Mise à jour le 22/04/2007
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San Finna N°410 du 23 au 29 Avril 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

CAMPAGNE ELECTORALE 2007 AU FASO
CES BOMBES QUE L’ON CONTINUE D’IGNORER

Nous sommes en plein dans la campagne électorale pour la mise en place de la 4ème législature de la 4ème République. Cela apparaît comme le signe d’une stabilité, d’une pratique consensuelle de la démocratie. Et on comprend pourquoi le pouvoir en fait une de ses matières premières, exportée au prix fort. Mais, attention à ne pas tomber dans le panneau !

Pour se prémunir contre une telle méprise, il suffit d’ouvrir les yeux pour détecter les embûches qui entravent la crédibilité de ce scrutin et qui ont toujours sévi lors des consultations depuis la fondation de la 4ème République.

Si l’on prend par exemple l’utilisation des biens de l’Etat, cette élection reste marquée par cette pratique. Malgré les critiques, les déclarations d’intention, les véhicules à fond rouge circulent toujours, transportant des personnalités qui battent campagne ou du matériel de campagne. Les tee-shirts, survêtements, pagnes…, sont encore envoyés dans les casernes, et évidemment, on n’en trouvera pas d’autres que ceux du parti au pouvoir. Les journaux d’Etat, tout comme ceux du privé, donnent à voir tous les jours, des activités de nos gouvernants candidats qui montrent comment ils sont à la bourre pour développer le pays ; ce sont des inaugurations par çi par là, des constructions promises ou exécutées à la va-vite, avec des candidats maniant la pelle ou donnant des instructions comme des maîtres de chantier.

Tous ces faits ont été constatés, pas seulement par l’UNDD qui a plusieurs fois protesté mais aussi par quelques médias.

Voilà qui n’augure rien de bon car pouvant constituer un jour la goutte d’eau qui fera déborder le trop plein de la colère populaire et qui mettra encore plus à mal la cohésion sociale et nationale.

Il est un autre domaine, autrement plus sérieux, qui menace plus globalement la collectivité : c’est la cancérisation du pays par des partis « merdiques », excusez le terme mais on n’en a pas trouvé d’autres de plus adaptés. On les voit aujourd’hui, parmi les plus de 100 partis légalement reconnus, semer leur venin dans les pratiques politiques et dans les consciences. Ils se créent sans boussole, sans qu’on ne sache s’ils sont de la majorité ou de l’opposition, avec parfois des actionnaires principaux cachés. C’est que l’usure du pouvoir agissant au sein du parti majoritaire, des barons en viennent à se constituer des instruments d’action pour pouvoir rebondir ou se protéger, au cas où… D’où ces partis qui pullulent dans le giron présidentiel et qui, sitôt créés, font la concurrence en terme de suffrages et d’élus, à des partis bien posés puisqu’en haut lieu, on laisse faire sinon qu’on pousse à la roue. Ces partis, et ceux qui les animent ouvertement, jouent d’hypocrisie, de promesses, avec d’autant plus d’assurance qu’ils ont les soutiens politiques, financiers derrière eux.

Certains d’entre eux ne peuvent même pas, comme on dit en moré, tomber et casser une calebasse mais on va souvent, en période de campagne ou non, jusqu’à leur accorder des espaces politiques, médiatiques entiers, jusqu’à les mettre en balance (pour les valoriser) avec des partis et des leaders non imposés et significatifs de la vie politique nationale. Et ces personnes-là parlent, parlent et reparlent des affaires du pays et du monde, de leurs programmes à vous couvrir de honte.

Il est un aspect en particulier où le mal est plus criminel : c’est lorsque par cette permissivité, par cette incitation à la débauche partisane, on permet (contrairement aux termes de la Constitution) que des partis se créent et n’évoluent que dans le cadre d’une région, d’une province voire même d’un département. Le phénomène a atteint la cote d’alerte car on voit des partis de ce type, ici et là, qui s’activent comme de beaux diables, reproduisant malheureusement les thèmes de campagne et d’action liés à leur contexte, à leur nature. Ce qui accroche à ce niveau évidemment, ce ne sont pas les programmes, les grands projets liés aux institutions, à l’économie, à la diplomatie ; ce sont les préoccupations terre à terre, pour lesquelles on en vient, pour avoir la faveur locale, à exciter les instincts primaires, à opposer les ethnies les unes aux autres, à asseoir l’ivoirité à la sauce burkinabé. Le mal est si profond qu’aujourd’hui, il est devenu tout à fait normal de dire qu’avec ces élections législatives, on vote pour un femme ou un homme plutôt que pour un parti. Avec de tels sentiments, on ne détruit pas seulement à petit feu les fondements des partis politiques mais aussi le processus si indispensable de nationalisation du pouvoir. Curieusement, plus de 40 ans après l’ indépendance, le pays se trouve placé dans un état avancé de dilution du lien national. De tels faits ne pouvaient que nous amener à ce point de rupture négative. Si en matière de monnaie et de crédit, on sait que la mauvaise monnaie chasse la bonne, en matière politique et partisane, on sait aussi que les mauvais partis chassent les bons.

Mais à qui la faute de toutes ces régressions ?

Bien sûr, chacun aurait une part de responsabilité, de l’opposition comme de la majorité. Mais il n’est pas juste, comme on le fait surabondamment, d’en imputer en priorité aux seuls partis d’opposition. On dira que les Burkinabé créent trop de partis politiques, se préoccupent plus de leurs ventres que des affaires de l’Etat, mais jamais on ne relèvera qu’en matière de construction institutionnelle, démocratique, ce sont ceux qui tiennent le pouvoir qui sont les maîtres d’œuvre au premier chef. Ce sont eux qui gouvernent et qui ont comme une obligation de résultat pour que les choses se passent au mieux, au plan politique, économique, social..

Lorsqu’en matière politique, on découvre des entraves, c’est vers le pouvoir qu’il faut lever les yeux ; c’est à lui qu’il revient de les résoudre pour permettre au jeu démocratique de se jouer dans l’équilibre et dans la transparence. Le pouvoir doit, comme le lui ordonne la loi fondamentale, tout faire pour respecter et faire respecter le droit de suffrage et des partis politiques. Il doit accepter les propositions pertinentes de l’opposition pour améliorer le processus démocratique. Mais tout le monde voit qu’il refuse. Les droits de l’opposition foutent le camp plus que jamais en ce moment et c’est le pouvoir qui est le premier comptable de ces défaillances. Il a tous les pouvoirs du pays, règne en maître absolu dans l’Exécutif, le Législatif comme le Judiciaire. Jamais phénomène de concentration et de monopolisation du pouvoir ne s’est autant vu, depuis les cycles constitutionnels que nous avons connus et qui sont censés reposer sur la démocratie disputée.

Dieu aide le Faso !

La Rédaction





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