San
Finna N°411 du
30 Avril au 06 Mai 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
MENACES
DE MORT CONTRE KARIM SAMA
L’EXTERIEUR SE SAISIT DE L’AFFAIRE
ET SE DEMANDE POURQUOI EN INTERNE, ON EST SI PEU EMU
La
semaine dernière, en dernière minute, nous
faisions état de menaces qu’aurait reçu
Karim Sama par Internet. Si au Faso, la nouvelle n’a
pas été développé, n’a
pas été mise à la Une, à l’étranger,
on s’est ému de ce fait. Grâce notamment
au communiqué du Comité pour la protection
des journalistes, que nous publions in extenso ci-après,
on en sait un peu plus sur ce dossier qu’on semble
bien vouloir garder au secret, en cette période
électorale.
Comité
pour la Protection des Journalistes
Au
Burkina Faso, un email met en garde un animateur de radio
: "tu seras abattu"
New York, le 26 avril 2007-Les autorités du Burkina
Faso doivent enquêter sur des menaces de mort proférées
à l'encontre du journaliste et activiste Karim
Sama, connu pour son franc parlé, a aujourd'hui
déclaré le Comité pour la Protection
de Journalistes. Sama a en effet reçu la semaine
dernière un email anonyme l'avertissant qu'il «
serait abattu » suite à ses propos critiquant
le gouvernement burkinabais.
Sama,
animateur de deux programmes reggae très populaires
sur la radio Ouaga FM de la capitale Ouagadougou, a confié
qu'il avait reçu un email le 18 avril déclarant
: « Juste pour t'inviter à arrêter
des bêtises à la radio Ouaga FM. Il faut
que tu saches que tu seras abattu très bientôt
et il n'y aura rien ». Le message continue, sous
forme de phrases succinctes: « Nous avons abbatu
Norbert Zongo, il n'y a rien eu. Toi aussi, ton tour n'est
pas assez loin ».
Le
meurtre non élucidé en 1998 de Zongo, éminent
rédacteur qui enquêtait sur l'assassinat
d'un chauffeur au service de la présidence, a jeté
un froid dans le milieu de la presse locale. Sama est
très engagé à réclamer la
justice pour le meurtre de Zongo, selon des sources locales.
L'email
conseille à Sama de cesser ses critiques sur les
ondes à l'encontre de la politique du Président
Blaise Compaoré, qualifiant ce dernier de «
bénédiction divine », selon une copie
du message, obtenue par le CPJ. L'émission de Sama
diffuse des chansons de reggae abordant des thèmes
de justice sociale, et le journaliste accompagne ces chansons
de commentaires critiques à l'égard des
présumées injustices et corruptions du gouvernement
burkinabais, ont confié des journalistes locaux
au CPJ. Sama a affirmé qu'il avait auparavant reçu
des menaces à la suite de commentaires non relatifs
à l'affaire Zongo.
«
Les ennemis de la liberté de la presse au Burkina
Faso se sont clairement sentis galvanisés par l'échec
du gouvernement à élucider l'abominable
assassinat de Norbert Zongo, » a affirmé
Joël Simon, le directeur exécutif du CPJ.
« Les autorités doivent établir un
climat de sécurité pour la presse, et cela
comporte le devoir d'enquêter sur les moindres menaces
et de finalement traduire en justice les meurtriers de
Zongo.»
Il
n'y a pas eu de réaction officielle du gouvernement,
mais Sama a déposé une plainte auprès
de la police, selon Jean-Claude Meda, président
de l'Association des Journalistes Burkinabais. Un responsable
du Conseil Supérieur de la Communication, le régulateur
gouvernemental des médias, a qualifié les
menaces « d'inadmissibles » et a annoncé
que le Conseil discuterai l'idée de publier ou
non un communiqué sur le sujet. Le responsable
a refusé de divulguer son nom.
La
station de radio a suspendu le programme de Sama la semaine
dernière par crainte pour sa sécurité,
a annoncé son directeur Gniehoun Zakaria au CPJ.
« Les menaces nous ont surpris; Sama a tenu un ton
critique depuis des années maintenant, mais nous
n'avons jamais reçu de plainte officielle de la
part du gouvernement » précise-t-il. Sama
a toutefois annoncé qu'il retournerait sur les
ondes ce week-end.
Les
groupes de presse locaux ont eux réagi, en faisant
une déclaration commune condamnant les menaces.
Celles-ci suivent de juste quatre jours la fin d'un forum
international sur la liberté de l'expression à
Ouagadougou, selon Abdoulaye Diallo, gestionnaire du Centre
Nationale de la Presse Norbert Zongo. Sama, connu aussi
comme chanteur sous le nom de Sams'K le Jah, s'est produit
sur scène lors du concert de clôture du forum,
a confié Diallo au CPJ. « Nous prenons ces
menaces très au sérieux; le tragique précédent
de Norbert Zongo nous y oblige », a-t-il ajouté.
Le
CPJ est une organisation non gouvernementale à
but non lucratif qui défend la liberté de
presse dans le monde depuis 1981.