CAMPAGNE
ELECTORALE 2007 AU FASO
CES BOMBES QUE L’ON CONTINUE D’IGNORER
Nous
sommes en plein dans la campagne électorale pour
la mise en place de la 4ème législature
de la 4ème République. Cela apparaît
comme le signe d’une stabilité, d’une
pratique consensuelle de la démocratie. Et on
comprend pourquoi le pouvoir en fait une de ses matières
premières, exportée au prix fort. Mais,
attention à ne pas tomber dans le panneau !
Pour se prémunir contre une telle méprise,
il suffit d’ouvrir les yeux pour détecter
les embûches qui entravent la crédibilité
de ce scrutin et qui ont toujours sévi lors des
consultations depuis la fondation de la 4ème
République.
Si l’on prend par exemple l’utilisation
des biens de l’Etat, cette élection reste
marquée par cette pratique. Malgré les
critiques, les déclarations d’intention,
les véhicules à fond rouge circulent toujours,
transportant des personnalités qui battent campagne
ou du matériel de campagne. Les tee-shirts, survêtements,
pagnes…, sont encore envoyés dans les casernes,
et évidemment, on n’en trouvera pas d’autres
que ceux du parti au pouvoir. Les journaux d’Etat,
tout comme ceux du privé, donnent à voir
tous les jours, des activités de nos gouvernants
candidats qui montrent comment ils sont à la
bourre pour développer le pays ; ce sont des
inaugurations par çi par là, des constructions
promises ou exécutées à la va-vite,
avec des candidats maniant la pelle ou donnant des instructions
comme des maîtres de chantier.
Tous ces faits ont été constatés,
pas seulement par l’UNDD qui a plusieurs fois
protesté mais aussi par quelques médias.
Voilà qui n’augure rien de bon car pouvant
constituer un jour la goutte d’eau qui fera déborder
le trop plein de la colère populaire et qui mettra
encore plus à mal la cohésion sociale
et nationale.
Il est un autre domaine, autrement plus sérieux,
qui menace plus globalement la collectivité :
c’est la cancérisation du pays par des
partis « merdiques », excusez le terme mais
on n’en a pas trouvé d’autres de
plus adaptés. On les voit aujourd’hui,
parmi les plus de 100 partis légalement reconnus,
semer leur venin dans les pratiques politiques et dans
les consciences. Ils se créent sans boussole,
sans qu’on ne sache s’ils sont de la majorité
ou de l’opposition, avec parfois des actionnaires
principaux cachés. C’est que l’usure
du pouvoir agissant au sein du parti majoritaire, des
barons en viennent à se constituer des instruments
d’action pour pouvoir rebondir ou se protéger,
au cas où… D’où ces partis
qui pullulent dans le giron présidentiel et qui,
sitôt créés, font la concurrence
en terme de suffrages et d’élus, à
des partis bien posés puisqu’en haut lieu,
on laisse faire sinon qu’on pousse à la
roue. Ces partis, et ceux qui les animent ouvertement,
jouent d’hypocrisie, de promesses, avec d’autant
plus d’assurance qu’ils ont les soutiens
politiques, financiers derrière eux.
Certains d’entre eux ne peuvent même pas,
comme on dit en moré, tomber et casser une calebasse
mais on va souvent, en période de campagne ou
non, jusqu’à leur accorder des espaces
politiques, médiatiques entiers, jusqu’à
les mettre en balance (pour les valoriser) avec des
partis et des leaders non imposés et significatifs
de la vie politique nationale. Et ces personnes-là
parlent, parlent et reparlent des affaires du pays et
du monde, de leurs programmes à vous couvrir
de honte.
Il est un aspect en particulier où le mal est
plus criminel : c’est lorsque par cette permissivité,
par cette incitation à la débauche partisane,
on permet (contrairement aux termes de la Constitution)
que des partis se créent et n’évoluent
que dans le cadre d’une région, d’une
province voire même d’un département.
Le phénomène a atteint la cote d’alerte
car on voit des partis de ce type, ici et là,
qui s’activent comme de beaux diables, reproduisant
malheureusement les thèmes de campagne et d’action
liés à leur contexte, à leur nature.
Ce qui accroche à ce niveau évidemment,
ce ne sont pas les programmes, les grands projets liés
aux institutions, à l’économie,
à la diplomatie ; ce sont les préoccupations
terre à terre, pour lesquelles on en vient, pour
avoir la faveur locale, à exciter les instincts
primaires, à opposer les ethnies les unes aux
autres, à asseoir l’ivoirité à
la sauce burkinabé. Le mal est si profond qu’aujourd’hui,
il est devenu tout à fait normal de dire qu’avec
ces élections législatives, on vote pour
un femme ou un homme plutôt que pour un parti.
Avec de tels sentiments, on ne détruit pas seulement
à petit feu les fondements des partis politiques
mais aussi le processus si indispensable de nationalisation
du pouvoir. Curieusement, plus de 40 ans après
l’ indépendance, le pays se trouve placé
dans un état avancé de dilution du lien
national. De tels faits ne pouvaient que nous amener
à ce point de rupture négative. Si en
matière de monnaie et de crédit, on sait
que la mauvaise monnaie chasse la bonne, en matière
politique et partisane, on sait aussi que les mauvais
partis chassent les bons.
Mais à qui la faute de toutes ces régressions
?
Bien sûr, chacun aurait une part de responsabilité,
de l’opposition comme de la majorité. Mais
il n’est pas juste, comme on le fait surabondamment,
d’en imputer en priorité aux seuls partis
d’opposition. On dira que les Burkinabé
créent trop de partis politiques, se préoccupent
plus de leurs ventres que des affaires de l’Etat,
mais jamais on ne relèvera qu’en matière
de construction institutionnelle, démocratique,
ce sont ceux qui tiennent le pouvoir qui sont les maîtres
d’œuvre au premier chef. Ce sont eux qui
gouvernent et qui ont comme une obligation de résultat
pour que les choses se passent au mieux, au plan politique,
économique, social..
Lorsqu’en matière politique, on découvre
des entraves, c’est vers le pouvoir qu’il
faut lever les yeux ; c’est à lui qu’il
revient de les résoudre pour permettre au jeu
démocratique de se jouer dans l’équilibre
et dans la transparence. Le pouvoir doit, comme le lui
ordonne la loi fondamentale, tout faire pour respecter
et faire respecter le droit de suffrage et des partis
politiques. Il doit accepter les propositions pertinentes
de l’opposition pour améliorer le processus
démocratique. Mais tout le monde voit qu’il
refuse. Les droits de l’opposition foutent le
camp plus que jamais en ce moment et c’est le
pouvoir qui est le premier comptable de ces défaillances.
Il a tous les pouvoirs du pays, règne en maître
absolu dans l’Exécutif, le Législatif
comme le Judiciaire. Jamais phénomène
de concentration et de monopolisation du pouvoir ne
s’est autant vu, depuis les cycles constitutionnels
que nous avons connus et qui sont censés reposer
sur la démocratie disputée.
Dieu aide le Faso !
La Rédaction