|
FAUT-IL
OUI OU NON UN CONTINGENT BURKINABE
POUR ASSURER LA SECURITE DE GUILLAUME SORO ?
Depuis
quelque temps, on parle beaucoup de ça :
entre 500 et 1000 militaires burkinabé seraient
prévus pour assurer, dans le prolongement
des Accords de Ouagadougou, la sécurité
du nouveau premier Ministre ivoirien, Guillaume
Soro. Evidemment, dans le contexte que nous vivons,
marqué par les divulgations d’ingérence
et d’exploitation des richesses de la Côte
d’Ivoire par le Burkina Faso, cela ne pouvait
qu’entretenir la controverse. Si naturellement,
il n’en manque pas pour féliciter cette
initiative, l’estimant de nature à
consolider la sortie de crise, d’autres la
fustigent, la trouvent indécente et pleine
de risques eu égard à l’exploitation
qu’on pourrait faire de ces militaires à
des fins contraires à l’Accord de paix.
Deux sons de cloche.
|
| UN
CONTINGENT BURKINABE POUR LA SECURITE DE SORO, VOILA
QUI EST BIEN PENSE
Il
ne faudrait pas condamner au pied levé, l’idée
d’un contingent burkinabé pour assurer
la sécurité du premier Ministre Soro.
Relevons d’abord que, même si la pacification
en Côte d’Ivoire a un pied dans l’étrier,
elle n’est pas encore tout à fait en
selle. Il se pose encore un problème de confiance
autant que de sécurité. La même
intention qui a amené à proposer à
Blaise Compaoré d’assurer la médiation
au différend peut amener à lui demander
de permettre que l’armée burkinabé
assure la sécurité de Guillaume Soro.
La diligence dont Blaise Compaoré a fait
montre dans la négociation de l’accord
pourrait encore ici trouver à s’illustrer.
Et si c’est cette condition qui peut séréniser
le nouveau premier Ministre et l’amener à
se mettre véritablement au travail, il n’y
a pas à hésiter puisque le prix de
tout cela, c’est la paix. Il n’y a pas
d’ailleurs à se laisser influencer
par toutes les extrapolations qu’on fait autour
de ce contingent. Que peuvent 500 ou 1000 ou 1.500
militaires par rapport à 10.000 voire plus
de militaires ivoiriens, et surtout en terre ivoirienne
? Reconnaissons aussi que les temps ont changé,
que ce qui préoccupe le plus en ce moment
les gouvernants en Afrique et notamment au Burkina
Faso, c’est de faire oublier les périodes
de folie du Liberia, de Sierra Leone… Le succès
de ce contingent en Côte d’Ivoire aidera
même à parachever la sortie de crise
et favorisera, par-delà la réconciliation
entre Ivoiriens, celle entre gouvernants ivoiriens
et burkinabé. Enfin, dernier point, ce contingent
va permettre à des familles burkinabé
de pouvoir mieux vivre puisqu’on sait que
les contingents à l’extérieur
bénéficient d’avantages très
substantiels, et par ces temps de vaches maigres
au Faso, où les militaires font grise mine,
voilà un moyen de les calmer et d’aider
leurs familles à mieux joindre les deux bouts
!
TOMY. |
UN
CONTINGENT BURKINABE POUR LA SECURITE DE SORO, C’EST
DEPLACE
Vraiment,
ce serait le comble de l’hypocrisie et de
la provocation que d’envoyer un contingent
burkinabé de 500 à 1000 militaires
pour assurer la sécurité de Guillaume
Soro en Côte d’Ivoire. Permettre ainsi
que ceux qui ont aidé les rebelles dans la
tentative du coup d’Etat du 19 septembre 2002
et dans la partition de fait du pays, viennent plastronner
jusqu’à Abidjan, c’est tout à
fait insultant pour la souffrance endurée
par les Ivoiriens, pour leur amour-propre. C’est
aussi un coup dur porté à l’honneur
du pays et particulièrement de son armée.
Pourquoi avoir autant lutté contre la présence
de troupes étrangères (43 ème
BIMA, Licorne, Force ONUCI) et s’accommoder
aussi facilement d’un contingent burkinabé
? Mais la démarche est aussi imprudente car
rien ne garantit que ces soldats ne pourraient pas
être utilisés comme une sorte de cheval
de Troie. Quand on parle de l’insignifiance
de leur nombre pour réaliser une déstabilisation,
on se trompe lourdement. En effet, les exemples
le montrent, généralement, il n’en
faut pas autant pour réaliser des coups d’Etat.
En tout état de cause, disons que si en RDC,
il n’a pas été permis à
Jean-Pierre Bemba de disposer d’une force
équivalente alors qu’il en avait peut-être
bien plus besoin, pourquoi courrait-on le risque
d’en décider différemment en
ce qui concerne Guillaume Soro ? Assurément,
ce ne serait pas bon de donner suite à une
telle initiative. Tant qu’à faire,
pourquoi ne pas faire appel à un pays neutre
ou alors à un contingent mixte composé
de Burkinabé et d’Angolais ? Une telle
solution ne sera pas de tout repos : il faut s’attendre,
dans les cérémonies officielles, aux
habituelles frictions entre forces de sécurité
de nationalités différentes. Ici,
les raisons de se donner des coups de coude sont
encore plus évidentes !
TOZI.
|