San
Finna N°411 du
30 Avril au 05 Mai 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
PRESIDENTIELLE
FRANÇAISE
LE BRAS DE FER EST AU CENTRE
Ségolène
Royal (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP), tous deux vainqueurs
au premier tour du scrutin de l’élection
présidentielle, ont joué la carte du rassemblement
pour tenter de séduire l’électorat
de François Bayrou, troisième homme du premier
tour.
Rarement
le perdant d’une élection présidentielle
aura eu tant d’importance aux yeux de l’opinion
publique. En recueillant 18,5% des voix au premier tour
du scrutin dimanche soir derrière Ségolène
Royal (25,8%) et Nicolas Sarkozy (31%), François
Bayrou est devenu la clé du second tour. Car la
part des voix de l’extrême droite qui se reportera
sur Nicolas Sarkozy ne sera pas suffisante au second tour
pour que l’emporte le candidat de l’UMP. Situation
analogue à gauche, où la LCR, le PC, comme
les Verts seront des alliés nécessaires
mais insuffisants pour affronter le président de
l’UMP.
Aussi, dès le soir
du premier tour, quitte à faire grincer des dents
à gauche de la gauche et au sein même du
PS, le Parti socialiste a déroulé le tapis
rouge au président de l’UDF ainsi qu’à
ses soutiens en vue d’obtenir le ralliement du président
de l’UDF. Quant à Nicolas Sarkozy, il a dépêché
ses soutiens les plus centristes sur les plateaux-télé.
Lors d’une conférence
de presse tenue mercredi après-midi dans un grand
hôtel parisien, François Bayrou a annoncé
sans surprise qu’il ne délivrerait aucune
consigne de vote. En tout cas, pas pour le moment. Il
a distribué les mauvais points à Nicolas
Sarkozy et Ségolène Royal, affirmant que
le candidat de l’UMP allait « aggraver les
problèmes de la démocratie et la fracture
du tissu social », tandis que la candidate du PS
allait aggraver « durablement les problèmes
de l’économie », ajoutant que l’un
comme l’autre allaient « déséquilibrer
le déficit et la dette ». Toutefois, François
Bayrou s’est montré moins virulent envers
Ségolène Royal, réservant ses critiques
les plus dures à l’ex-ministre de l’Intérieur,
à qui dit-on, il n’aurait pas parlé
depuis 2004.
Interrogé lors
de sa conférence de presse sur le bulletin qu’il
glisserait dans l’urne, François Bayrou a
donné quelques indications : « A l’heure
qu’il est, je ne sais pas ce que je ferai ».
« Mais je commence à savoir ce que je ne
ferai pas ». Laissant clairement entendre qu’il
ne voterait pas Nicolas Sarkozy, mais ne s’était
pas encore décidé entre un vote Royal, blanc
ou l’abstention.
Enfin, François
Bayrou a annoncé mercredi la création prochaine
d’un nouveau parti intitulé Alliance démocrate,
en lieu et place de l’actuel parti de l’UDF.
« Un parti central qui ira loin vers le centre-gauche
et qui ira aussi vers le centre-droit ». Objectif
: profiter de l’élan et des soutiens qu’il
a acquis à sa cause pendant la campagne présidentielle
pour présenter un maximum de candidats démocrates
aux prochaines élections législatives prévues
en juin. Il espère ainsi grossir les rangs de l’Assemblée
nationale en affaiblissant encore un peu plus l’UMP
et le PS et concrétiser le poids pris par les centristes
dans l’échiquier politique français.
Pour l’heure, la
carte de tout sauf Sarkozy abattue par la gauche et l’extrême
gauche s’avère moins payante que le rassemblement
souhaité par le président de l’UMP.
Une trentaine de députés UDF (sur 72 qui
siègent à l’Assemblée nationale)
ont en effet annoncé leur soutien à Nicolas
Sarkozy et on estime qu’environ un tiers des électeurs
de François Bayrou sont des anciens électeurs
de l’UMP. Tandis qu’un autre tiers se tournera
vraisemblablement vers Ségolène Royal, l’inconnu
demeure quant au dernier tiers, essentiellement composé
d’électeurs indécis ou protestataires.
Ils seront les plus sensibles au traditionnel débat
d’entre-deux tours programmé mercredi 2 mai
qui opposera face à face, Nicolas Sarkozy et Ségolène
Royal. Mais dans les chiffres Nicolas Sarkozy a pour le
moment un net avantage : d’après un sondage
BVA paru jeudi dernier, il est crédité de
53% d’intentions de vote au second tour contre 47%
pour la candidate du PS.
Bayrou et Royal cherchent
un canal
Lors de sa conférence
de presse, le président de l’UDF a répondu
favorablement à la proposition de la candidate
du PS, qui avait déclaré vouloir dialoguer
avec François Bayrou. Toutefois, François
Bayrou comme Ségolène Royal se sont refusés
à toute idée de cohabitation en cas de victoire
de la candidate du PS. Mais qu’il fut difficile
de fixer le lieu de rendez-vous. Initialement programmé
par la candidate du PS vendredi matin devant la presse
régionale, François Bayrou a exigé
la présence de caméras. Requête acceptée
par Ségolène Royal mais refusée par
les principaux syndicats de la presse régionale
; indignés de voir Ségolène Royal
et François Bayrou fixer leurs conditions dans
un forum prévu de longue date entre la candidate
du PS et la presse. La chaîne privée Canal+
s’est alors proposée, avant de vite se rétracter
au motif que l’organisation d’un débat
entre Ségolène Royal et François
Bayrou impliquait l’organisation d’une autre
émission avec Nicolas Sarkozy, pour cause d’équité
dans les temps de parole. Le président de l’UDF
a alors accusé Nicolas Sarkozy d’avoir exercé
des « pressions » sur les médias pour
que la rencontre tombe à l’eau. Finalement
le débat devait avoir lieu samedi dernier sur BFM
TV et l’antenne radio RMC.
Cette rencontre a suscité
la polémique, certains électeurs voyant
en François Bayrou un mauvais perdant, d’autres
considérant que Ségolène Royal est
prête à tout pour séduire l’électorat
centriste.
Nicolas Sarkozy ironise
Le président de
l’UMP, Nicolas Sarkozy, a critiqué la position
du président de l’UDF lors d’une interview
donnée mercredi à TF1. « Moi je ne
pense pas qu’on rénove la politique en s’abstenant
de faire un choix. Je pense que la caractéristique
de la vie politique quand on veut diriger la 5ème
puissance du monde qui est la France, cela consiste à
dire oui ou non, à dire : « voilà
ce qu’on va faire, et voilà ce qu’on
ne fera pas ». François Bayrou est tout à
fait logique dans sa démarche. Il pense que Mme
Royal ne sera pas une bonne présidente de la République,
il pense que je ne serai pas un bon président de
la République. Au fond, il pense qu’il n’y
avait que lui qui pouvait être un bon président
de la République » a-t-il ironisé.
Résultats officiels
Le Conseil constitutionnel
a promulgué mercredi, le résultat officiel
du premier tour de l’élection présidentielle.
Nicolas Sarkozy : 31,18%
(11 448 663 voix)
Ségolène Royal : 25,87% (9 500 112 voix)
François Bayrou : 18,57% (6 820 119 voix)
Jean-Marie Le Pen : 10,44% (3 834 530 voix)
Olivier Besancenot : 4,08% (1 498 581 voix)
Philippe de Villiers : 2,23% (818 407 voix)
Marie Georges Buffet : 1,93% (707 268 voix)
Dominique Voynet : 1,57% (576 666 voix)
Frédéric Nihous : 1,15% (420 645 voix)
José Bové : 1,32% (483 008 voix)
Arlette Laguiller : 1,33% (487 857 voix)
Gérard Schivardi : 0,34% (123 540 voix)
Commentaire
Décidément,
en dépit d’un taux de participation record
(83,77%), les petits candidats auront fait les frais du
vote utile. Pas un ne parvient au seuil fatidique des
5%, qui conditionne les modalités de remboursement
des frais de campagne. Les Verts et le Parti communiste
subissent les plus sérieux revers.
Autre débandade,
celle du Front national. Jean-Marie Le Pen tombe à
10,44% des voix. Et assiste impuissant au départ
d’une frange de son électorat au profit de
Nicolas Sarkozy. Le résultat sans doute de la chasse
active que Nicolas Sarkozy a mené pendant sa campagne
sur les terres du Front national.
La surprise, c’est
en revanche François Bayrou. Qui fort de son positionnement
au centre, en rupture avec le système droite gauche,
recueille 18,57% des voix. C’est aussi Olivier Besancenot,
qui devient quelque peu la figure de proue de la contestation
sociale. A l’heure où l’extrême
gauche est vieillissante et en perte de vitesse, elle
a peut-être trouvé sa relève. Il est
âgé seulement, de 32 ans.