique qu’inégalités et désastres écologiques » ? Qui peut logiquement être contre les demandes du CADTM sur « la disparition imposée de toute barrières douanières de protection pour l’agriculture des pays du Sud (..) l’annulation totale et inconditionnelle de la dette des pays du Sud, un mécanisme de répartition équitable de la richesse, la suppression des paradis fiscaux et une autre architecture financière internationale » ?

En conclusion, ce qu’il faut avant tout au continent, c’est recouvrer sa souveraineté, c’est obtenir une réelle démocratie !

La Rédaction





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